Catégorie: Du futile à l’agréable


Le souci au détail.

January 15th, 2010

Il y a chez les suédois un trait de caractère particulièrement étrange qui les rend, je dois le reconnaître, tout à fait attirants: j’ai, après plus de 2 années ici, remarqué que beaucoup d’entre eux s’inquiétaient.

Il s’inquiètent comme on lance  une machine sur “lavage à froid“, sans vraiment y prêter attention. Dès lors qu’un sujet devient suffisamment sensible, le suédois s’inquiète.

Cela se joue bien entendu à un niveau autant global qu’individuel. Global, par exemple lorsque cela touche aux ondes électromagnétiques. Les ondes électromagnétiques inquiètent les suédois. Il est d’ailleurs possible de combiner toute sorte de phrases avec “inquiète les suédois“, dès lors qu’un sujet fait débat. Les OGM inquiètent les suédois. Le match Suède-Danemark inquiète les suédois. Jean Michel Jarre inquiète les suédois.

Ce qui retient mon attention, ce n’est pas que les suédois s’inquiètent de façon excessive, c’est le fait qu’au lieu de se prononcer clairement, ils s’inquiètent, tout simplement. Ce qui, pour leur defense, doit vraisemblablement les écarter de pas mal de conflits : on peut aisément dénigrer un pays qui s’oppose ouvertement à ceci ou cela, mais il est vrai qu’une population qui s’inquiète, on a franchement du mal à lui en vouloir.

L’inquiétude se joue aussi sur un plan très individuel, quotidiennement. Ici, on s’inquiète lorsque le tramway prend 3 minutes de retard. On s’inquiète lorsque l’aiguille du reservoir d’essence passe au dessous du derniers tiers, et on marche la tête en l’air dans les rues de Stockholm, évidemment inquiet de recevoir un paquet de neige depuis le toit directement sur la tronche.

C’est donc inévitablement tout un contraste lorsque le français arrive en Suède, par de sa nature exclusivement concerné par sa personne. Nous sommes donc les premiers à envier ces ascenseurs pour les handicapés dans le métro à Stockholm. Mais si ils sont là, c’est certainement parce qu’un jour, un type s’est inquiété de l’accessibilité du métro aux handicapés. Si vous vivez dans 20m carré à Paris et que IKEA a changé votre vie, c’est aussi parce qu’un suédois s’est un jour senti concerné part l’aménagement des petits appartements.

Alors certes, ils nous font bien rire, ces suédois trop soucieux, tous enfouis sous leurs gigantesques bonnets ridicules. Il n’empêche, si ils n’avaient pas été si préoccupés par tout et n’importe quoi, on n’aurait certainement jamais connu les joyeux dimanches en famille chez IKEA.

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What happens in Vegas…

November 18th, 2009

Stockholm – Las Vegas, ou une bonne douzaine d’heures d’avion pour faire la liaison Suède – Ètats-Unis. Las Vegas, Nevada, qu’un bon nombre d’européens peuvent situer sur une carte. De l’autre côté de l’Atlantique, les américains ont beaucoup plus de problèmes pour localiser Stockholm. Une partie d’entre eux m’ont d’ailleurs fait part de leurs différents voyages à Stockholm, en Suisse, il y a quelques années de ça. Ceci dit, loin de moi l’idée d’en rire, je reconnais volontiers que Stockholm ne m’évoquait pas plus de choses que le changement d’une courroie de distribution avant d’emménager ici.

Après une semaine passé là bas, j’en viens à me demander si Las Vegas ne serait pas la ville la plus différente de Stockholm, sur absolument tous les points de vue. Las Vegas n’est pas Disneyland, ce n’est pas non plus les Etats-Unis, ce n’est comparable à rien d’autre. Las Vegas, c’est simplement Sin City (la ville du péché pour les non anglophones) En revanche, jamais on ne verra un suédois portant un t-shirt estampillé: Stockholm: Sin City. Sur la liste des capitales du vice, Stockholm doit visiblement se placer bonne dernière, très loin derrière Vegas en première place.

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Vegas frappe avant même que l’avion ne débute sa descente: une ville perdue au milieu des rocheuses, le paradis du jeu au cœur du désert. Raconter Vegas n’est pas exercice facile, encore moins à l’écrit. Il est probablement nécessaire d’en parler, avec des grands gestes et des bruits, des chlafffff, bliiiiiing, claaac, afin de décrire au mieux cette ville absolument pas comme les autres.

Une semaine à là bas, c’est plus de temps qu’il n’en faut pour se faire une bonne image de la ville. Une semaine à Vegas, c’est aussi le temps nécessaire pour réaliser à quelle point vivre dans cette ville n’est en aucun cas une option, se dire une fois de plus que vivre en Suède, c’est une chance, et un plaisir avant tout.

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Pour les plus curieux d’entre vous, les photos sont là: Picasa

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Home made.

October 30th, 2009

J’ai tapé le week-end dernier dans l’erreur irréparable, celle qui sera probablement la cible des critiques les plus dures. J’ai fait un pas de plus sur le long chemin qui petit à petit nous transforme tous en suédois, un pas de trop certainement, le pas qui fait mal.

Ce qui jamais ne devait arriver arriva : dimanche, j’ai fait du glögg.

Le glögg, pour ceux qui ne sont pas familier avec ce mot, c’est le vin chaud national ici, à consommer dès lors que la température extérieure vous permet de conserver sans crainte un pot de glace à la vanille sur le balcon.

Alors oui, faire du glögg à la maison, c’est passer un cap. C’est abandonner toute estime de soi, et c’est surtout cautionner un phénomène excessivement douteux : celui des jeunes boutonneux qui, pour n’avoir pas le droit de mettre un pied chez Systembolaget, préfèrent fabriquer de l’alcool maison dans la salle de bain afin d’éviter de tourner au 7UP le samedi soir avec les copains.

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Bien entendu, loin de moi l’idée d’économiser le prix d’une demie-douzaine de bouteilles de glögg; j’étais avant tout curieux de son procédé de fabrication, qui s’est en fait avéré très simple : mélanger une dizaine de bouteilles de soda scandinave avec 2,5kg de sucre, ajouter quelques patates, de la cannelle et à peu près toutes les autres épices à pâtisserie du monde, et laisser pourrir le bouzin un bon mois et demi dans un seau en plastique.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus que d’une question de patience. La première semaine s’est déroulée sans incident, même si j’appréhende toujours la possible apparition de champignons exotiques fluorescents sur la surface du liquide ou la découverte de petits animaux morts au fond du seau lorsque début décembre, je serai contraint de tester cette potion magique.

On éprouve ceci dit un certain plaisir à fabriquer son alcool à la maison, tout d’abord par respect pour l’artisanat; et par la suite parce qu’il s’agit potentiellement d’un nouveau plan de carrière: je dois reconnaître que désormais, je m’imagine tout à fait en petit producteur local!

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Ceux qui décident du temps qu’il fera

August 11th, 2009

Il est une loi que l’on ne retient que trop peu souvent, malgré le fait qu’elle soit applicable à une bonne moitié du monde. Cette loi, c’est celle dite “des parents“.

Le scénario est fonctionnel au possible: un jeudi, vous rencontrez une suédoise. A peine le temps de se retourner que vous êtes déjà dans une Renault 19 à traverser le Danemark à fond la caisse avec toute votre bibliothèque dans le coffre, et quelques paires de chaussettes. Côté passager, une fille aux cheveux tout jaunes.

Après 2000km, vous constatez le résultat: vous habitez en Suède, vous payez un loyer en couronnes et vous commencez à boire votre thé sans sucre, même si vous vous étiez juré de ne jamais lâcher, sur les 5 morceaux de sucre avec le thé.

Viennent ensuite comme il se doit une partie des amis pour rendre visite, avec un grand sourire et des Carambars dans la valise. Et puis évidemment, deux fois par an, ce sont vos parents qui passent pour faire coucou (toujours avec le sourire mais avec vachement plus de Carambars)

Et que se passe-t-il, lorsque les parents se déplacent jusqu’en Suède?

Il pleut.

Il pleut à n’en plus finir, plus de litres d’eau que le Pacifique n’en compte, plus de pluie que lors d’une finale de Roland-Garros… et il pleut évidemment de façon excessivement localisée: Stockholm, sa banlieue, et partout où vos parents décident d’aller se promener. Considérez ça comme un micro-climat.

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Même si la séparation à la fin du séjour à bien entendu des airs d’adieu, le sourire revient très vite lorsque le lendemain les gros nuages laissent place à un soleil rayonnant. On oublie vite une quinzaine de jours de pluie dès lors qu’on fait griller du saumon au barbecue, en short au bord d’un lac.

On aurait presque tendance à oublier que quelques jours plus tard, ce sont aussi les parents de vos copains qui viennent faire un tour en ville, comme ça, juste faire coucou. La temps en est témoin, et pour la première fois, vous pouvez enfin considérer la météo comme fiable, au moins pour la durée de séjour des parents en question; c’est visiblement le k-way du placard qu’il vous faudra ressortir.

Ne cherchez plus: il n’existe pas de meilleur indicateur météo.

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Tack tack

June 26th, 2009

On a du mal à savoir si il s’agit de se faire mieux comprendre, de s’assurer que le message passe correctement… mais il est un fait incontestable: les suédois répètent, beaucoup.
On avait déjà constaté que la plupart du temps, la communication entre deux suédois passaient mal. Peut-être usent-ils donc la répétition afin de pallier à cet obstacle.

Mais quoi qu’il en soit,  le “tack tack” est quotiden. N’employer qu’un “tack” est d’ailleurs devenu démodé: 2009 est l’année de “tack tack”.

Le “tack tack” qui d’ailleurs sonne étrangement aux oreilles des français, qui utilisent de leur côté “tac tac” afin de préciser la rapidité d’une action : “là le type sort de la banque, et tac tac il saute dans sa bagnole”.

Alors il est vrai qu’on a du mal à s’habituer, à ses suédois qui tack à gogo. D’autant plus qu’il ne s’agit pas simplement du “tack” que l’on multiplie: “Hej!” devient invariablement “hej hej!”, et sa variante “hejsan” magistralement “hejsan hejsan”. Ce qui, et personne ne me contredira, allonge de façon conséquente le temps passé à la caisse d’un supermarché. Si l’on commence à doubler systématiquement chaque “bonjour”, “merci”, “bonne journée et à bientôt”, c’est un plan national d’embauche de personnel de caisse qu’il va falloir lancer.

En bon français, on aurait tendance à assumer que cet excès de gentillesse camoufle quelque chose de louche. Que les suédois “tack” à taquet parce qu’ils n’ont aucune conversation, qu’un rapide“salut salut” vaut toujours mieux qu’un laborieux “salut ça va?” qui sonne le départ d’une conversation sans fin.

Malheureusement, les informations manquent sur le sujet. Et rien de sert de se renseigner auprès d’un suédois afin de savoir pourquoi il ne peut s’empêcher de tout multiplier par deux, car dans tous les cas, il vous demandera de répéter la question. Vad säger du?

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