Catégorie: So swedish


Semaine 29.

July 26th, 2010

Nous savons les suédois très à cheval sur le planning. C’est aussi ce qui fait leur force, la Suède est avant tout une population de secrétaires sur-qualifiés. Une douzaine de suédois pris au hasard seraient capables en 5 jours de mettre sur pied la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’Hiver 2014 et ça, personne ne s’en étonne vraiment ici.

Au quotidien, c’est évidemment très bénéfique à la vie d’une entreprise comme à la vie de couple. Votre petite copine nettement plus compétente qu’un agenda électronique, beaucoup en rêvait, la Suède l’a fait. Á un détail près.

La Suède a décidé d’utiliser son propre calendrier. Au diable les “rendez vous dans 2 semaines!”, les suédois y préféreront “rendez vous semaine 34!

Semaine 34?

Semaine 34. Comprenez la 34ème semaine de l’année. Qui à titre informatif commencera cette année le 23 août, évidemment.

Un cauchemar pour les expatriés qui jamais n’avaient prévu devoir assimiler un calendrier Maya à la suédoise afin de boire des coups avec leurs copains.
Recevoir une information comme “je suis malheureusement à Madrid semaine 28 mais de retour à Stockholm semaine 29 on se boit un galopin?” implique nécessairement un passage de l’état dubitatif (mais c’est quoi semaine 29?) à la recherche avancée sur Internet afin de savoir quelles dates correspondent à cette même semaine numéro 29.

Compter en semaines semble un don naturel pour les suédois. C’est évident, la semaine 34 c’est exactement 34 semaines après le 1er lundi de janvier, 4 semaines par mois, 34/4 = 8,5, 8 c’est août + 0,5 paf, on tombe sur le lundi 23. Ouais.

Si il y a un certain nombre de choses que l’on assimile après quelques années en Suède et que l’on applique à la règle (on dit toujours “merci” 2 fois, on mange toujours les boulettes de viande avec de la confiture), la calendrier suédois semble visiblement nettement trop avancé pour un quelconque apprentissage, surtout si tardivement.

On aurait moins de difficultés à se mettre au japonais après 60 ans.

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La tarte des anciens.

February 23rd, 2010

Je pensais, après plus de 2 ans ici, avoir fait le tour de toutes les spécialités culinaires que la Suède avait à m’offrir.

J’avais étendu ma connaissance beaucoup plus loin que le rayon “spécialités suédoises” du IKEA d’Évry, comprenant alors que les suédois ne se nourrissaient pas qu’exclusivement de boulettes de viande piquées de cures-dents en forme de petits drapeaux bleus et jaunes.

J’ai en revanche, ce dimanche, fait l’expérience d’un plat dont jamais je n’avais entendu parlé auparavant, un plat national que les suédois se sont bien gardés de communiquer au reste du monde. Son nom sonne comme une légende urbaine, un plat que semble-t-il peu d’étrangers ont réussi approcher, qui se transmet sous silence de générations en générations sans jamais traverser les frontières.

Ce plat, c’est le “smörgåstårta“, ou littéralement: la tarte au sandwich.

J’avais pourtant quelques appréhensions après avoir été convié comme ca, sans vraiment prévenir, pour déguster une tarte que seuls les grands-parents proposent à leurs petits enfants. Mais c’est avec honneur que j’ai accepté l’invitation, me rendant non sans attentes chez mon hôte, sans vraiment savoir ce qui m’attendait…

Aujourd’hui, je suis heureux (et pas moins fier) d’avoir pu goûter à ce que la Suède m’avait si longtemps caché. Une tarte au sandwich, ou un mélange à première vue improbable. Je n’oserais vous en dévoiler sa préparation exacte, mais je peux en revanche laisser échapper quelques informations dès lors qu’elles restent entre nous:

La tarte est constituée de plusieurs couches, plus ou moins dans cet ordre: pain – thon – pain – crevettes – pain – crème fraiche – crevettes – mayonnaise – pain – pain – crevettes – concombre – pain – mayonnaise – pain  - crevettes. Il semblerait par ailleurs que sa confection nécessite 3 bonnes heures, puis 24h de repos pour l’animal en plus. Effrayant.

Quoi qu’il en soit, le résultat est excellent. Déjà, j’envisage de probables améliorations, en ajoutant de la mayonnaise, en enlevant du pain, en ajoutant de l’avocat, en enlevant du pain. Mais c’est un fait: on ne discute pas avec les traditions suédoises – une tarte au sandwich est une tarte au sandwich. Quiconque viendra tenter d’en modifier sa recette s’exposera à la réprimande.

Non, en Suède, les traditions, on prend ca très au sérieux.

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La place au hasard.

December 7th, 2009

Si il y a bien une chose qu’on ne trouve pas en Suède (le tarama mis de côté), il s’agit bien de l’imprévu, au sens large du terme.

L’imprévu, c’est quelque chose qu’on a pas mis dans les suédois, exactement comme le petit sachet en plastique contenant tous les écrous nécessaires pour monter la mezzanine IKEA qui mystérieusement manque toujours à l’assemblage.

Les suédois ont, par exemple, sans cesse une excellente raison pour refuser de sortir: que ce soit les courses, les lessives, dès lors qu’un événement n’est pas planifié une bonne trentaine de jours à l’avance, rien ne les fera mettre le nez dehors. Il est en effet hors de propos de perturber leur planning journalier: proposer de partager une Leffe en terrasse au dernier moment à un scandinave aura autant de chances de réussite que la construction de l’Empire State Building avec des bouchons en plastique.

Après un peu plus de 2 années ici, j’ai néanmoins eu le loisir d’établir une liste exhaustive de tous les éléments à respecter afin de parvenir à rassembler tous vos amis suédois pour une fête quelconque.

Il est tout d’abord nécessaire de s’assurer qu’il y aura bien un mois (jours ouvrés) entre la réception de l’invitation et la fête en elle même. Dès lors, plusieurs étapes sont à respecter:

  • précisez l’objectif de la soirée (ne rien laisser de côté, s’agit-il d’un anniversaire, d’une rencontre entre amis, d’une soirée film de vacances, etc.)
  • informer de l’heure (les chances de réussite augmentent considérablement si l’invitation précise “à partir de 19h” et non pas “en début de soirée“)
  • transmettre impérativement le code d’entrée de l’immeuble (certains suédois pourraient ne pas savoir comment gérer l’incertitude et, par peur de rester à la porte, préférerons rester sur le canapé)
  • faire parvenir une liste exhaustive des choses à ramener (vin, dessert, salade, ne rien laisser au hasard. La configuration optimale consiste à attribuer un plat à chacun, de sorte que vous conserviez la soirée sous contrôle )
  • être certain que le jour choisi ne tombe pas un jour de fête nationale (fête de l’écrevisse, du gâteau à la carottes, jours fériés, ou anniversaire de la princesse, assurez vous qu’il n’y aient aucunes célébrations le jour J)
  • prévoir une heure limite de fin de soirée (celle ci reste à titre simplement informative, sachant qu’il est tout à fait probable que si de l’alcool est servi, les derniers suédois survivants se répartiront de façon homogène sur le sol entre le clic-clac et la salle de bain pour le reste de la nuit)

Si vous êtes chanceux, vous recevrez 4 jours après (pas 3, pas 5) un SMS ou un message sur votre Facebook disant “merci pour la dernière fois“. Dès lors, vous pouvez fièrement conclure que vous avez parfaitement géré l’organisation, et qu’il est désormais possible d’envisager une carrière en France, dans l’événementiel.

A ceux qui clament la vie facile en Suède, il n’en est rien! A moins d’avoir une patience sans limite, l’envie vient souvent d’envoyer par paquet les suédois à Paris ou à Madrid pour 2 petites années, afin qu’ils aient la chance de se former à ce que nous, les européens du Sud, manions à la perfection: la désorganisation (au sens large, trèèès large du terme)

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Minute papillon

June 15th, 2009

Il y a un certain nombre de sujets à côté desquels on ne devrait pas passer. Ce serait exactement comme parler de la Suède sans évoquer les suédoises, un repas de Noël sans personne pour dire que de toutes façons, les huîtres, c’est franchement pas bon.

Et pourtant, jamais je n’ai ici évoqué la file d’attente, alors qu’il s’agit certainement de la principale occupation quotidienne des suédois.

C’est aussi un élément qui les caractérise, un véritable reflet de leurs personnalités. Jamais auparavant je n’avais vu l’attente aussi sage et organisée. Il est en revanche tout à fait probable que les éléments de comparaison me manque, n’ayant que le souvenir de la façon dont on attendait à Paris.

Faute de langage certainement, on ne devrait pas parler d’attente en France, mais de trépignement frénétique. Chacun a déjà dans sa vie fait l’expérience de la queue à La Poste, celle qui un jour a eu la fabuleuse idée d’étendre son activité et devenir une banque en plus du service postale. Et de tomber pile derrière le type qui, devant le seul guichet ouvert, regarde l’employée dans les yeux avant de dire “bonjour, j’aimerai ouvrir un compte chez vous“.
Un coup d’œil aux personnes présentes dans la file permet de comprendre qu’on est certainement plus en sécurité des rollers aux pieds sur une bande d’arrêt d’urgence qu’à La Poste derrière celui qui veut ouvrir un compte.

Les suédois (et ce n’est absolument pas une surprise) fonctionnent tout à fait différemment, en premier lieu parce qu’ils disposent d’un outil technologique que nous les français avons trop tendance à rechigner: le ticket. Le ticket numéroté régit par bien des manières la vie quotidienne des suédois et par ce biais l’essence même de l’attente, qui n’en est d’ailleurs plus une. Posséder son numéro c’est la liberté de vaquer à d’autres occupations et de rentabiliser un temps intelligemment investi.

C’est un fait, les suédois sont en haut de l’échelle de l’organisation. En leur attribuant un numéro dans les pharmacies, les hôpitaux, le Systembolaget, les institutions les confortent ainsi dans l’idée qu’ils sont pris en main. Et les suédois ont définitivement besoin de sentir pris en main.

Lorsque les machines à ticket ne sont pas disponibles, c’est alors le comportement en communauté qui prend le relais: l’attente du bus est comparable à la relève de la garde nationale tant les suédois sont parfaitement alignés jusqu’à l’arrêt de bus.

Il existe en France une loi implicite que personne n’est encore parvenu à contourner: premier entré premier servi. Même après avoir patienté 20 minutes, il n’est pas exclus qu’un groupe du centre aéré et ses 2 animateurs vous siffle votre place assise ou pire, votre place dans le bus.

Bien cachée sous une apparente futilité, l’attente en Suède est le véritable reflet de l’organisation à la suédoise. Enlever au pays ses tickets, et c’est tout une communauté qui s’écroule.

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Une bouteille à la mer.

May 25th, 2009

Il existe à Stockholm un pays fantastique, un pays flottant qui chaque jour vous transporte d’une capitale à une autre. Pour 150kr, il est possible de rejoindre l’Estonie, la Finlande, depuis Stockholm à bord d’un bateau de croisière. L’aventure vous promet de nombreuses heures sur un paquebot tout confort, et seulement 6h sur place.

La finalité du voyage est en revanche sournoisement dissimulée sous le paquet cadeau: il n’est en effet nullement question d’aller découvrir l’Europe, de partir à la conquête des pays proches de la Suède les cheveux gras et le sac à dos sur l’épaule. Non, il s’agit simplement de traverser les eaux internationales.

Dès lors que le bateau navigue dans ces zones qui ne dépendent plus des lois européennes, un monsieur souriant avec une casquette jaune s’empresse d’ouvrir ce que tous attendent: le duty-free.

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Évidemment, les suédois ne partent pas pour 15h sur un bateau afin d’acheter du Toblerone et des Dragibus à 2€ le kilo, mais bien pour mettre la main sur une denrée si rare qu’elle suscite la convoitise: l’alcool detaxé. Tout comme on se souvient des soirées du comité d’entreprise de la Caisse d’Épargne où il était possible de manger des gaufres par centaines et tout ça pour pas un rond, le voyage pour la Finlande est un discount à la suédoise, un Leader Price scandinave.

Un pays qui bien entendu connaît ses limites,  la première étant la consommation d’alcool directement sur place (le but étant évidemment de quitter le bateau avec le plus de litres d’alcool possible, que ce soit dans le sac à dos, ou dans le sang)

Les quelques heures censées permettre aux navigants de découvrir une capitale sont dans la plupart des cas mis à profit d’une gigantesque sieste dans les cabines, avant que le bateau n’entame son demi-tour pour un retour à Stockholm, demi-tour qui sonne aussi le début de la 2ème tournée.

Je n’ai pour ma part jamais connu phénomène sociologique aussi fascinant. J’ai vu des types courir après la pinte la moins chère de Paris, des guides pour apprendre aux étudiants les bons plans pour manger pour 2€/jour, meme vu quelqu’un qui avec une bouteille d’eau givrée et un ventilateur avait inventé la climatisation pour les pauvres. Mais des centaines de blondinets qui partent pour des heures de bateau sans autre but que celui d’acheter du JP Chenet pour moins de 3€, ca non, je n’avais jamais vu.

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