Debriefing.

"Jag hetter Johan" – Jour 1 – Mardi 7 Fev.

Ryanair. Cheaper. Tu m’étonnes. Taxi/bus. Arrivée à l’aéroport de Beauvais. Départ après attente dans un pré-fabriqué de la belle époque. Cheaper, je vous dis. Arrivée à Stockholm quelques deux heures plus tard, à marcher à même le tarmac pour retrouver l’aéroport. Cheaper.

Neige, froid, Lina.

Puis, il y a eu ce diner, et ce premier contact. Dans une maison en bois rouge, dans un paysage abandonnée, là où l’on me demandera si je suis végétarien, répondant que oui, je joue un peu de guitare. Vegetarian-playing guitar, understood ?  

"Jag hetter Johan". La famille est très accueillante. Excellent diner et un anglais qui ressugit miraculeusement.  Un café, et un "smela", concentrée atomico-calorique de sucre/oeuf/pâte d’amende. Superbe.

Coucher. Matelas pneumatique digne des plus belles parties de camping de mon enfance.  

Puis, un "Are you worried about meeting Lina’s parents?". Of course not, je suis dans un pays perdu, seul, français, et je vais rejoindre demain soir un chasseur d’élan frénétique et la mère de ma copine.

"You and Me (and everyone we know)" – Jour 2

Stockholm. Central station, neige. Découverte de la ville, d’un parc accessible en bateau. Parc d’attraction reconvertie en musée des vestiques suédois, quelques scandinavs animals et un folklore scandinave. Mon suédois s’améliore (se construit). "Om flicka alska utter, godnatt". Littéralement, "si une fille aime une loutre, bonne nuit". Ne cherchez le sens que si vous en sentez la nécessité, mais je vous dis qu’il ne s’agit que d’un apprentissage plutôt difficile.

Un cinéma en attendant le train. You and Me, and everyone we know. Palme d’Or Cannes 2005, à voir, souvent. 

Central station, one more time. Une heure de battement avant le train pour rejoindre la maison familiale, de quoi faire le point sur certains éléments encore mystérieux. Ma mère s’appelle Marie, mon père Hakan, Ebbe ma soeur et Love mon frère. Oui, ma soeur a commandé des poules pour Noël et a en sus récolté un coq plutôt hollandais. Oui mon père chasse l’élan, oui il est gentil. Oui ma mère te posera peut être quelques questions.

Un train, plus un voyage motorisé jusqu’au village natif de Lina. The Middle Of Nowhere, but what a wonderful place. Il est peut-être 23h, les parents sont fatigués. "Jag hetter Johan", quelques mots échangés. Ils iront se coucher, tandis que je partagerai un thé, avec pain et fromage comme il se doit, avec ma bienfaitrice. J’irais me coucher, quelques minutes plus tard, perdu entre la neige et des bras chaleureux.

"Faire du traineau sur les Champs-Elysées" – Jour 3. Jeudi 9.

Visite du cours de français dans la classe même de sa petite soeur. Comme il est étonnant de constater que le français peut être enseigné par quelques suédois ayant appris notre langue dans des manuels scolaires. Approximatif, bien entendu. Je tiens donc place du "gentil intervenant étranger" au sein du collège d’Ebba. Lina sera ma traductrice, la prof sera la gentille madame qui ne comprend rien et les élèves seront autant de suédois seuls et désespérés d’un cours aussi chiant. 

Nous partons marcher, découvrir les environs. Bon touriste, caméra numérique et chaussures pas adaptées. Café-smela chez le grand père maternel. Suédois confirmé, il ne parlera pas l’anglais, je passerais donc mon temps à tenter le déchiffrage d’un journal local dont seules les photos des JO et un encadré sur Nicolas Sarkozy éveilleront mes sens.  Nous en profitons pour subtiliser une sorte de traineau, habituellement tracté par quelques huskys, qui en fait servent aux déplacements très locaux lorsque la route est enneigée.

"Hej da", puis une dernière réplique du vieux bonhomme à mon attention "Tu peux aussi faire du traineau sur les Champs-Elysées !". Tack!

La soirée fut calme. Maja, amie de Lina, apporte en plus de son sourire le dernier Tim Burton, Charly and the Chocolate Factory. Savez vous qu’aux alentours de 22h, un glacier transformé en camion sillone les routes afin de vendre quelques glaces aux rares habitants ? La soeur de Lina court donc dehors dans le but d’en acheter quelques unes (il doit faire approximation -10°C dehors, et ces crétins de suédois mangent des glaces). Un appel à l’aide, le dit camion est "stuck in the snow", comprendre "en galère dans la neige". C’est ainsi que je me retrouve dehors, avec mes chaussures trop peu confortables, à pousser à l’arrière d’un camion de marchand de tapis insomniaque pour qu’il puisse repartir ? Il repartira, nous offrira une glace, et moi, j’irais me coucher.

"Fuck that shit – mother fucker" – Jour 4 

Bon, c’était l’anniversaire de Cisfran. Sinon, voilà :

Marche, caméra, découverte, tourisme, tout ça. Un repas familio-amical. Sorte de réunion tupperware mensuelle, beaucoup de gens trop aimable et un poisson remarquable.

"We have to go, right now!" Un train pour Orebro. Le dernier d’ailleurs, il est 20h02. La gare ressemble à une station de taxi, peut être devrions nous faire signe au chauffeur pour que le train s’arrête ? Une soirée dans un "pop club", Babar Restaurang. L’entrée est interdite au moins de 18 ans, consommation d’alcool prohibée pour ces derniers. Les cigarettes se consumeront dehors, dans le froid. Je suis français, peut être trop "look like a french", quelques allumés suédois entame la conversation. Have some drugs, fuck that shit, want to live in Paris, nothing to do here. Les jeunes suédois ont des envies d’expatriation. Tu m’étonnes.

Nous dormirons donc chez Maja. Prendre un bus jusqu’a Linderberg. Un bus qui mettra 1h30 pour le retour, un bus qui s’arrêtera régulièrement pour que quelques suédois puissent uriner sur des résineux au milieu d’un désert blanc, empty.

Nous marcherons dans une température avoisinnant les -15°C pour rejoindre la grande maison jaune de Maja. Elle nous offrira du thé, du pain et du fromage, sorte d’after lunch national. Je m’endormirais, freeze mais heureux je crois.

"Tiger Lou" – Jour 5. 

Qu’on soit d’accord. La Suède, c’est loin d’être les Alpes. Néanmoins, subsistent quelques pistes au milieu de nulle part sur lesquelles nos amis scandinaves peuvent envisager quelques après midis sympathiques.  C’est ainsi que nous avons chaussé nos chaussures et nos skis en ce bel après midi ensoleillé.

15h30, la nuit tombe. Nous rejoingnons la patinoire locale, Love, le frère de Lina, joue au hockey. Souvent. Il fait face à quelques brutes d’environ un quintal. Le n°13 est capable, je pense, de briser un plan de travail en fonte avec son index.  

Puis il y eu ce diner. Le dernier. The last one. Promis. Face à une dizaine de suédois, j’aurais une tendance à me sentir bien seul. Salvateur, un australien assis tout proche me fait la conversation. Il vit depuis 2 ans en Suède et n’a toujours pas envisager d’apprendre la langue, me dit il. Ensemble, dans l’adversité, nous discutons ski, musique, Paris. Malheureusement, le traitre en question fut alors capable de répondre, en suédois je veux, au grand père le questionnant. Finalement, on est toujours très seul.

Repas fini, prendre une voiture pour rejoindre Lindesberg.
Une salle de concert sensiblement équivalente à un abri anti-atomique continue de faire jouer quelques groupes locaux. L’idée est excellente. Après, bien sur, il faut savoir programmer. Tiger Lou. Posons l’ambiance. 4 jeunes (20 ans juste révolu). Maybe the worst music I’ve never heard. Les balances n’ont pas été faites. Ils hurlent, ils ratent. J’ai juste envie de pleurer. Néanmoins, je suis fasciné par l’attitude du bassiste, qui semble jouir des 4 adolescents, ivres à la bière, qui scandent son nom et sa musique juste face à lui. Le spectacle est consternant. Des guitares à 2000€ par dizaine, peut-être que les parents sont très conciliants. Je sors fumer une cigarette. Oublier tout ça.

Nous rentrons. Manger, comme il se doit. Dormir, pour le plaisir.  

"French Wine, French Music" – Jour 6. 

Lever 8h. Déjeuner, aller à Stockholm, prendre l’avion. Je remercie les parents, pour tout. Pas de bouteille de vin, mais un CD, Stéphane Corbin. Non pas par hasard, mais allez savoir pourquoi, les suédois aiment Stéphane Corbin. Profitons en.

"Take care of Lina". Promis, je prendrais soin de votre fille.  

Et sinon, je n’ai plus d’appareil photo, comme vu précédemment. Voici donc ce que l’on peut considérer comme compte rendu touristique de mon voyage, là bas, en Suède.

Vidéo ici : Suede.wmv

Anciens récits à Paris | Réagir