Systembolaget en Suède.

June 1st, 2013

Systembolaget, le dealer d’alcool national, monopole d’État, fait partie du quotidien des suédois. Il en existe exactement 76 à Stockholm, Systembolaget fait plus d’argent que le Paris-Saint-Germain avec un chiffre d’affaires de 24,439 milliards de couronnes suédoises. Le plus proche de chez moi se trouve à 500 mètres, Systembolaget est la station Vélib’ de Stockholm.

Si l’alcool était en vente libre en Suède, le pays et ses habitudes seraient radicalement modifiés. Le comportement des suédois serait la première conséquence directe de la disparition du Systembolaget: on les trouverait certainement moins stressés. Il est vrai que les horaires d’ouvertures de Systembolaget imposent une certaine planification à laquelle il est bon de se tenir. Il est nécessaire, avant le fermeture sabbatique du samedi à 15h, d’envisager absolument tous les événements potentiels du week-end pouvant théoriquement entraîner une consommation d’alcool. Un coq au vin le samedi soir est évidemment beaucoup moins sympa quand on a pas de vin à la maison.
Un tel effort d’anticipation peut très vite devenir un facteur de stress important chez les suédois, qui se sentent par la même occasion obligés de planifier l’intégralité du mois à venir, juste dans le doute.

Si l’alcool était en vente libre en Suède, on aurait certainement moins de jeunes bizarres dans les rues de la ville le samedi soir. Étant donné que les moins de 20 ans n’ont pas légalement le droit d’acheter de l’alcool, ces petits salopards profitent de la moindre ouverture dès lors que le personnel se trouve un peu négligent sur le contrôle des cartes d’identités. Et quand ils parviennent à mettre le main sur une bouteille, c’est très rarement un Hautes Côtes de Nuits.  On ira plutôt miser sur le rapport “degré d’alcool/prix” (un rapport que les suédois ont inventé) – et c’est souvent la bouteille de Tequila à 100kr avec un type en sombrero dessus qui gagnera le concours.

Bien entendu, si l’alcool était en vente libre, on pourrait aussi boire des coups pour beaucoup moins cher et Systembolaget n’apparaîtrait plus dans le top 1 des débiteurs de chaque compte en banque suédois. Mais par la même occasion, le gouvernement deviendrait plombé par les dettes, on imposerait donc des semaines de 50h et 15 jours de vacances par an. Bref, la Suède deviendrait l’équivalent du Japon et ça, personne ne trouverait ça vraiment chouette.

Enfin, si l’alcool était en ventre libre en Suède, on boirait aussi beaucoup plus de coups. On verrait plus de copains, on ferait plus de musique, certains dîners seraient un peu moins chiants et Björn Borg n’aurait peut-être jamais gagné Rolland Garros, six fois.

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Les burgers en Suède.

May 23rd, 2013

On en a déjà discuté, les suédois aiment bien boire des coups. La vraie différence avec nous français est le sens que l’on peut accorder à “boire des coups”, qui en Suède ne se traduit pas par 3 verres de vin mais par des litres de bières, de vodka Redbull et de gin tonic sans bulles.

Après tant de folies, les suédois agonisants n’ont évidemment plus qu’une idée en tête: MANGER. Passée une certaine heure, manger devient l’obsession de tous: le ravitaillement est essentiel, il en va de la survie de chacun. Heureusement, la Suède a bien fait les choses et à pensé à installer des stands à burgers tous les 100 mètres, proches des principaux lieux d’activités nocturnes des jeunes suédois. Ici, rien n’est laissé au hasard et la Suède a très vite compris qu’un suédois qui mange est un suédois qui va bien.

Les stands font principalement tourner leur business à 1h, à 3h et à 5h du matin. Ce sont les heures de fermetures respectives des bars et des clubs, et bien entendu, tous les vendredis et les samedis, c’est Noël. Cela crée nécessairement des files d’attente incroyables car ils sont des centaines de participants à la course aux burgers. Il faut ceci dit reconnaitre que faire la queue au milieu de la nuit n’a franchement rien de pénible, car même si personne n’a les yeux en face des trous, tout le monde est plutôt content. Enfin, le type qui est vraiment content, c’est surtout celui qui se tient derrière la caisse: il fait tourner les billets de 50, les cartes bleues, du burger et de la saucisse en veux tu en voilà.

Et dans la file d’attente, après autant d’alcool, on aime bien discuter de trucs.

Des trucs pas forcément plein de sens mais des trucs quand même. On chante parfois. On se fait des nouveaux copains, on se dit qu’on s’appellera et on se rappelle jamais. Il y a souvent un type qui “parle” français et qui répète “baguette” en se marrant. Derrière lui se tient son copain, il est tout blanc. C’est l’heure de pointe mais l’atmosphère est plutôt chouette. On achète un burger à 50kr, on l’apprécie pour 5 minutes, on dit merci et bonsoir à ses copains et tant bien que mal, on rentre à la maison et on se couche. Avec les mains qui sentent la frite.

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Le travail en Suède.

May 2nd, 2013

En Suède, les gens travaillent. Il semble qu’ils travaillent tellement bien que l’Europe ne cesse de se référer à la Suède dès qu’il s’agit de jouer au jeu où il faut nommer un pays dans lequel tout le monde est content.

Ici, tout le monde est content principalement parce que tout va plutôt bien. On a une copine, on a un vélo, des machines à laver à disposition de tout le monde et le samedi, on achète des bonbons. Mais avant tout, on a un travail et on gagne un peu d’argent.

Le travail en Suède est un peu plus chouette que son homologue français. Le vendredi par exemple, tout le monde s’accorde une bière dans la cuisine, ou huit. D’ailleurs, le chef n’est plus tellement un chef depuis sa prestation de vendredi dernier, lorsque vers 17h il est monté sur la table avec un paquet de chips.

Les suédois aiment aussi beaucoup les réunions. Ils aiment bien discuter de trucs autour d’une table et à la fin de chacune d’entre elles, tout le monde s’accorde pour dire que ça s’est très bien passé, qu’on en rediscute très vite et qu’on est franchement très content. En revanche, on évite de prendre des décisions afin de ne pas créer de conflits. On préfère en rediscuter la semaine prochaine, ça évite des problèmes qui pourraient s’avérer sensibles.

Il y 5 ans, à 12h exactement, les suédois se précipitaient dehors et allaient déjeuner.  Tous ensemble, tous à la même heure. Très vite, le petit restaurateur du coin a compris qu’il n’avait pas assez de poulets à servir aux 300 employés de la banque juste en face. Alors, afin de solutionner ce problème de ravitaillement, les suédois ont décidé d’avancer l’heure du déjeuner de quelques minutes, en loosdé, sans en parler à leurs copains. Évidemment, tous les copains ont eu la même idée et il y a 2 ans, toute la Suède déjeunait à 11h47.

En 2013, les plus malins vont déjeuner vers 11h30, suivie de la vague de 11h32. Mais comme aucun d’entre eux n’a vraiment très faim à 11h30, ils ne mangent pas trop. En revanche, à 15h30, lorsqu’ils sont tous très pales et hypoglycémiques, ils se retrouvent autour du frigo de la cuisine pour manger une seconde fois avant d’envisager un goûter. Ils appellent ça le “mellanmål“, le repas du milieu, c’est une invention suédoise, il existe des sites de recettes, oui, les suédois ont inventé un repas qui n’existait pas.

Il est 17h, personne n’a vraiment compris où la journée était passé, alors on rentre à la maison. On attend demain avec impatience, c’est une nouvelle journée qui s’annonce.

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La fête en Suède.

April 8th, 2013

La fête en Suède est sensiblement équivalente à son homologue français. On se retrouve entre copains, on discute de trucs marrants, on se frite sur des sujets qui touchent à la place de la femme dans la société en 2013, on envoie des sms un peu louches à des gens un peu louches, on se fait servir un verre de vin mais “juste un fond, merci”, et après une vingtaine de “juste un fond, merci”, on rentre chez soi sans trop franchement savoir comment.

En revanche, il est apparu en Suède un phénomène qui, depuis ces dernières années, a radicalement transformé la fête: cette révolution, elle s’appelle Spotify.

Spotify (logiciel d’écoute musicale désormais bien connu en Europe) est une invention suédoise, comme la fermeture Éclair, la dynamite, ou encore Eric, le vampire à la cool de la série télévisée True Blood.

Aujourd’hui, le suédois possède 3 choses essentielles à sa survie: un numéro de sécurité sociale, une carte bleue, et un compte Spotify. Alors nécessairement, cela crée des tensions: lors d’une fête quelconque, une vingtaine de personnes, un ordinateur et autant de possibilités musicales considérant les goûts de chacun.

Par conséquent, tout le monde y va alors de son artiste, de sa chanson favorite placée en file d’attente de lecture, de sa découverte musicale 2013, ou mieux, celle de 1994. Spotify, c’est autant d’artistes qu’il existe de différents yaourts dans les rayons des supermarchés français. C’est la musique en libre-service. C’est la culture ouverte à tous…

Mais la révolution musicale possède aussi ses conséquences: cet éclectisme poussé à l’extrême, c’est une fête qui perd toute sa cohérence musicale.

On coupe les Smiths au milieu de “Bigmouth Strikes Again” pour écouter “Jump” de Kris Kross, durant laquelle une âme bienveillante et probablement nostalgique se lance en jouant à la suite une demi-douzaines de titres d’Antony & The Johnsons.
Certains fascistes de la musique monopolisent l’ordinateur pour un medley du meilleur de la Suède 1970, d’autres parviennent même à prendre le contrôle de la playlist via leurs téléphones portables. C’est une guerre sans merci, mais c’est une guerre à laquelle tout le monde perd inévitablement.

Alors les quelques danseurs encore présents improvisent mollement deux ou trois pas, puis se dirigent en loosdé autour de la table pour se servir un verre.

Mais “juste un fond, merci”.

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Les bananes en Suède.

February 14th, 2013

A la tête des pays, il y a toujours des dirigeants. Et dans la plupart des cas, au dessus des dirigeants, il y a surtout des entreprises qui sont tellement omniprésentes dans notre quotidien que l’on en vient à oublier qu’elles existent.

JCDecaux, par exemple, a su s’installer en loosdé dans le paysage urbain français sans que personne ne trouve rien à redire. En 2013, JCDecaux parvient toujours à pourrir 55 pays, mais tout le monde est content.

La Suède est une monarchie constitutionnelle. Elle possède un roi, mais comme il semble un peu fou et visiblement ramolli, on a placé au dessus de lui une entreprise pour conserver le contrôle du pays. Cette entreprise, elle s’appelle Chiquita, et elle importe des bananes.

Non pas que les suédois soient des consommateurs excessifs de bananes, ou que le marché de la banane en Suède soit aussi financièrement intéressant que les rencontres annuelles de curling, mais la banane a un avantage qu’on ne néglige pas: elle se déplace dans des cartons.

Afin de comprendre le fonctionnement du phénomène, il faut maintenant s’intéresser au marché de l’immobilier. La Suède autorise la sous-location, ce qui permet à des locataires de quitter leurs appartements pendant 5 ou 6 mois et de le louer à un tiers. Évidemment, le marché devient alors essentiellement de la sous-location pour des courtes durées, ce qui implique des milliards de déménagements.

Pour déménager, on a souvent besoin d’un nombre conséquent de copains, mais on a aussi besoin de beaucoup de cartons. Et donc en Suède, quand on déménage, on utilise des cartons à bananes. Des cartons Chiquita.

On les croise au quotidien, dans les camions, sur les trottoirs. On entend les suédois venir les réclamer dans les supermarchés. La banane a pris la tête du pays, mais personne ne s’en étonne. La Suède est devenu, sans vraiment en prendre conscience, une monarchie constitutionnelle, mais bananière.

Alors évidemment, les pontes de la théorie du complot, les dissidents, les insoumis et les anarchistes s’accordent tous sur le fait que l’état du marché immobilier sur la capitale, qui fait qu’il est impossible de louer un logement pour une longue durée, est évidemment dû… à un lobby de Chiquita, qui fait bien entendu pression sur le gouvernement… pour la survie des cartons à bananes.

Et à bien y réfléchir, ça en deviendrait presque une évidence.

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