La musique adoucit les mœurs.

Un rendez vous précipité rue Amelot. Où les RMIstes boivent du champagne et entament les petits canapés au fois gras. Où les glaçons egayent la sexualité selon certaines, où la Star Academy est un idéal pour d’autres. Je suis là , pas sobre pour 2 sous, mais Paris prend un air de fête soudainement. J’aurais consommé des produits du terroir hors de prix, j’aurais pris le taxi à 22h30 pour l’aller. Considérons que je suis un nouveau bourgeois, ce « journal » que je tiens régulièrement apparaîtra nettement moins obscur, fort de ce constat. Ne pas jouer les riches…je n’ai pas le sou… et pourtant.

Carrières sur Seine. Houilles. Nous attendrons le pianiste sur un trottoir, face à la triste gare. Pour les oreilles, pour la technique, nous entamerons un air de guitare, un soupçon du ukulélé. 4 jeunettes, zaïroises semble-t-il, feront office de public. « Vous êtes un groupe ? », « vous jouez ce soir ? », « vous avez fait un album ? ». Absolument. Nous sommes localement inconnu, nos cigarettes sont roulées, il enseigne la philo, je suis une sorte d’intermittent pas militant. Mais pour vous, pour ces 20 minutes partagées, nous serons beaucoup plus.

Tellement plus qu’après conciliabule organisé, vous nous tendrez une fantastique pièce de 2€. Pour la musique. Pour le spectacle. Habituellement, nous prenons nettement plus. Et puis, nous n’allons pas voler des gamines de 10 ans. Garde tes sous, place les sur un compte, fais fructifier. Cotise. Ou achète toi des dragibus. Elles essaieront les instruments, pour la première fois. Une guitare est un belle objet. Elles danseront, elles prendront cet instant pour un peu de ciel bleu. Face à la triste gare. Avant de retrouver un HLM minable. Lundi, certainement, elles trouveront leurs copines, raconter leur week-end…et ces deux inconnus, musiciens, qui ont joué de la musique. Juste pour elles.

Pendant ce temps là , les musiciens pileront de l’aspirine pour oublier le samedi soir difficile. Où les bouteilles partiront par 5, à 4. Un guitariste maladroit, un prof de philo, un vendeur chez Guibert et…ma sœur. Pour parler politique, blagues belge et sécurisation de la zone.

« Un enterrement de vie de jeune fille, c’est pire que la disparition des Cherokees ».

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