March 2009 - les archives


Fourberie.

March 23rd, 2009

Au terme de plus d’un an et demi, les suédois ont absolument acquis toute ma confiance, aveugle, sans retenue (en dehors des soins et de la santé qui jusqu’alors ont encore tout à prouver).

Je pourrais signer un contrat les yeux fermés dès lors qu’il est rédigé en suédois. Je n’y peux rien, les suédois inspirent la confiance. J’ai par avance de très bons sentiments envers les Magnus, les Karl, les Anders, même lors d’une première rencontre. Si un suédois m’avait dit qu’un sous marin furtif faisait dans l’eau moins de bruit qu’une crevette, j’aurais sans doute partagé cette anecdote le plus souvent possible.

Ce sont ces mêmes suédois qui, lors du passage à la caisse au supermarché, s’affairent à tourner leurs articles sur le tapis de sorte que le code barre soit placé face à l’employé, que celui-ci n’ait pas à le chercher. “Un gain de temps formidable.” Ce qui paraîtra futile aux yeux de certains est définitivement pour moi une observation irréfutable de ce qui caractérise l’essence même du suédois : sa gentillesse (et son conformisme, son attitude niaise aussi, son côté « trop carré-trop pourri », mais que voulez vous, nous n’y pouvons rien)

Dans cet élan de confiance qui m’habite ces derniers jours, j’ai cherché à gagner un téléphone portable sur Internet en inscrivant mon numéro sur une publicité qui s’était affichée sur mon écran. Je suis pourtant un utilisateur averti, mais cette fois ci, j’ai certainement trop misé sur la bonne foi de ces foutus suédois.

485_9_2

Depuis, je reçois quotidiennement un SMS qui me rappelle que je n’ai toujours pas gagné mon Iphone, mais que bon, si j’insiste un peu en envoyant une quinzaine de nouveaux SMS à un service surtaxé, j’aurais peut-être une chance de faire partie du tirage au sort qui départagera les 10.000 crétins qui, comme moi, ont participé à ce concours. En France, j’aurais qualifié une telle fourberie de piège à con. Mais je ne connaissais alors pas le suédois taquin.

Une belle leçon de vie, un coup de couteau dans le dos pour ceux que comme moi, la Suède a rendu trop docile.

Du futile à l'agréable | Réagir

Stockholm en vrac.

March 19th, 2009

Ces derniers jours, à Stockholm, j’ai vu:

  • Des suédois qui ont souri le 18 mars, jusqu’aux oreilles, quand ils ont enfin aperçu le soleil sur la ville
  • Plus aucun transat disponible au bord de l’eau
  • Une dame un peu grosse qui a eu besoin de deux transats pour elle toute seule
  • Cette même dame qui mangeait un énorme Donut au chocolat vers 12h50
  • Des centaines de « c’est le printemps ! » entendus
  • Un type en t-shirt blanc dehors
  • Un type en doudoune qui a presque pleuré à Östermalm quand il a vu qu’il recommençait à neiger le 19 mars vers 10h30
  • Des gens qui disaient beaucoup « fy fan… » quand ils ont aussi remarqué qu’il neigeait
  • Un deuxième type en doudoune
  • Des gens qui ont finalement décidé de rentrer à pied du travail le 19 mars lorsqu’ils se sont aperçu qu’en fait, cette neige, c’était juste une blague et que maintenant, ils peuvent vraiment dire que oui, c’est le printemps, sur Stockholm.

Vivre au frigo | Réagir

9 mois après Midsommar.

March 17th, 2009

Que se passe-t-il en Suède au mois de mars ?

Il y a, dans le cycle annuel des saisons, quelques mois dénués d’un véritable intérêt. Des mois dont on se passerait bien mais qui chaque année, malgré des protestations souvent bien argumentées, remettent le couvert sans que l’on ne puisse y redire quelque chose.

Mars en fait définitivement partie.

Le vrai souci du mois de mars, c’est qu’il se retrouve pris en étau entre l’hiver et le printemps. Entre la neige et le soleil, les débuts de chaleur et le froid saisissant. Mars n’a malheureusement rien pour sa défense, il s’agit simplement d’une trentaine de jours qui se suivent d’une façon aussi excitante que 15 minutes devant  Microcosmos un dimanche après-midi.

Il y a cependant un événement qui revient en mars en Suède aussi régulièrement que les J.O d’hiver et qui vient pimenter cette morosité ambiante : les bébés de la Midsommar.

Midsommar, j’en ai déjà parlé et je ne développerai pas plus mais j’ai en revanche omis une de ses principales caractéristiques : c’est aussi le jour où, comme un effet de mode, on conçoit les enfants en Suède. Un calcul savant vous amène 9 mois après, jusqu’au mois de Mars.

Il ne faut ceci dit pas se méprendre : on ne conçoit pas TOUS les enfants le jour de Midsommar, auquel cas mars ressemblerait à une Technoparade quotidienne dans les rues de ville, mais on en conçoit un bon nombre, suffisamment pour que l’expression « les bébés de la Midsommar » ait lieu d’être.

Allez donc savoir s’il existe une raison particulière, si c’est vraiment cool de faire un enfant en juin, si Mars correspond à la période des soldes sur les accessoires bébés, ou si définitivement, on se la pète à promener son bébé de la Midsommar au mois de mars dans la ville.

Quoi qu’il en soit, à 2000km de là, les français aussi font des enfants de Midsommar et certainement sans le savoir. J’en profite donc pour faire un big-up à Armelle et Aurélien, bravo les gars, et félicitations.

Vivre au frigo | Réagir

Oui s’il vous plait.

March 10th, 2009

S’il y a bien une chose pour laquelle les suédois sont cools, vraiment cools,  ce serait certainement celle-là.

On peut leur reprocher ce côté si rigide qui les caractérise : faire la queue en une file bien droite en attendant le bus, ne jamais garder ses chaussures passée l’entrée d’un appartement, ne jamais envisager le fait de laisser une éponge moisir au fond d’un évier etc.

En revanche, il y a une chose, cette chose qu’on aurait certainement à leur envier : le « tu »
Du tutoiement à grande échelle et à n’importe qui, c’est le crédo favori des suédois. En France, le régime est assez simpliste : on ne se tutoie jamais, sauf :

-    Si on connait son interlocuteur
-    Si l’interlocuteur en question est d’une trentaine d’années plus jeune
-    Si on n’est pas sympa
-    Si on est vraiment énervé
-    Si on demande du feu, ou des euros (« t’as pas du feu ? », « t’as pas 10 sacs ? »)

Et à 2000 km de là, les suédois nous observent et rigolent… Du haut de leur pays dans lequel tutoyer un ministre est aussi banal que commander un café à emporter chez 7/Eleven.

Je dois reconnaître qu’on prendre vite goût à ce « tu » quotidien, que le « bonjour Madame, un paquet Pall Mall s’il vous plait » semble définitivement très très loin après plus d’une année passée ici.

D’où, dans le même temps, la difficulté des suédois en France à vouvoyer leur quotidien et leur hésitation à employer un « vous » ou un « tu » lors de situations délicates, les beaux-parents par exemple. J’ai le souvenir d’une jolie suédoise qui, à table, préférait le « non merci » au « oui s’il vous plait » afin d’éviter ce vouvoiement aussi malvenu qu’un gobelet en plastique au cours d’une fête un 31 décembre.

Que restera-t-il de notre « oui s’il vous plait » d’ici quelques années ? Peut-être plus grand chose… certainement rien de plus qu’un “casse toi, pauv’ con“.

Suède VS France | Réagir

Vad säger du ?

March 3rd, 2009

La vie quotidienne des suédois est sans conteste aussi bien réglée qu’une cérémonie d’ouverture des J.O, un sans faute de 8h à 21h avec des horaires à respecter, des gâteaux de carottes à avaler, des amis avec qui discuter etc. Elle est ponctuée de boulettes de viande, de « hur gick det » et de temps alloué aux lessives, mais plusieurs fois par jour survient un obstacle de taille qui est autant de retard pris sur le planning quotidien : l’incompréhension.

L’incompréhension, lorsque qu’un suédois s’adresse à un autre suédois, à propros de n’importe quoi de suédois : il est très fréquent qu’ils aient du mal à se comprendre, et à se faire comprendre.

Je me souviens d’un cours de communication qui exposait ce schéma finalement assez basique sur la transmission d’un message: émetteur – canal – message – récepteur.
Concrètement, on a ici pas mal de raisons de se foirer dans le processus: il faudra dans un premier temps formuler clairement son message, le prononcer de façon intelligible, qu’il soit entendu correctement par l’interlocuteur et enfin que celui-ci le comprenne.

Et très étrangement, les suédois sont assez forts pour ça, pour se rater sur l’une ou l’autre des étapes.

Il est en effet très courant d’entendre au milieu d’une conversation un « vad säger du ?», qui tombe aussi tragiquement qu’un verre de rouge sur la moquette.
« Vad  säger du ?», littéralement « qu’est ce que tu dis ? » qu’on peut bien entendu assimiler à notre bon vieux « quoi ?! » des familles.

h-3-1234728-1217579645

Un « vad säger du ?» et l’interlocuteur est contraint de se répéter, constatant un véritable échec personnel et certainement les limites d’une langue aussi. Je serais très curieux d’en connaitre les raisons, bien qu’il me soit difficile de lancer des hypothèses à tout va aujourd’hui. Certainement un problème dans le débit. Ou un souci avec ce qu’ils ont pu inventer de pire, les voyelles courtes et les voyelles longues. Ou probablement parce que le suédois ne peut pas être à la fois rigolo et compréhensible.

Un bon ami à moi disait que les suédois semblaient parler avec une truite dans la bouche. Je n’avais porté que peu d’intérêt à cette réflexion il y a quelques années. Il est en fait fort probable que ce type fut un génie.

So swedish | Réagir