Le vent.

May 9th, 2012

Stockholm est une ville côtière proche de la Baltique, ce qui par définition signifie que la mer n’est jamais bien loin. La mer, c’est très chouette, et les suédois, en plus de savoir qu’il existe probablement des phoques dans l’archipel, sont très heureux de pouvoir profiter chaque jour des senteurs de crevettes en tous genres qu’offrent les promenades matinales à Stockholm.

Vivre à proximité de la mer implique aussi une contrainte de taille que toutes les villes connaissant une situation similaire appellent singulièrement: le vent.
Il existe de nombreux types de vents: la légère brise parisienne, qui transporte avec elle des odeurs de tabac à rouler et parfois quelques sacs plastiques, le Nordet breton qui en revanche lui est beaucoup moins cool et n’apporte souvent bien que des gros nuages tout noirs, et les bourrasques de Stockholm qui font trépasser les girouettes la ville. Car en Suède, on ne rigole pas avec le vent.

Le vent, à Stockholm, débarque systématiquement sans aucun préavis et c’est d’ailleurs souvent durant la matinée qu’il sort de derrière ses fagots. La matinée, c’est aussi le moment où une partie de la ville se rend au travail en marchant au bord de l’eau.

Le vent peut avoir en soi des conséquences dévastatrices sur l’ordre (trop) établi en Suède. Il est ainsi tout à fait dramatique d’observer ce type trop propre et trop blond qui, après avoir nécessairement passé une trentaine de minutes à faire en sorte que sa coupe ressemble le plus fidèlement possible à celle d’Al Pacino, se retrouve brusquement transformé en plumeau dès la sortie de son appartement.

Une journée comme aujourd’hui, avec -d’après des sources vérifiables- des pointes à 9 mètres par seconde, transforme la ville en un gigantesque cimetière à parapluies qui, après avoir été contraints d’abandonner la partie et de plier sous les rafales, se retrouvent fièrement posant tels des dizaines de petits Batmans dans les poubelles municipales.

Le vent, c’est aussi les mouettes qui malgré leurs efforts font un sur-place absolument remarquable, les cyclistes qui sous leurs casques gigantesques ont tous l’impression d’accomplir une étape en montagne du Tour de France.

Et puis évidemment, il reste la Suède qu’on aime, celle qu’Alain Souchon aurait aussi su apprécier: à Stockholm, durant les belles journées comme aujourd’hui, il est possible de voir sous les jupes des filles.

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Les chaussettes.

May 3rd, 2012

En Suède, il est possible de négliger sa tenue sans que personne n’y prête attention: il y a des jolies filles aux cheveux bleus, des filles un peu plus moches aux cheveux bleus, des jeunes avec des moustaches, des vieux sans moustaches mais qui n’ont visiblement aucun problème à se promener avec un t-shirt sur lequel on peut apercevoir deux loups et une lune, des filles qui ne portent pas de pantalon mais des pulls très longs à la place.

En revanche, si il y a un élément vestimentaire qui est tout à fait impossible de négliger, il s’agit bien des chaussettes.

La chaussette tient en Suède une place tout à fait particulière: étant donné qu’il est rarement permis de se promener librement en chaussures dans les appartements, les chaussettes deviennent alors une vitrine que l’on a trop vite fait d’oublier.

Montre moi tes chaussettes je te dirais qui tu es” n’a jamais eu autant de sens qu’en Suède.

Il est en effet très délicat de dissimuler une chaussette trouée: c’est un exercice qui requiert des compétences de camouflage olympiques. Évidemment, nous sommes nombreux à avoir connu cette situation embarrassante: dans l’entrée d’un appartement, le trou qui laisse entrevoir un orteil, parfois plusieurs dans les pires situations. De là, plusieurs alternatives:

  1. Divertir les interlocuteurs, de sorte que jamais ils n’aient l’occasion de reluquer la chaussette en question
  2. Pointer du doigt la fautive, en rire, partager l’expérience, rire encore, se faire offrir un verre de rouge
  3. Assumer tant bien que mal mais mourir de honte intérieurement, s’enfermer dans la salle de bain, consommer de l’alcool antiseptique
  4. Trouver très rapidement un invité dans la même situation, le pourrir, faire en sorte que tout le monde soit au courant que malgré sa moustache, il se promène avec des chaussettes trouées

Et bien entendu, si il chaussette devient sociale, il existe nécessairement des frimeurs de la chaussette.
Ils sont de ceux qui possèdent une collection incroyable de chaussettes multicolores, de chaussettes avec des doigts de pieds, parfois osent des chaussettes Pierrafeu, Bart Simpson, Nemo le poisson clown. Ils ne laissent rien au hasard, et souvent à juste titre. Ils sont de ceux qui vous font passer pour une ringard de la chaussette, votre nouvelle paire Hugo Boss perd subitement tout son charme, elle devient l’équivalent d’une salade sans sauce. Une salade à 500kr.

Toujours y porter une attention particulière: en Suède, la chaussette n’est pas simplement confortable, c’est un vêtement pour les pieds. Une chaussette vaut une belle chemise, ou une dizaine de cravates.

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Le dimanche à Stockholm.

April 1st, 2012

Les dimanches à Stockholm sont tous très similaires: la plus grande partie de la population se retrouve à l’extérieur. Le dimanche, c’est plus qu’une invitation à sortir, c’est une convocation municipale. C’est donc de fait 1 579 658 suédois tous très contents, tous très dehors. Dans ce million et demi, on distingue plusieurs catégories:

Les plus visibles sont tout d’abord ceux qui promènent des poussettes. Les suédois font beaucoup d’enfants et semblent aussi les faire tous en même temps, d’où un pic de poussettes chaque année dans les rues de Stockholm. Le dimanche, c’est le jour où l’on convient qu’il faut sortir la poussette. D’ailleurs, il n’est pas forcement nécessaire d’avoir un enfant à l’intérieur, l’idée étant plutôt de créer des “gangs de poussettes” entre parents plutôt que de se concentrer sur l’épanouissement des enfants. C’est donc en bancs de quinze poussettes absolument gigantesques que ce joyeux groupe vagabonde dans les rues de la file en discutant de trucs de parents.

Il y a aussi les jeunes, évidemment. Le dimanche, la plupart d’entre eux ont des têtes bizarres. La veille, ils ont dansé, ils ont bu beaucoup de bières, ils ont envoyés des sms souvent regrettables à leurs copains, ils ont encore dansé, une bonne moitié à vomi et les survivants, ceux qui ont fait la fermeture, dorment encore. Le dimanche, dans les rues de la ville, il ne reste donc que la moitié qui a vomi. Ceux-là même qui prennent d’assaut les cafés, les fast food, et qui viennent se mélanger aux poussettes afin de rendre absolument inaccessibles tous les lieux de restauration un peu attractifs de la capitale.

Le dimanche, il y a aussi les vieux. Ils se promènent, ils sont relativement lents, ils discutent au milieu des trottoirs et créent pas mal de soucis aux pousseurs de poussettes qui se retrouvent contrains de manœuvrer leurs bulldozers, ce qui semble les irriter passablement.

Les derniers, ce sont les touristes. Ils sont nombreux, ils sont là tout au long de l’année. Ils  s’adressent aux suédois dans leur langue en comptant bien sur le fait que le suédois parle d’office une quinzaine de langues, et ils se prennent très souvent en photo. En règle générale, dans un groupe de trois ou quatre, il y a celui qui se recule de quelques pas, monopolise intégralement le trottoir, sort son téléphone et essaie durant 3 minutes de prendre une photo chouette. Étant donné qu’en Suède, tout le monde est très respectable, les poussettes attendent et les vieux ne forcent pas le passage non plus. Cela crée donc des bouchons terribles sur les trottoirs de la ville.

Aux alentours de 17h30, la mairie décide de ranger les suédois dans leurs maisons.  On libère les rues, les cafés désormais accessibles ferment, les suédois se félicitent de leur journée et visiblement, tout le monde est toujours très content.

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Les araignées.

January 26th, 2012

Il m’a fallu quelques années à Stockholm pour réaliser que ma dernière araignée datait de 2006.
Les araignées ont fait partie de mon quotidien en France, au même titre que les mercredis midis chez Flunch lorsque j’étais plus jeune. Les araignées, elles couraient dans mes appartements parisiens, elles faisaient des teufs sur ma couette.

En Suède, on ne rencontre pas d’araignées. Elles ne passent pas les portes des appartements. Il était donc légitime de se demander pourquoi.

A première vue, il était tout à fait possible que les suédois aient installé des petits pièges à araignées, invisibles à l’oeil nu, dans tous les endroits stratégiques des appartements: les dessous de portes, les conduits de ventilations, les sorties d’eau etc.
Il devint évident qu’une investigation devait être conduite auprès de plusieurs experts en insectes suédois et autres organisations environnementales afin d’en avoir le cœur net. La réponse ne tarda pas: non, les suédois n’ont jamais fait utilisation de petits pièges à araignées afin d’empêcher leur intrusion dans nos appartements.

Une deuxième théorie s’orientait vers le fait qu’il n’existait peut-être pas d’araignées en Suède (une déviation de flux migratoire aux abords de la Suède, ou quelques petits pièges à araignées aux frontières de la Scandinavie auraient définitivement pu faire l’affaire)
Les premiers sondages semblaient confirmer cette hypothèse: aucun suédois ne semblait jamais avoir vu d’araignées. Au moment même où une explication viable semblait se profiler, un témoignage vint soudain changer la donne: une rumeur, par la suite confirmée, a fait état d’un suédois qui aurait semble-t-il croisé une araignée dans le banlieue de Göteborg, en 1994.

Ils ont été par la suite un grand nombre à établir des théories toutes plus loufoques les unes que les autres: des murs en plomb d’un vingtaine de centimètres d’épaisseur obligatoires dans toutes les habitations, des araignées systématiquement anéanties par les enfants pratiquant sans remords l’arrachage méthodique de pattes avant même l’irruption dans les appartements, etc.

La réponse vint d’elle-même, un jour où je me surpris à contempler l’état mon appartement: depuis mon arrivée en Suède, j’étais devenu propre. Je ne consommais plus de sandwichs beurre/Benco dans mon lit, je ne retournais plus mes chaussettes. Je possédais un aspirateur de compétition tout neuf. Mon immeuble connaissait une rénovation du sol au plafond tous les 5 ans.
De là, un manque conséquent d’insectes en tous genres, imposant irrémédiablement une famine cataclysmique au sein de la communauté, lourde de conséquences. Les araignées ont nécessairement dû prendre le large, au cours d’un long périple les conduisant à Paris. Elles ont su établir un nouveau quartier général, au cœur du 18ème arrondissement, là où les propriétaires immobiliers ont, depuis une cinquantaine d’années, décidé d’arrêter la rénovation de leurs appartements.

Note: au moment où il conclut ces lignes, l’auteur s’aperçoit que les araignées préfèrent semble-t-il les maisons saines et non-humides pour s’y installer. Comme c’est à n’y rien comprendre, il décide de publier son récit quand même.

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La salade!

December 5th, 2011

La Suède est attachée à ses traditions, à ses écrevisses au mois d’Août, à Zlatan Ibrahimović. Elle est aussi très attachée à sa salade.

La Suède mange de la salade, elle se compte en quintal/habitant. Il s’agit d’un fait relativement méconnu, mais il faut reconnaitre qu’il est bien plus facile de se forger une réputation internationale basée sur une consommation excessive de boulettes de viande que sur une présence  olympique de salade à tous les repas.

Malgré tout, c’est ainsi: les suédois aiment la salade. La salade VERTE. La chicorée sauvage, la mâche d’Italie ou l’internationale laitue chrysanthème auraient pu faire de chaque repas une fête, mais il semblerait que la bonne vieille salade verte des familles suffise à les réjouir. La salade verte, celle que nous poussions discrètement sur le bord de l’assiette quand nous étions petits, celle qu’on essayait de planquer tant bien que mal sous le set de table dans les situations les plus délicates.

Il serait inconcevable de servir par exemple, ici en Suède, une lasagne végétarienne sans sa salade verte. Elle a toujours sa place d’honneur sur la table, c’est la copine du saumon en papillote, de la purée faite maison, du hareng à la moutarde. Les suédois consomment probablement au moins autant de salade verte que les français d’antibiotiques. Elle fait partie du quotidien, très simplement.

Ce qui peut en revanche s’avérer très handicapant, ou irritant selon certains, c’est que si la salade vient à manquer à un diner que l’on pourrait considérer de “remarquable“, c’est l’ensemble de la soirée qui en prend pour sa tronche. Les discussions d’après repas deviennent alors absolument surréalistes, du type “franchement, cette soirée chez l’ambassadeur, un peu décevante. Les aiguillettes de canard aux clémentines en papillote étaient plutôt pas mal, mais t’as réussi à trouver de la salade toi?

Oublier la salade, c’est visiblement devenu un affront à la Nation. Alors amis français en Suède, pour vos prochains diners mondains, oubliez le Bourgogne, amenez plutôt une bonne salade verte.

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