Minute papillon

Il y a un certain nombre de sujets à côté desquels on ne devrait pas passer. Ce serait exactement comme parler de la Suède sans évoquer les suédoises, un repas de Noël sans personne pour dire que de toutes façons, les huîtres, c’est franchement pas bon.

Et pourtant, jamais je n’ai ici évoqué la file d’attente, alors qu’il s’agit certainement de la principale occupation quotidienne des suédois.

C’est aussi un élément qui les caractérise, un véritable reflet de leurs personnalités. Jamais auparavant je n’avais vu l’attente aussi sage et organisée. Il est en revanche tout à fait probable que les éléments de comparaison me manque, n’ayant que le souvenir de la façon dont on attendait à Paris.

Faute de langage certainement, on ne devrait pas parler d’attente en France, mais de trépignement frénétique. Chacun a déjà dans sa vie fait l’expérience de la queue à La Poste, celle qui un jour a eu la fabuleuse idée d’étendre son activité et devenir une banque en plus du service postale. Et de tomber pile derrière le type qui, devant le seul guichet ouvert, regarde l’employée dans les yeux avant de dire « bonjour, j’aimerai ouvrir un compte chez vous« .
Un coup d’œil aux personnes présentes dans la file permet de comprendre qu’on est certainement plus en sécurité des rollers aux pieds sur une bande d’arrêt d’urgence qu’à La Poste derrière celui qui veut ouvrir un compte.

Les suédois (et ce n’est absolument pas une surprise) fonctionnent tout à fait différemment, en premier lieu parce qu’ils disposent d’un outil technologique que nous les français avons trop tendance à rechigner: le ticket. Le ticket numéroté régit par bien des manières la vie quotidienne des suédois et par ce biais l’essence même de l’attente, qui n’en est d’ailleurs plus une. Posséder son numéro c’est la liberté de vaquer à d’autres occupations et de rentabiliser un temps intelligemment investi.

C’est un fait, les suédois sont en haut de l’échelle de l’organisation. En leur attribuant un numéro dans les pharmacies, les hôpitaux, le Systembolaget, les institutions les confortent ainsi dans l’idée qu’ils sont pris en main. Et les suédois ont définitivement besoin de sentir pris en main.

Lorsque les machines à ticket ne sont pas disponibles, c’est alors le comportement en communauté qui prend le relais: l’attente du bus est comparable à la relève de la garde nationale tant les suédois sont parfaitement alignés jusqu’à l’arrêt de bus.

Il existe en France une loi implicite que personne n’est encore parvenu à contourner: premier entré premier servi. Même après avoir patienté 20 minutes, il n’est pas exclus qu’un groupe du centre aéré et ses 2 animateurs vous siffle votre place assise ou pire, votre place dans le bus.

Bien cachée sous une apparente futilité, l’attente en Suède est le véritable reflet de l’organisation à la suédoise. Enlever au pays ses tickets, et c’est tout une communauté qui s’écroule.

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