La France en Suède

A ceux qui craignent l’inconnu comme un nouveau livre de Beigbeder, qui se bornent à croire que la Suède ne fait pas partie de leur système solaire, je ne peux que les rassurer.

Petit à petit, la France s’exile à Stockholm et fait des petits. D’ici je pense une vingtaine d’années, le français sera enseigné comme première langue dans les écoles, on achètera des pains au chocolat avec des euros et Systembolaget aura mis la clé sous la porte pour laisser place à des foires aux vins bi-hebdomadaires.

Stockholm comporte beaucoup, sinon trop, de français. Vous les croisez sournoisement au détour de votre café favori, ils s’amassent pour manger le même gâteau aux carottes que vous, ils suivent vos cours de suédois et achètent leur fromage chez le meilleur dealer underground de Stockholm : oui, le même que vous.

Parfois, ils se réunissent et organisent des soirées : rencontre de français, sorties entre français… ma secrétaire vient de m’apprendre qu’il existe visiblement des soirées « belote »… entre français.

Certains jours, je m’inquiète sur l’avenir de ce pays, sur l’argumentaire qui fait la base du « pourquoi quitter Paris ? »
Car la question devient plutôt « pourquoi quitter Paris, si c’est pareil ailleurs ? »

Il m’arrive alors parfois, les soirs de pleine lune bien au chaud au pied de ma mezzanine, de prier pour que certains ne survivent pas à l’hiver, que le froid empêche les liaisons aériennes Paris – Stockholm.

Oh, non que je n’apprécie pas les français, c’est simplement qu’à Stockholm, je cherche toujours les suédois.


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Récits depuis Björngårdsgatan, Stockholm - SUÈDE.