February 2010 - les archives


La tarte des anciens.

February 23rd, 2010

Je pensais, après plus de 2 ans ici, avoir fait le tour de toutes les spécialités culinaires que la Suède avait à m’offrir.

J’avais étendu ma connaissance beaucoup plus loin que le rayon “spécialités suédoises” du IKEA d’Évry, comprenant alors que les suédois ne se nourrissaient pas qu’exclusivement de boulettes de viande piquées de cures-dents en forme de petits drapeaux bleus et jaunes.

J’ai en revanche, ce dimanche, fait l’expérience d’un plat dont jamais je n’avais entendu parlé auparavant, un plat national que les suédois se sont bien gardés de communiquer au reste du monde. Son nom sonne comme une légende urbaine, un plat que semble-t-il peu d’étrangers ont réussi approcher, qui se transmet sous silence de générations en générations sans jamais traverser les frontières.

Ce plat, c’est le “smörgåstårta“, ou littéralement: la tarte au sandwich.

J’avais pourtant quelques appréhensions après avoir été convié comme ca, sans vraiment prévenir, pour déguster une tarte que seuls les grands-parents proposent à leurs petits enfants. Mais c’est avec honneur que j’ai accepté l’invitation, me rendant non sans attentes chez mon hôte, sans vraiment savoir ce qui m’attendait…

Aujourd’hui, je suis heureux (et pas moins fier) d’avoir pu goûter à ce que la Suède m’avait si longtemps caché. Une tarte au sandwich, ou un mélange à première vue improbable. Je n’oserais vous en dévoiler sa préparation exacte, mais je peux en revanche laisser échapper quelques informations dès lors qu’elles restent entre nous:

La tarte est constituée de plusieurs couches, plus ou moins dans cet ordre: pain – thon – pain – crevettes – pain – crème fraiche – crevettes – mayonnaise – pain – pain – crevettes – concombre – pain – mayonnaise – pain  - crevettes. Il semblerait par ailleurs que sa confection nécessite 3 bonnes heures, puis 24h de repos pour l’animal en plus. Effrayant.

Quoi qu’il en soit, le résultat est excellent. Déjà, j’envisage de probables améliorations, en ajoutant de la mayonnaise, en enlevant du pain, en ajoutant de l’avocat, en enlevant du pain. Mais c’est un fait: on ne discute pas avec les traditions suédoises – une tarte au sandwich est une tarte au sandwich. Quiconque viendra tenter d’en modifier sa recette s’exposera à la réprimande.

Non, en Suède, les traditions, on prend ca très au sérieux.

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Plus d’saisons!

February 22nd, 2010

Après avoir tant entendu “y’a plus de saisons!“, il est vrai qu’on était bien content d’avoir, depuis mi-décembre, un hiver qui tenait la route. Ça nous rappelait que la Suède était bien la Suède, qu’on avait pas fait l’achat de boots militaires pour rien.

L’hiver, auquel Stockholm était relativement bien préparé. On ne la fait pas à l’envers aux suédois quand il s’agit de températures extrêmes et de chute de neige inattendues.

Puis janvier arrive, et il fait toujours aussi froid. Les types postés sur les toits pour déblayer la neige commencent à avoir les doigts qui gèlent, et un début d’exaspération se fait doucement sentir lorsqu’ils font tomber des tonnes de neige qui reviennent inlassablement 2 jours plus tard.

Sans même s’en apercevoir on est déjà en février, et là plus personne ne rigole.  Les professionnels du déblayage en altitude ont rangé les mousquetons et préfèrent à la rigueur rester à la maison et picoler des coups. Quand il n’est même plus possible de sortir de chez soi sans une combinaison complète “froid extrême” en une pièce, c’est 90% des suédois qui commencent à envisager des vacances prolongées à Phuket.

Ce matin, la Une de nos quotidiens nationaux a laissé carte blanche à SL -la compagnie des transport publics- qui a ouvertement conseillé aux gens… de rester chez eux. C’est un constat d´échec qui frappe lourdement la Suède, c’est déclarer forfait et s’en remettre au réchauffement climatique comme seul sauveur d’une situation de l’extrême.

Il est vrai que les suédois n’avaient pas faire l’expérience d’un tel hiver depuis 1987. Un hiver que les plus jeunes suédois n’ont pas connu, et que les vieux ont eu bien le temps d’oublier. Une neige qui donne des airs de pistes vertes aux routes les plus empruntées, lorsque l’on constate que même Götgatan est devenu méconnaissable, enfouie qu’elle est sous un manteau blanc aussi hermétique qu’un Tupperware.

J’entends déjà les plus sportifs d’entre nous réclamer des forfaits saisonniers pour nos nouvelles pistes et jeter gaiement à la poubelle nos cartes de transport devenues inutiles, Stockholm propulsé Val Thorens de décembre à Mars, de quoi faire des heureux!

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Ingen reklam tack!

February 1st, 2010

On sait les suédois très en avance sur les questions relatives à l’environnement. La plupart d’entre eux s’appliquent au tri sélectif comme on se brosse les dents, personne ne remet en cause une taxe carbone en vigueur depuis la sortie du deuxième album de Nirvana, et les automobilistes s’acquittent sagement de quelques couronnes dès lors qu’ils traînent leurs Volvos à l’intérieur de la ville de Stockholm.

J’ai par ailleurs constaté un autre phénomène auquel je n’avais jamais vraiment prêté attention jusque là. C’est l’histoire d’une petite étiquette qui traîne sur des milliers de boites aux lettres à Stockholm, une petite note qui informe ceux qui auraient pour intention de polluer les appartements de prospectus en masse: “INGEN REKLAM TACK!

Littéralement “pas de pub, merci!“, j’ai moi aussi inscrit sur ma boite aux lettres “ingen reklam, tack” sans vraiment savoir pourquoi, lors de mon emménagement à Stockholm. Comme lors d’un premier rendez vous à la banque pour ouvrir un compte suédois, s’opposer à la publicité intrusive est aussi une étape nécessaire à l’intégration.

Ceci dit, la France n’est pas en reste et nous sommes aussi nombreux à afficher des étiquettes “pas de pub!” sur nos boites aux lettres. Mais faisons face à cette réalité: nous sommes tout aussi nombreux à recevoir, malgré tout, ces prospectus qui nous serviront un peu plus tard à éplucher nos pommes de terres. Mettons ça sur le compte de facteurs peu scrupuleux, mais admettons en revanche que l’on serait tous bien emmerdés, sans plus rien pour éplucher nos patates.

Les suédois utilisent le quotidien national auquel ils sont abonnés pour faire la cuisine, et le facteur se trouve être très conciliant: jamais ne passera publicité par votre boite aux lettres dès lors que vous y laissez de bonnes instructions. Une exception est sans doute à relever: le catalogue IKEA n’a jamais été considéré comme de la publicité (comprenez, c’est un peu une bible que l’on vous livre annuellement, et tout ça pour pas un rond)

De là, j’avoue que l’idée de bloquer les factures avant même qu’elles ne passent le pas de ma porte se laisse sereinement envisager. Dans un pays comme la Suède, et considérant que le facteur n’ira jamais chercher le conflit, “pas de factures, merci!” ouvre probablement la porte à tout un panel de possibilités.

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