Sondernach #2
De retour à Paris après une semaine d’animation à Landersen. Un centre que j’affectionne particulièrement.
Du ski, chaque jour, avec des enfants de 6 à 12 ans. De la fatigue accumulée chaque jour. Une sollicitation quotidienne, ereintente. Peut-être que je ne suis pas fait pour ça. Peut-être qu’il s’agit là de mes dernières colos, malgré le fait que j’aime y travailler. Je fuis les horaires, les responsabilités, la hierarchie, si minime soit elle.
Une dizaine d’enfance venait directement de la maison de l’enfance. Un équivalent de la DDASS au fond du 95. Martyrs, abandonnés. Un schizophrène. Un enfant qui a évité de justesse un couteau que sa mère a lancé dans sa direction à table. Un enfant qui a déjà perdu, qui n’aura probablement jamais un comportement normal.
Le même qui, avec un couteau de table, simula de se tailler les veines devant 2 enfants de 4 ans lors d’un repas plutôt bruyant. La deuxième tentative était de trop, je l’ai pris seul à seul. Lui, schizophrène déclaré face à moi, animateur dépourvu. Le même qui, quelques secondes plus tard, tenta de m’enfoncer son ongle dans le bras. Un regard changeant, terrifiant. Quelle réaction adopter ? Devrais-je avoir une envie excessive de lui envoyer un upercut polonais, et, professionnel, simplement le sermoner sérieusement pour son geste plus que déplaçé ? Ou peut-être le prendre dans mes bras, lui dire que tout n’est pas si pourri, qu’il pourra s’en sortir, et pleurer avec lui.
Alors, j’ai tenté l’équilibre, le compromis. Lâchement. Je ne suis pas éducateur. Son geste, sa violence, ses mots, m’ont affecté, personnellement. Expérience traumatisante. Apprendre sur le terrain. Tu m’étonnes. Never again. Je préfère de loin fermer les yeux, pensant qu’il y a des éducateurs spécialisés qui sauront mieux y faire, qui sont formés pour ce genre de cas.
La semaine, à part cet évènement, s’est déroulé comme beaucoup d’autres. Agréable et épuisante. Le retour à Paris est plus difficile. Du travail plus qu’il n’en faut. Mais, depuis presque 2 mois, je suis accompagné. Quotidiennement. Au fond de mon esprit, ou planqué de le 16ème, elle est là, et ça, je ne le changerais pas, même pour one million dollar, baby.
