Urban Shot.

Récits depuis Björngårdsgatan, Stockholm – SUÈDE.
J’ai cotoyé, 5 ans durant, il y a un certain temps déjà , le sol caillouteux de l’école primaire Daniel Galland, à Saint-Vrain. L’histoire n’est pas singulière. Qui que vous soyez, vous aussi avez connu ce dont je vais parler.
Néanmoins, aujourd’hui, je m’intérroge. Une curiosité dévorante. Ou sont-ils, ceux qui ont partagé tout ce temps avec moi ? Il me reste encore quelques contacts. Des gens que j’aimais, réellement, mais qui ont choisi d’autres routes. Je ne peux plus passer autant de temps avec un ingénieur en thermique. Bien sur, une puéricultrice pourrait certainement mieux faire l’affaire, mais nous avons trouvé d’autres centres d’intérêts.
Que fais tu, aujourd’hui, toi qui bavait régulièrement dès que tu ouvrais la bouche ? Toi, qui réglait tes petits soucis à coups de boule ?
Je sais que toi, lors d’un malheureux voyage dans ton pays natal, tu as trouvé la mort dans un meeting aérien. Je sais aussi que toi, tu as fait pas mal de conneries. A toi, l’armée a ouvert ses portes. Guère étonnant. Et toi, tu as décidé de vivre dans un 20m² à Gare de l’Est, pour suivre une formation d’ingénieur informatique. Tu ne vois pas grand monde, tu te fais livrer tes courses sur Internet.
Nous nous embrassions derrière la haie au fond de la cour. Vincent te touchait les fesses. Fabien saignait du nez. On emmerdait pas Guillaume. Flavigny aurait pu te crever les yeux avec un tesson de bouteille. Elodie était très belle. Je l’ai embrassé, derrière une table de ping pong, lors de la boum de Leslie.
Nous étions beau.
Trouver un appartement à Paris, c’est pîre que de rapatrier des ressortissants français du Liban. Pire que la compote à la rhubarbe, que les Solidays, que France Allemagne 82. Un exercice subtil, qu’il faut apprendre à maîtriser.
Un appartement rue Saint-Maur. Séduire la cervelle de pigeon, celle qui détient les clés. Elle me rappelera. Bon pour moi.
S’ensuit alors un long périple financier, des allers-retours chez IKEA. Rideau de douche orange, rangement à couverts, porte savon ventousable. Excitant.
Et puis, un soir, rue Saint Maur. Au volant d’une AX, nous avons décidé de rejoindre la côte. La Normande, celle où le péage coute 5€. A 2h, nous étions à Honfleur. A 2h08, nous étions perdu, à 3h30, nous avons trouvé une place confortable dans une petite impasse face à la mer. A Paris, nous voulions dormir sur la plage, à Honfleur, nous avons décidé de préférer la voiture. La Normandie, au mois d’Aout, c’est Paris en décembre 99.
Heureusement, Citroën a pensé à tout. La banquette pliable. Une truite dans le coffre, et moi sur le côté plastique de la plage arrière. Le lever à 8h ne fut pas une surprise, dans l’inconfort en devint inssuportable.
Néanmoins, c’est beau, là bas. Vas y, toi aussi.
Sinon, j’ai trouvé un studio, à Saint-Vrain. Calme, ensoleillé, chauffage naturel, économique.
Han har kysst mig i sex m? nader nu.
Je reviens. Situation initiale, élément perturbateur, péripéties, morale.
Un mois de Juin à la fraiche. Plus d’appartement, Paris m’ouvre ses rues, ses bars, les amis m’offrent des draps et des lits pliants. J’ai pu expérimenter des douches, des sommiers, des matelas… Le luxe n’est il pas de changer tous les soirs ?
Je travaille à ne pas défaillir. Sentir bon, me brosser les dents, vous n’auriez pas une pièce ou un ticket restaurant ? Je suis suivi de près par une truite de qualité, qui elle non plus n’a pas trouvé de pièce à vivre. Alors, elle truite, tranquillement. On truite, finalement.
Les jours se suivent, les sandwichs suédois rue d’Hauteville se succèdent, et je vis. Parisien. Heureux.