Catégorie: Du futile à l’agréable


Double nationalité.

March 8th, 2010

Prenons quelques minutes pour nous mettre à la place de ceux qui sont nés sous une double nationalité, ici Franco-Suédoise. Il faut dire, ils sont plutôt nombreux et il est fort probable que cette population vienne à s’accroître rapidement, au regard du nombre de français lâchement kidnappés à Paris par de jolies blondes en jupette.

D’ici quelques années, ils seront certainement des centaines de mouflets disposant de 2 passeports planqués dans la table de nuit. Ils pratiqueront probablement le français et le suédois avec une aisance similaire, seront blonds mais vraisemblablement un peu moins que leurs copains scandinaves.

Mais au quotidien, le conflit est de taille, et j’imagine la vie difficile d’un enfant élevé par maman Emma et papa Jean-Claude.

J’ai eu l’occasion et la chance d’en rencontrer quelques uns, issus de cette génération cosmopolite.  J’ai pu les observer et en tirer quelques conclusions. J’avoue qu’au départ, je suspectais un mélange douteux, un peu comme certains mélangent des petits bouts de camembert dans un chocolat chaud.

Il n’en est rien! Ils sont suédois mais rock n’roll, ils sont français mais pas de ceux qui nourrissent une passion pour la bière et les bergers allemands.

Ils enlèvent leurs chaussures en entrant dans leurs appartements mais ouvrent volontiers une bouteille de Bordeaux un lundi soir. Ils font des concours de boules de neige mais jamais ne visent entre les deux yeux. Ils se garent sur les places de parking autorisées mais chaque fois se demandent si vraiment, ca vaut le coup de payer 30 couronnes pour y rester 2 heures.

Contre toutes attentes, ils ont simplement choisi de prendre ce que l’on faisait de mieux dans ces 2 pays. C’est aussi appréciable qu’un sandwich chaud avec du chèvre, du miel et de la roquette mais sans la roquette. C’est du patinage artistique sur France 2 sans les commentaires de Philippe Candeloro, du camping dans un sous-bois mais sans les moustiques.

De là, on espère qu’à l’avenir on mettra un peu plus de France dans les suédois, et un peu plus du Suède dans les français. J’ai ceci dit bon espoir, car c’est un fait: les suédoises s’en vont peupler Paris un peu plus chaque année, avec dans leurs bagages des jupes semble-t-il de plus en plus courtes. Je me surprends alors à imaginer, dans un futur proche, le suédois enseigné comme langue vivant n.2 dans nos beaux collèges de France, pour le plus grand plaisir de tous!

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La tarte des anciens.

February 23rd, 2010

Je pensais, après plus de 2 ans ici, avoir fait le tour de toutes les spécialités culinaires que la Suède avait à m’offrir.

J’avais étendu ma connaissance beaucoup plus loin que le rayon “spécialités suédoises” du IKEA d’Évry, comprenant alors que les suédois ne se nourrissaient pas qu’exclusivement de boulettes de viande piquées de cures-dents en forme de petits drapeaux bleus et jaunes.

J’ai en revanche, ce dimanche, fait l’expérience d’un plat dont jamais je n’avais entendu parlé auparavant, un plat national que les suédois se sont bien gardés de communiquer au reste du monde. Son nom sonne comme une légende urbaine, un plat que semble-t-il peu d’étrangers ont réussi approcher, qui se transmet sous silence de générations en générations sans jamais traverser les frontières.

Ce plat, c’est le “smörgåstårta“, ou littéralement: la tarte au sandwich.

J’avais pourtant quelques appréhensions après avoir été convié comme ca, sans vraiment prévenir, pour déguster une tarte que seuls les grands-parents proposent à leurs petits enfants. Mais c’est avec honneur que j’ai accepté l’invitation, me rendant non sans attentes chez mon hôte, sans vraiment savoir ce qui m’attendait…

Aujourd’hui, je suis heureux (et pas moins fier) d’avoir pu goûter à ce que la Suède m’avait si longtemps caché. Une tarte au sandwich, ou un mélange à première vue improbable. Je n’oserais vous en dévoiler sa préparation exacte, mais je peux en revanche laisser échapper quelques informations dès lors qu’elles restent entre nous:

La tarte est constituée de plusieurs couches, plus ou moins dans cet ordre: pain – thon – pain – crevettes – pain – crème fraiche – crevettes – mayonnaise – pain – pain – crevettes – concombre – pain – mayonnaise – pain  - crevettes. Il semblerait par ailleurs que sa confection nécessite 3 bonnes heures, puis 24h de repos pour l’animal en plus. Effrayant.

Quoi qu’il en soit, le résultat est excellent. Déjà, j’envisage de probables améliorations, en ajoutant de la mayonnaise, en enlevant du pain, en ajoutant de l’avocat, en enlevant du pain. Mais c’est un fait: on ne discute pas avec les traditions suédoises – une tarte au sandwich est une tarte au sandwich. Quiconque viendra tenter d’en modifier sa recette s’exposera à la réprimande.

Non, en Suède, les traditions, on prend ca très au sérieux.

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Le souci au détail.

January 15th, 2010

Il y a chez les suédois un trait de caractère particulièrement étrange qui les rend, je dois le reconnaître, tout à fait attirants: j’ai, après plus de 2 années ici, remarqué que beaucoup d’entre eux s’inquiétaient.

Il s’inquiètent comme on lance  une machine sur “lavage à froid“, sans vraiment y prêter attention. Dès lors qu’un sujet devient suffisamment sensible, le suédois s’inquiète.

Cela se joue bien entendu à un niveau autant global qu’individuel. Global, par exemple lorsque cela touche aux ondes électromagnétiques. Les ondes électromagnétiques inquiètent les suédois. Il est d’ailleurs possible de combiner toute sorte de phrases avec “inquiète les suédois“, dès lors qu’un sujet fait débat. Les OGM inquiètent les suédois. Le match Suède-Danemark inquiète les suédois. Jean Michel Jarre inquiète les suédois.

Ce qui retient mon attention, ce n’est pas que les suédois s’inquiètent de façon excessive, c’est le fait qu’au lieu de se prononcer clairement, ils s’inquiètent, tout simplement. Ce qui, pour leur defense, doit vraisemblablement les écarter de pas mal de conflits : on peut aisément dénigrer un pays qui s’oppose ouvertement à ceci ou cela, mais il est vrai qu’une population qui s’inquiète, on a franchement du mal à lui en vouloir.

L’inquiétude se joue aussi sur un plan très individuel, quotidiennement. Ici, on s’inquiète lorsque le tramway prend 3 minutes de retard. On s’inquiète lorsque l’aiguille du reservoir d’essence passe au dessous du derniers tiers, et on marche la tête en l’air dans les rues de Stockholm, évidemment inquiet de recevoir un paquet de neige depuis le toit directement sur la tronche.

C’est donc inévitablement tout un contraste lorsque le français arrive en Suède, par de sa nature exclusivement concerné par sa personne. Nous sommes donc les premiers à envier ces ascenseurs pour les handicapés dans le métro à Stockholm. Mais si ils sont là, c’est certainement parce qu’un jour, un type s’est inquiété de l’accessibilité du métro aux handicapés. Si vous vivez dans 20m carré à Paris et que IKEA a changé votre vie, c’est aussi parce qu’un suédois s’est un jour senti concerné part l’aménagement des petits appartements.

Alors certes, ils nous font bien rire, ces suédois trop soucieux, tous enfouis sous leurs gigantesques bonnets ridicules. Il n’empêche, si ils n’avaient pas été si préoccupés par tout et n’importe quoi, on n’aurait certainement jamais connu les joyeux dimanches en famille chez IKEA.

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What happens in Vegas…

November 18th, 2009

Stockholm – Las Vegas, ou une bonne douzaine d’heures d’avion pour faire la liaison Suède – Ètats-Unis. Las Vegas, Nevada, qu’un bon nombre d’européens peuvent situer sur une carte. De l’autre côté de l’Atlantique, les américains ont beaucoup plus de problèmes pour localiser Stockholm. Une partie d’entre eux m’ont d’ailleurs fait part de leurs différents voyages à Stockholm, en Suisse, il y a quelques années de ça. Ceci dit, loin de moi l’idée d’en rire, je reconnais volontiers que Stockholm ne m’évoquait pas plus de choses que le changement d’une courroie de distribution avant d’emménager ici.

Après une semaine passé là bas, j’en viens à me demander si Las Vegas ne serait pas la ville la plus différente de Stockholm, sur absolument tous les points de vue. Las Vegas n’est pas Disneyland, ce n’est pas non plus les Etats-Unis, ce n’est comparable à rien d’autre. Las Vegas, c’est simplement Sin City (la ville du péché pour les non anglophones) En revanche, jamais on ne verra un suédois portant un t-shirt estampillé: Stockholm: Sin City. Sur la liste des capitales du vice, Stockholm doit visiblement se placer bonne dernière, très loin derrière Vegas en première place.

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Vegas frappe avant même que l’avion ne débute sa descente: une ville perdue au milieu des rocheuses, le paradis du jeu au cœur du désert. Raconter Vegas n’est pas exercice facile, encore moins à l’écrit. Il est probablement nécessaire d’en parler, avec des grands gestes et des bruits, des chlafffff, bliiiiiing, claaac, afin de décrire au mieux cette ville absolument pas comme les autres.

Une semaine à là bas, c’est plus de temps qu’il n’en faut pour se faire une bonne image de la ville. Une semaine à Vegas, c’est aussi le temps nécessaire pour réaliser à quelle point vivre dans cette ville n’est en aucun cas une option, se dire une fois de plus que vivre en Suède, c’est une chance, et un plaisir avant tout.

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Pour les plus curieux d’entre vous, les photos sont là: Picasa

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Home made.

October 30th, 2009

J’ai tapé le week-end dernier dans l’erreur irréparable, celle qui sera probablement la cible des critiques les plus dures. J’ai fait un pas de plus sur le long chemin qui petit à petit nous transforme tous en suédois, un pas de trop certainement, le pas qui fait mal.

Ce qui jamais ne devait arriver arriva : dimanche, j’ai fait du glögg.

Le glögg, pour ceux qui ne sont pas familier avec ce mot, c’est le vin chaud national ici, à consommer dès lors que la température extérieure vous permet de conserver sans crainte un pot de glace à la vanille sur le balcon.

Alors oui, faire du glögg à la maison, c’est passer un cap. C’est abandonner toute estime de soi, et c’est surtout cautionner un phénomène excessivement douteux : celui des jeunes boutonneux qui, pour n’avoir pas le droit de mettre un pied chez Systembolaget, préfèrent fabriquer de l’alcool maison dans la salle de bain afin d’éviter de tourner au 7UP le samedi soir avec les copains.

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Bien entendu, loin de moi l’idée d’économiser le prix d’une demie-douzaine de bouteilles de glögg; j’étais avant tout curieux de son procédé de fabrication, qui s’est en fait avéré très simple : mélanger une dizaine de bouteilles de soda scandinave avec 2,5kg de sucre, ajouter quelques patates, de la cannelle et à peu près toutes les autres épices à pâtisserie du monde, et laisser pourrir le bouzin un bon mois et demi dans un seau en plastique.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus que d’une question de patience. La première semaine s’est déroulée sans incident, même si j’appréhende toujours la possible apparition de champignons exotiques fluorescents sur la surface du liquide ou la découverte de petits animaux morts au fond du seau lorsque début décembre, je serai contraint de tester cette potion magique.

On éprouve ceci dit un certain plaisir à fabriquer son alcool à la maison, tout d’abord par respect pour l’artisanat; et par la suite parce qu’il s’agit potentiellement d’un nouveau plan de carrière: je dois reconnaître que désormais, je m’imagine tout à fait en petit producteur local!

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