Stockholm est une ville côtière proche de la Baltique, ce qui par définition signifie que la mer n’est jamais bien loin. La mer, c’est très chouette, et les suédois, en plus de savoir qu’il existe probablement des phoques dans l’archipel, sont très heureux de pouvoir profiter chaque jour des senteurs de crevettes en tous genres qu’offrent les promenades matinales à Stockholm.

Vivre à proximité de la mer implique aussi une contrainte de taille que toutes les villes connaissant une situation similaire appellent singulièrement: le vent.
Il existe de nombreux types de vents: la légère brise parisienne, qui transporte avec elle des odeurs de tabac à rouler et parfois quelques sacs plastiques, le Nordet breton qui en revanche lui est beaucoup moins cool et n’apporte souvent bien que des gros nuages tout noirs, et les bourrasques de Stockholm qui font trépasser les girouettes la ville. Car en Suède, on ne rigole pas avec le vent.

Le vent, à Stockholm, débarque systématiquement sans aucun préavis et c’est d’ailleurs souvent durant la matinée qu’il sort de derrière ses fagots. La matinée, c’est aussi le moment où une partie de la ville se rend au travail en marchant au bord de l’eau.

Le vent peut avoir en soi des conséquences dévastatrices sur l’ordre (trop) établi en Suède. Il est ainsi tout à fait dramatique d’observer ce type trop propre et trop blond qui, après avoir nécessairement passé une trentaine de minutes à faire en sorte que sa coupe ressemble le plus fidèlement possible à celle d’Al Pacino, se retrouve brusquement transformé en plumeau dès la sortie de son appartement.

Une journée comme aujourd’hui, avec –d’après des sources vérifiables– des pointes à 9 mètres par seconde, transforme la ville en un gigantesque cimetière à parapluies qui, après avoir été contraints d’abandonner la partie et de plier sous les rafales, se retrouvent fièrement posant tels des dizaines de petits Batmans dans les poubelles municipales.

Le vent, c’est aussi les mouettes qui malgré leurs efforts font un sur-place absolument remarquable, les cyclistes qui sous leurs casques gigantesques ont tous l’impression d’accomplir une étape en montagne du Tour de France.

Et puis évidemment, il reste la Suède qu’on aime, celle qu’Alain Souchon aurait aussi su apprécier: à Stockholm, durant les belles journées comme aujourd’hui, il est possible de voir sous les jupes des filles.