La fête en Suède est sensiblement équivalente à son homologue français. On se retrouve entre copains, on discute de trucs marrants, on se frite sur des sujets qui touchent à la place de la femme dans la société en 2013, on envoie des sms un peu louches à des gens un peu louches, on se fait servir un verre de vin mais “juste un fond, merci”, et après une vingtaine de “juste un fond, merci”, on rentre chez soi sans trop franchement savoir comment.

En revanche, il est apparu en Suède un phénomène qui, depuis ces dernières années, a radicalement transformé la fête: cette révolution, elle s’appelle Spotify.

Spotify (logiciel d’écoute musicale désormais bien connu en Europe) est une invention suédoise, comme la fermeture Éclair, la dynamite, ou encore Eric, le vampire à la cool de la série télévisée True Blood.

Aujourd’hui, le suédois possède 3 choses essentielles à sa survie: un numéro de sécurité sociale, une carte bleue, et un compte Spotify. Alors nécessairement, cela crée des tensions: lors d’une fête quelconque, une vingtaine de personnes, un ordinateur et autant de possibilités musicales considérant les goûts de chacun.

Par conséquent, tout le monde y va alors de son artiste, de sa chanson favorite placée en file d’attente de lecture, de sa découverte musicale 2013, ou mieux, celle de 1994. Spotify, c’est autant d’artistes qu’il existe de différents yaourts dans les rayons des supermarchés français. C’est la musique en libre-service. C’est la culture ouverte à tous…

Mais la révolution musicale possède aussi ses conséquences: cet éclectisme poussé à l’extrême, c’est une fête qui perd toute sa cohérence musicale.

On coupe les Smiths au milieu de “Bigmouth Strikes Again” pour écouter “Jump” de Kris Kross, durant laquelle une âme bienveillante et probablement nostalgique se lance en jouant à la suite une demi-douzaines de titres d’Antony & The Johnsons.
Certains fascistes de la musique monopolisent l’ordinateur pour un medley du meilleur de la Suède 1970, d’autres parviennent même à prendre le contrôle de la playlist via leurs téléphones portables. C’est une guerre sans merci, mais c’est une guerre à laquelle tout le monde perd inévitablement.

Alors les quelques danseurs encore présents improvisent mollement deux ou trois pas, puis se dirigent en loosdé autour de la table pour se servir un verre.

Mais “juste un fond, merci”.