Catégorie: Vivre au frigo


Se fondre à la population locale

February 6th, 2011

Il est quelques situations dans lesquelles savoir se fondre dans la population est judicieux. En effet, ne pas être considéré à longueurs de temps comme le français de service se trouve être tout à fait reposant. C’est d’ailleurs aussi un moyen efficace  afin d’éviter ces récurrents « voulez-vous coucher avec moi ? » qui semble être au programme de tous les cours de français en Suède, avec parfois sa chatoyante variation : « je suis une baguette ! »

La maîtrise du camouflage en milieu urbain vient avec les années, mais son apprentissage ne demande pas nécessairement une pratique courante du suédois:  un usage excessif du « tack » (merci)  suffit généralement.

« En Big Mac tack
- Är det bra så?
- Ja tack
- 120 kr tack
- Ja tack
- Tack och hej
- Hej hej, tack tack”

Il est tout à fait possible de passer une journée ordinaire sans jamais faire sauter sa couverture. Cela requiert en revanche de la patience et pas mal de la maîtrise de soi.

Partir couvert est une étape importante. On repère très vite le type qui marche un matin d’hiver par -10 sans un bonnet sur la tête. Les suédois sont équipés, sinon suréquipés : même à une distance de 2 mètres, reconnaître sa mère s’avère problématique. La consommation de cigarettes est bien entendu prohibée et le pas de marche doit être soutenu, le suédois étant avant tout un athlète surentrainé.

Il n’est jamais d’ailleurs vraiment conseillé de déballer un Canon sur Skeppsbron, car même si la vue est superbe, le suédois emprunte cette route tous les jours et, chauffé sur une lancée de 20km/h en descente, il ne s’accorde rarement le temps de profiter du paysage.

Si vous en venez à devoir patienter (dans un café, pour prendre le bus), la règle d’or est: faire la queue et s’y tenir. Ne jamais tenter un dépassement en loosdé, le suédois est très attentif. Dans le doute, faites la queue même si il n’y en a pas une apparente, il y aura certainement un suédois pour venir se placer derrière , simplement content de patienter avec vous.

Pour le reste, restez suffisamment sage et silencieux, prenez parti dès lors que la discussion s’oriente vers la place de la femme dans la société en 2011 , ne vous offusquez pas si vos amis achètent du vin californien et avant tout, mangez végétarien.

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La Suède (et moi) en 2011.

January 24th, 2011

En 2007, au Volant d’une Renault 19 qui devait contenir l’intégralité d’un 20m² rue St-Maur, nous traversions le pont qui sépare Copenhague de Malmö – il s’agissait par la même occasion d’un aller simple jusqu’à Stockholm.

Il y a 4 ans, enlever mes chaussures à l’entrée d’un appartement me semblait un geste insurmontable. Je m’interrogeais par ailleurs sur ma capacité de survie dans un pays où un kilo de saumon fumé s’avère moins onéreux qu’une bouteille de Bordeaux, dans un pays où la population achète des appartements par SMS.

Intérieurement, je devais probablement appréhender une transformation visiblement inévitable en « suédois. »  Tout comme il est difficile d’échapper à un vampire qui tentera de vampiriser son prochain afin d’élargir sa communauté, une suédification que je craignais m’apparaissait absolument inéluctable.

Un type disait d’ailleurs un jour « les capitales changent les gens qui s’y installent », ce même type qui n’a vraisemblablement jamais passé la frontière belge: car il n’en est absolument rien. Même si il est évident que certaines habitudes ont fait place à de nouvelles, la Suède n’est pas investie dans la transformation frénétique des français en suédois.

Bien entendu, je suis aujourd’hui capable de prononcer « sjukvårdsrådgivningen » sans faillir;  j’ai aussi fait l’acquisition récente de crampons à placer sur mes chaussures pour éviter les chutes embarrassantes, et je suis malgré moi devenu expert dans la cuisson de quenelles de poisson à la sauce au crabe.

D’un autre côté, mon placard n’a jamais connu les pantalons Slim Fit qui transforment les suédois en gigantesques pics à escargots. Je suis toujours fermement opposé à la consommation de hareng quel qu’il soit, et je ne dispose pas d’une quarantaine de paires de skis, juste au cas où. Je suis par ailleurs plus que jamais militant pour la consommation de tabac à rouler à l’intérieur des bars, et régulièrement scandalisé par la facturation excessive du Gin Tonic, considérant surtout que – soyons honnêtes- personne ne boit du Schweppes sans y verser du Gin dedans.

J’en fait la promesse: on va encore bien se marrer en 2011! On pointera du doigt les suédois et on rigolera de ceux qui tiennent toujours à payer l’utilisation des toilettes publiques. On se moquera volontiers de la Suède qui rafle des médailles de Curling aux Jeux-Olympiques, et nous ouvrirons toujours plus de débats sur “l’utilisation du hareng comme traitement homéopathique, avantages et inconvénients

Chers amis, de Saint-Vrain à Bondoufle, de Paris à Stockholm, joyeux 2011!

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La Suède à Noël

December 27th, 2010

Nous sommes le 26 décembre. La France a subit les huîtres, un quintal de foie gras, la France a un peu mal au ventre mais surtout très mal à la tête.

La Suède a avalé plus de boulettes de viande qu’il y a de passeports chinois en circulation, un lot conséquent de jambon de Noël, et évidemment du hareng, l’incontournable hareng servi à toutes les occasions auquel il est vraisemblablement difficile d’échapper.

Le Noël suédois est comme le suédois: chaleureux mais pas franchement surprenant. La Suède pratique, au mois de décembre, la “Julbord” – littéralement “table de Noël” –  à savoir un buffet imposant proposant tout ce que la Suède peut offrir comme plats traditionnels, sans cohérence culinaire évidente.  La julbord comporte par exemple un gratin d’anchois et pommes de terre. Oui.

On sait les suédois très attachés à leurs traditions, et la julbord en est évidement une. Ils se réjouissent chaque année de ce véritable patrimoine culinaire et l’attendent avec impatience, comme on attend une finale de Rolland-Garros.

Ce qui est en revanche moins évident au premier coup d’oeil, c’est l’autre côté de la Suède, celle qui parle peu mais n’en pense pas moins.
C’est la Suède qui a subi la consommation de hareng à de trop nombreuses reprises et qui ne peut plus faire semblant. C’est une Suède qui envie la France pour la qualité de ses repas de Noël, une Suède en colère qui s’est trop longtemps tu. Une Suède silencieuse qui complote dans le noir à l’approche des fêtes.

Ils sont en effet des milliers – tapis dans l’ombre – à parler de julbord comme on évoque un douloureux France Allemagne 82, des milliers qui souhaiteraient pouvoir passer au travers mais qui devront malgré tout se plier au destin: on ne fête pas un Noël en Suède sans boulettes de viande. Qu’elle soit de 2012, 2010 ou 1996, la julbord est et restera la même. On y servira même de la bière légère.

De la bière…. légère…

Je lance alors un  appel à la syndicalisation pour celles et ceux qui sont en reste et espèrent de meilleurs noëls. Groupez vous. Organisez vous. Ouvrez vos meilleures bouteilles et fêtez Noël comme il se doit. Fuyez la Suède un 23 décembre et allez savourer des blinis et du champagne. Permettez vous la grande cuisine!

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Sortir à Stockholm.

November 22nd, 2010

Il est évident que nos jeunes français ne sont pas qu’exclusivement préoccupés par les retraites. Ils s’interrogent aussi sur le futur, leurs finances, la hausse du prix des cigarettes et régulièrement, les plus aventureux d’entre eux se demandent si oui ou non, il leur sera possible de sortir le soir dans les clubs qu’offrent les grandes villes de France. Non, les jeunes n’ont pas les mêmes préoccupations que nous, vieux.

Ils enfilent donc des chemises blanches régulièrement trop grandes, et laissent les baskets au placard pour préférer une jolie paire de godasses en cuir (souvent portées trop petites – ceci dit on comprend -  un type faisant du 48 aura souvent tendance à sacrifier ses pieds plutôt que de subir toute la soirée des blagues douteuses sur ses pieds qui ressemblent à s’y méprendre à une paire de ski Rossignol)

Le principal objectif est bien entendu de s’attirer les faveurs du grand barbu qui se tient debout à l’entrée et par ce biais, passer la porte.

Il s’agit en revanche d’une toute autre affaire pour nos amis suédois. Ils ont certes le style (en Suède tout d’ailleurs est taillé trop petit – chemise, chaussures, jeans) mais il existe une chose qui leur fait souvent défaut: l’âge. Et là, sauf à être expert de la falsification de papiers d’identité, il est difficile d’y remédier.

A Stockholm, les bars et les clubs ont pour habitude de limiter leurs accès à une certaine catégorie d’âge: 20, 23, 25 ans… Parfois plus.  Ce qui ne laisse vraisemblablement que peu de chances à nos suédois les plus jeunes, qui s’en vont constater en chœur : “sortir à Stockholm, franchement, c’est mort”.

Malheureusement pour eux, les alternatives sont peu nombreuses… Si il subsiste encore quelques bars qui les accueillent avec le sourire, la plupart ont préféré sélectionner la clientèle, pour des raisons qui m’échappent toujours.

Rien n’est jamais vraiment acquis dans la capitale suédoise. Si l’âge n’est pas un problème pour certains, il faudra malgré tout passer avec succès deux nouvelles étapes qui viennent s’ajouter aux conditions d’entrée. La première peut être la somme de laquelle il faudra se délester afin de profiter de la musique (généralement une centaine de couronnes), la deuxième étant un test de sobriété, aussi efficace que déroutant: “tu as bu avant de venir ici? Quoi exactement? Combien de verres? Et depuis quelle heure?

25 ans, le portefeuille et une élocution parfaite même après 14 Gin & Tonic, voilà ce que requièrent les soirées à Stockholm. Si demain vient à vos oreilles l’histoire du suédois qui fabrique des alcools en tous genres dans sa salle de bain, évitez un jugement trop hâtif: vous en connaissez maintenant la raison.

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La neige de 2010.

October 22nd, 2010

Here we are again. Ce matin, il a neigé sur Stockholm.

Les types qui décident du temps qu’il fait en Suède sont assez marrants, parce qu’ils n’ont absolument aucune notion de la transition. Il fera beau (quoi que frisquet) un jeudi, une tempête de neige s’abat sur la ville un vendredi matin.

Une tempête de neige et de vent comme on fait rarement, une tempête qui a fait la peau à mon parapluie que j’avais naïvement sorti dans le doute.

Ce matin, si tous les Stockholmois avaient fait du cerf-volant, ils seraient probablement arrivés en Estonie à l’heure qu’il est.

Avec ces foutus types là haut qui ont décidé de supprimer l’automne pour 2010, la population est confuse, et moi aussi. Faire par exemple l’acquisition de chaussures en toile la semaine dernière n’était probablement pas très pertinent, de même que l’achat de mitaines qui ne laissent que peu de chances de survie à l’extremité de mes doigts.

Ce matin, la Suède a été prise par surprise. Certains sont probablement en train de maudire leur pays, prenant conscience que ces flocons, ils devront les supporter jusqu’en mars prochain.  De mon côté, je dépoussière les thermos et m’en vais considérer cette première neige comme l’ouverture de la saison du Glögg!

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