Pourquoi Quitter Paris ?

Category: Du futile à l’agréable (page 2 of 9)

La ligne 4.

A Stockholm, on peut se déplacer de nombreuses façons différentes: on fait du vélo façon Tour de France avec casques et combinaisons de l’aérospatiale suédois, on roule en Volvo et moins en SAAB car leurs propriétaires  sont un peu stressés en ce moment, beaucoup se déplacent en métro et quelques-uns, un peu plus originaux, vont travailler en patinant sur les lacs de glace avec, par chance pour eux, une saison glacière désormais étendue d’octobre à juin depuis cette année 2012.

Et puis pour tous les autres, il y a la ligne 4.

La ligne 4, c’est un bus qui semble emprunter sans exceptions toutes les rues de la capitale, à toutes heures et pulvérisant visiblement toutes les limitations de vitesse car il ramène toujours les gens sans aucune attente, partout et très vite. A Stockholm, c’est un quotidien “sinon, t’as la 4 qui passe par chez toi” dès lors qu’il faut se rendre d’un point A à point B, que A se trouve à 25km de B ne posant évidemment aucun souci. Il est d’ailleurs étonnant de constater qu’il existe son équivalent en France, avec une ligne 4 du métro parisien qui pourrait théoriquement envoyer ses passagers de Porte d’Orléans à Honfleur en moins de 30 minutes.

La ligne 4, c’est aussi l’occasion de retrouver ses collègues, sa famille, une vieille tante perdue de vue depuis plusieurs années, une ancienne prof de maths, ou des copains parfois. La ligne 4, c’est celle qui sauve un retard, celle qui vous ramène chez vous quand il n’y a plus rien à boire, ce bus dans lequel il est possible de monter, fermer les yeux pour 1 minute ou deux et arriver à la maison.

A voir cette ligne 4 semblant quadriller la ville, on en vient a se demander si la compagnie de bus SL ne devrait pas étendre ses activités à la distribution du courrier ou la livraison de pizzas sur Stockholm et ses alentours.

Le vent.

Stockholm est une ville côtière proche de la Baltique, ce qui par définition signifie que la mer n’est jamais bien loin. La mer, c’est très chouette, et les suédois, en plus de savoir qu’il existe probablement des phoques dans l’archipel, sont très heureux de pouvoir profiter chaque jour des senteurs de crevettes en tous genres qu’offrent les promenades matinales à Stockholm.

Vivre à proximité de la mer implique aussi une contrainte de taille que toutes les villes connaissant une situation similaire appellent singulièrement: le vent.
Il existe de nombreux types de vents: la légère brise parisienne, qui transporte avec elle des odeurs de tabac à rouler et parfois quelques sacs plastiques, le Nordet breton qui en revanche lui est beaucoup moins cool et n’apporte souvent bien que des gros nuages tout noirs, et les bourrasques de Stockholm qui font trépasser les girouettes la ville. Car en Suède, on ne rigole pas avec le vent.

Le vent, à Stockholm, débarque systématiquement sans aucun préavis et c’est d’ailleurs souvent durant la matinée qu’il sort de derrière ses fagots. La matinée, c’est aussi le moment où une partie de la ville se rend au travail en marchant au bord de l’eau.

Le vent peut avoir en soi des conséquences dévastatrices sur l’ordre (trop) établi en Suède. Il est ainsi tout à fait dramatique d’observer ce type trop propre et trop blond qui, après avoir nécessairement passé une trentaine de minutes à faire en sorte que sa coupe ressemble le plus fidèlement possible à celle d’Al Pacino, se retrouve brusquement transformé en plumeau dès la sortie de son appartement.

Une journée comme aujourd’hui, avec –d’après des sources vérifiables– des pointes à 9 mètres par seconde, transforme la ville en un gigantesque cimetière à parapluies qui, après avoir été contraints d’abandonner la partie et de plier sous les rafales, se retrouvent fièrement posant tels des dizaines de petits Batmans dans les poubelles municipales.

Le vent, c’est aussi les mouettes qui malgré leurs efforts font un sur-place absolument remarquable, les cyclistes qui sous leurs casques gigantesques ont tous l’impression d’accomplir une étape en montagne du Tour de France.

Et puis évidemment, il reste la Suède qu’on aime, celle qu’Alain Souchon aurait aussi su apprécier: à Stockholm, durant les belles journées comme aujourd’hui, il est possible de voir sous les jupes des filles.

Les chaussettes.

En Suède, il est possible de négliger sa tenue sans que personne n’y prête attention: il y a des jolies filles aux cheveux bleus, des filles un peu plus moches aux cheveux bleus, des jeunes avec des moustaches, des vieux sans moustaches mais qui n’ont visiblement aucun problème à se promener avec un t-shirt sur lequel on peut apercevoir deux loups et une lune, des filles qui ne portent pas de pantalon mais des pulls très longs à la place.

En revanche, si il y a un élément vestimentaire qui est tout à fait impossible de négliger, il s’agit bien des chaussettes.

La chaussette tient en Suède une place tout à fait particulière: étant donné qu’il est rarement permis de se promener librement en chaussures dans les appartements, les chaussettes deviennent alors une vitrine que l’on a trop vite fait d’oublier.

Montre moi tes chaussettes je te dirais qui tu es” n’a jamais eu autant de sens qu’en Suède.

Il est en effet très délicat de dissimuler une chaussette trouée: c’est un exercice qui requiert des compétences de camouflage olympiques. Évidemment, nous sommes nombreux à avoir connu cette situation embarrassante: dans l’entrée d’un appartement, le trou qui laisse entrevoir un orteil, parfois plusieurs dans les pires situations. De là, plusieurs alternatives:

  1. Divertir les interlocuteurs, de sorte que jamais ils n’aient l’occasion de reluquer la chaussette en question
  2. Pointer du doigt la fautive, en rire, partager l’expérience, rire encore, se faire offrir un verre de rouge
  3. Assumer tant bien que mal mais mourir de honte intérieurement, s’enfermer dans la salle de bain, consommer de l’alcool antiseptique
  4. Trouver très rapidement un invité dans la même situation, le pourrir, faire en sorte que tout le monde soit au courant que malgré sa moustache, il se promène avec des chaussettes trouées

Et bien entendu, si il chaussette devient sociale, il existe nécessairement des frimeurs de la chaussette.
Ils sont de ceux qui possèdent une collection incroyable de chaussettes multicolores, de chaussettes avec des doigts de pieds, parfois osent des chaussettes Pierrafeu, Bart Simpson, Nemo le poisson clown. Ils ne laissent rien au hasard, et souvent à juste titre. Ils sont de ceux qui vous font passer pour une ringard de la chaussette, votre nouvelle paire Hugo Boss perd subitement tout son charme, elle devient l’équivalent d’une salade sans sauce. Une salade à 500kr.

Toujours y porter une attention particulière: en Suède, la chaussette n’est pas simplement confortable, c’est un vêtement pour les pieds. Une chaussette vaut une belle chemise, ou une dizaine de cravates.

Les araignées.

Il m’a fallu quelques années à Stockholm pour réaliser que ma dernière araignée datait de 2006.
Les araignées ont fait partie de mon quotidien en France, au même titre que les mercredis midis chez Flunch lorsque j’étais plus jeune. Les araignées, elles couraient dans mes appartements parisiens, elles faisaient des teufs sur ma couette.

En Suède, on ne rencontre pas d’araignées. Elles ne passent pas les portes des appartements. Il était donc légitime de se demander pourquoi.

A première vue, il était tout à fait possible que les suédois aient installé des petits pièges à araignées, invisibles à l’oeil nu, dans tous les endroits stratégiques des appartements: les dessous de portes, les conduits de ventilations, les sorties d’eau etc.
Il devint évident qu’une investigation devait être conduite auprès de plusieurs experts en insectes suédois et autres organisations environnementales afin d’en avoir le cœur net. La réponse ne tarda pas: non, les suédois n’ont jamais fait utilisation de petits pièges à araignées afin d’empêcher leur intrusion dans nos appartements.

Une deuxième théorie s’orientait vers le fait qu’il n’existait peut-être pas d’araignées en Suède (une déviation de flux migratoire aux abords de la Suède, ou quelques petits pièges à araignées aux frontières de la Scandinavie auraient définitivement pu faire l’affaire)
Les premiers sondages semblaient confirmer cette hypothèse: aucun suédois ne semblait jamais avoir vu d’araignées. Au moment même où une explication viable semblait se profiler, un témoignage vint soudain changer la donne: une rumeur, par la suite confirmée, a fait état d’un suédois qui aurait semble-t-il croisé une araignée dans le banlieue de Göteborg, en 1994.

Ils ont été par la suite un grand nombre à établir des théories toutes plus loufoques les unes que les autres: des murs en plomb d’un vingtaine de centimètres d’épaisseur obligatoires dans toutes les habitations, des araignées systématiquement anéanties par les enfants pratiquant sans remords l’arrachage méthodique de pattes avant même l’irruption dans les appartements, etc.

La réponse vint d’elle-même, un jour où je me surpris à contempler l’état mon appartement: depuis mon arrivée en Suède, j’étais devenu propre. Je ne consommais plus de sandwichs beurre/Benco dans mon lit, je ne retournais plus mes chaussettes. Je possédais un aspirateur de compétition tout neuf. Mon immeuble connaissait une rénovation du sol au plafond tous les 5 ans.
De là, un manque conséquent d’insectes en tous genres, imposant irrémédiablement une famine cataclysmique au sein de la communauté, lourde de conséquences. Les araignées ont nécessairement dû prendre le large, au cours d’un long périple les conduisant à Paris. Elles ont su établir un nouveau quartier général, au cœur du 18ème arrondissement, là où les propriétaires immobiliers ont, depuis une cinquantaine d’années, décidé d’arrêter la rénovation de leurs appartements.

Note: au moment où il conclut ces lignes, l’auteur s’aperçoit que les araignées préfèrent semble-t-il les maisons saines et non-humides pour s’y installer. Comme c’est à n’y rien comprendre, il décide de publier son récit quand même.

Le snus.

Il méritait certainement une brève lui étant intégralement consacré, tant il est présent dans la culture suédoise.

Il n’a pas la notoriété d’IKEA ou de la boulette de viande, et pourtant, il a su s’imposer dans le quotidien des suédois comme la 1664 dans vos après midis jardinage. J’ai nommé: le snus.

Le snus, au nom original qui, même en inversant toutes ses lettres, reste toujours un mot très rigolo: susn, nsus, nuss, snsu etc. Ceci dit, c’est souvent le cas avec les mots de 4 lettres.

Le snus, c’est un riquiqui sachet de thé qui se place sous la lèvre supérieure, de préférence dans un coin (les jeunes du parti moderat suédois le porterait d’ailleurs sur le côté droit selon quelques rumeurs, comme pour se convaincre en permanence qu’ils sont cools mais qu’ils paient définitivement trop de taxes)

A l’intérieur du snus, pleins de trucs pas très bons pour la santé, et une surdose de nicotine afin qu’il puisse s’intégrer sournoisement dans le quotidien des suédois.

Le snus a une force qui lui a certainement valu sa victoire sur la cigarette en Suède: il ne fait pas de fumée, il est discret  et de ce fait, ne nuit pas à l’entourage. C’est très important, en Suède, de ne pas nuire à son entourage. C’est pour cela qu’ils construisent des magasins IKEA de la taille de la Corrèze, afin d’éviter que les gens se marchent dessus en faisant leurs courses par exemple.

Le snus a rendu la Suède très dépendante à la nicotine et de ce fait, les suédois se l’enfile à longueur de journée, en loosdé mais toujours avec le sourire. Le principal inconvénient du dit snus, c’est cette vilaine petite bosse qu’il crée sous la lèvre supérieure et qui le rend, malgré lui, l’accessoire à la cool, indispensable à tout suédois qui se respecte.

Le vrai gros consommateur a d’ailleurs élaboré une technique tout à fait impressionnante afin de se glisser ce petit sachet de tabac sous la lèvre en quelques millisecondes seulement, au moyen d’une dextérité éblouissante et d’un coup de langue remarquable qui lui permet d’accéder au status de « jeune à la cool« , comme ce type sur la publicité Marlboro, sans le chapeau toutefois mais avec une petite bosse bizarre sous la lèvre supérieure.

Le snus a donc su s’imposer comme un accessoire précieux, comme un cousin du slim-fit dont la jeunesse suédoise rafolle, à la seule différence que personne n’est jamais vraiment mort pour avoir porté un jean.

En Suède, on essaie de ne pas mourir.

C’est un fait: les suédois font leur possible afin de ne pas mourir. On essaie ceci dit tous, au quotidien, d’éviter de mourir, mais la Suède est très franchement engagée dans une lutte sans merci contre son extinction. Si elle parvient à ses fins, nous serons probablement, d’ici quelques centaines d’années, un petit milliard à pratiquer le suédois.

Jamais dans la capitale Scandinave il ne manque une petite remarque avant de prendre la route par exemple. Kör försiktigt (conduis prudemment) est de mise lorsque quelqu’un envisage de prendre sa voiture, systématiquement. On signale les éventuels élans de passage, les virages en épingle, on n’oublie pas mentionner le verglas de la semaine passée et l’on clôture systématiquement avec une anecdote, celle de ce sombre voisin qui aurait perdu une jambe sur cette même nationale en 1974.
Il ne s’agit pas de grand chose, mais on se surprend vite à vouloir souhaiter une bonne conduite à n’importe qui, au détour d’un trottoir. Bien entendu, le “kör försiktigt” va souvent de paire avec le ta hand om dig (prends soin de toi), au cas où il ne serait pas suffisant d’éviter de mourir une fois. Sait-on jamais, autant prendre soin de soi par la même occasion. Un cauchemar mes amis, pour les plus festifs d’entre eux qui auraient eu la bonne idée de profiter d’un ou 2 Gin Tonics la veille d’un départ, et qui seront bien évidemment privés de conduite le jour d’après, par leur chère et tendre suédoise toujours soucieuse du bien être d’autrui.

On ne joue d’ailleurs plus aux fléchettes dans les bars de Stockholm (l’accident est trop vite arrivé, considérez un professionnel de la fléchette un peu nerveux, on est jamais trop prudent) et visiblement, on ne joue pas non plus aux fléchettes au volant, ce qui doit probablement en frustrer quelques uns. De plus, le fait que les suédois profitent de chaque retrouvailles pour se faire des câlins de façon systématique n’est pas sans évoquer leur joie de retrouver un proche, toujours vivant.

Je n’évoque évidemment pas la consommation de l’alcool chez les jeunes et la propagande télévisuelle que le dealer d’alcool national (Systembolaget, monopole d’État) fait rentrer dans la tête des suédois à grands coups de spots publicitaires – ce gentil papa qui, plein de bonne volonté, offre à sa fille de 18 ans une bouteille afin qu’elle puisse accéder à une fête quelconque. Papa n’a définitivement pas compris que son enfant (de 18 ans) aura tendance à mourir beaucoup plus vite si Papa commence à lui offrir un St-Émilion pour ses soirées pyjamas avec ses copines (de 18 ans) D’ailleurs, Systembolaget a aussi publié un livre à destination des parents, afin que les jeunes évitent de mourir trop tôt. Je vous conseille sa lecture, si vous envisagez de vivre aussi longtemps qu’un suédois: http://www.tonarsparloren.se/

A bien y regarder, c’est un peu dommage toute cette affaire. Si l’on en croit les statistiques, on meurt un peu plus vite en Suède qu’en France. C’est tout à fait étonnant, pour un pays dans lequel on roule sans jouer aux fléchettes, un pays dans lequel la jeunesse ne boit pas (si elle fabrique des cocktails dans sa salle de bains, c’est avant tout pour le plaisir de la distillation, bien entendu)

Se fondre à la population locale

Il est quelques situations dans lesquelles savoir se fondre dans la population est judicieux. En effet, ne pas être considéré à longueurs de temps comme le français de service se trouve être tout à fait reposant. C’est d’ailleurs aussi un moyen efficace  afin d’éviter ces récurrents « voulez-vous coucher avec moi ? » qui semble être au programme de tous les cours de français en Suède, avec parfois sa chatoyante variation : « je suis une baguette ! »

La maîtrise du camouflage en milieu urbain vient avec les années, mais son apprentissage ne demande pas nécessairement une pratique courante du suédois:  un usage excessif du « tack » (merci)  suffit généralement.

« En Big Mac tack
– Är det bra så?
– Ja tack
– 120 kr tack
– Ja tack
– Tack och hej
– Hej hej, tack tack”

Il est tout à fait possible de passer une journée ordinaire sans jamais faire sauter sa couverture. Cela requiert en revanche de la patience et pas mal de la maîtrise de soi.

Partir couvert est une étape importante. On repère très vite le type qui marche un matin d’hiver par -10 sans un bonnet sur la tête. Les suédois sont équipés, sinon suréquipés : même à une distance de 2 mètres, reconnaître sa mère s’avère problématique. La consommation de cigarettes est bien entendu prohibée et le pas de marche doit être soutenu, le suédois étant avant tout un athlète surentrainé.

Il n’est jamais d’ailleurs vraiment conseillé de déballer un Canon sur Skeppsbron, car même si la vue est superbe, le suédois emprunte cette route tous les jours et, chauffé sur une lancée de 20km/h en descente, il ne s’accorde rarement le temps de profiter du paysage.

Si vous en venez à devoir patienter (dans un café, pour prendre le bus), la règle d’or est: faire la queue et s’y tenir. Ne jamais tenter un dépassement en loosdé, le suédois est très attentif. Dans le doute, faites la queue même si il n’y en a pas une apparente, il y aura certainement un suédois pour venir se placer derrière , simplement content de patienter avec vous.

Pour le reste, restez suffisamment sage et silencieux, prenez parti dès lors que la discussion s’oriente vers la place de la femme dans la société en 2011 , ne vous offusquez pas si vos amis achètent du vin californien et avant tout, mangez végétarien.

Un pour tous…

C’est un fait: malgré des traits de caractères que nombreux pourraient qualifier de singuliers, les suédois ne restent pas moins des gens normaux (pour la plupart) qui travaillent, mangent, dorment et boivent des coups avec les copains.

Boire des coups… Une activité que les suédois affectionnent particulièrement, avec à chaque fois autant de réjouissance qu’un enfant à qui l’on propose un après midi tir à l’arc en colonie de vacances.

Lorsque certains papillonnent de bars en bars comme un samedi shopping rue de Rivoli, d’autres préfèrent rester à la maison et convoquer leurs amis à domicile pour partager quelques verres.

Partager quelques verres”… Curieusement, il n’est pas vraiment question de “partage” en Suède. Le système que l’on connaît (basé sur la principe de “la communauté”, les bouteilles que chacun ramène se retrouve sur le bar, auquel tout le monde à accès) est inexistant une fois un pied dans le pays. Il est en effet inscrit dans la Constitution Suédoise: « Ton alcool tu ramèneras et ce dernier tu ne partageras« . Ce que chacun s’applique à respecter à la lettre.

Bien entendu, cela donne lieu à des scènes très curieuses, lorsque celui qui aura pensé trop petit se retrouvera à court de liquide en milieu de soirée. Il s’agira alors pour lui d’envisager plusieurs options:

  • Un retour à la maison par constat d’échec
  • Barboter une bière ou 2 dans le frigo en espérant passer inaperçu
  • Proposer 20 couronnes à son voisin pour l’achat d’un verre de JP Chenet (??)
  • Se poser ouvertement contre l’alcoolisme mondain et préférer l’eau minérale à la bière, tout en prétendant que ça, vraiment, ça ne pose aucun problème (toujours avec le sourire)

Dans un pays où le Partage est aussi important que la consommation de hareng à Midsommar, je m’interroge sur cette pratique qui chaque fois m’étonne un peu plus.

Peut-être s’agit-il d’une répartition étrange des responsabilités, lorsque celui qui aura prévu un peu trop large finira en boule sous la table sur les coups de 3h du matin, en tentant désespérément de réciter l’alphabet à l’envers, sans que personne ne se sente vraiment concerné…

ouais en même temps, avec tout ce qu’il a ramené, il l’a pas volé!” entendra-t-on un peu plus tard sur le pas de la porte.

Semaine 29.

Nous savons les suédois très à cheval sur le planning. C’est aussi ce qui fait leur force, la Suède est avant tout une population de secrétaires sur-qualifiés. Une douzaine de suédois pris au hasard seraient capables en 5 jours de mettre sur pied la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’Hiver 2014 et ça, personne ne s’en étonne vraiment ici.

Au quotidien, c’est évidemment très bénéfique à la vie d’une entreprise comme à la vie de couple. Votre petite copine nettement plus compétente qu’un agenda électronique, beaucoup en rêvait, la Suède l’a fait. Á un détail près.

La Suède a décidé d’utiliser son propre calendrier. Au diable les “rendez vous dans 2 semaines!”, les suédois y préféreront “rendez vous semaine 34!

Semaine 34?

Semaine 34. Comprenez la 34ème semaine de l’année. Qui à titre informatif commencera cette année le 23 août, évidemment.

Un cauchemar pour les expatriés qui jamais n’avaient prévu devoir assimiler un calendrier Maya à la suédoise afin de boire des coups avec leurs copains.
Recevoir une information comme “je suis malheureusement à Madrid semaine 28 mais de retour à Stockholm semaine 29 on se boit un galopin?” implique nécessairement un passage de l’état dubitatif (mais c’est quoi semaine 29?) à la recherche avancée sur Internet afin de savoir quelles dates correspondent à cette même semaine numéro 29.

Compter en semaines semble un don naturel pour les suédois. C’est évident, la semaine 34 c’est exactement 34 semaines après le 1er lundi de janvier, 4 semaines par mois, 34/4 = 8,5, 8 c’est août + 0,5 paf, on tombe sur le lundi 23. Ouais.

Si il y a un certain nombre de choses que l’on assimile après quelques années en Suède et que l’on applique à la règle (on dit toujours “merci” 2 fois, on mange toujours les boulettes de viande avec de la confiture), la calendrier suédois semble visiblement nettement trop avancé pour un quelconque apprentissage, surtout si tardivement.

On aurait moins de difficultés à se mettre au japonais après 60 ans.

Le temps qu’il fait.

Il y a des choses qui frappent immédiatement chez les suédois. Tout ceux qui ont mis les pieds  en Suède ont nécessairement commenté les jolies suédoises et leurs jupons, le Systembolaget, le royaume Volvo.

Et puis il y a ces petites choses qui ne sont pas forcément évidentes, ces traits de caractère que l’on met un certain temps à découvrir.

Dernièrement, j’ai pris conscience que la population suédoise se plaisait à commenter la météo de façon quotidienne. Lorsque nous Français commençons à lancer des commentaires sur le temps qu’il fait, c’est dans la plupart des cas parce que nous n’avons rien d’autre à raconter.

Mais eux, ils commentent, quotidiennement, la météo. Pourquoi? Pourquoi sont-ils si nombreux à pointer chaque jour le nez en l’air en constatant, simplement, qu’il fait beau?

Dans un pays où le soleil est aussi présent que l’équipe nationale suédoise de football en coupe du monde, il est évidemment compréhensible qu’ils soient si nombreux à se réjouir de son apparition. Mais cela peut vite devenir curieux lorsque, après plus de 2 mois d’un été chaud et ensoleillé, il soit toujours un si grand nombre à commenter le temps qu’il fait de façon quotidienne. Comme si les 20 dernières années n’avaient été que des mois de novembre dans la banlieue de Conches en Ouches, depuis début Mai les suédois lèvent la tête et sourient.

Lorsque beaucoup sont très satisfaits d’un discussion qui commencent par “Ah, quel bel été” et se termine par “ouais…”, d’autres tendent à être plus aventuriers en lançant des débats très avancés sur les conditions météorologiques de leur pays et l’impact qu’elles ont sur la vie quotidienne. Si nous Français avons divers sujets de conversations préférés durant un laps de temps bien défini (Paul le Poulpe Juin-Juillet, Paris Plage Juillet-Août, la rentrée scolaire Août-Sept), les suédois sont nettement plus constants sur la durée et pointent le nez au ciel depuis certainement des générations.

A l’instant même où je clos cet article, je reçois un SMS d’une jolie suédoise sur mon vieux Nokia finlandais. C’est un soleil qui brille, si vous saviez comme il est beau. Quelle chance on a, quel bel été!

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