Les araignées.

Il m’a fallu quelques années à Stockholm pour réaliser que ma dernière araignée datait de 2006.
Les araignées ont fait partie de mon quotidien en France, au même titre que les mercredis midis chez Flunch lorsque j’étais plus jeune. Les araignées, elles couraient dans mes appartements parisiens, elles faisaient des teufs sur ma couette.

En Suède, on ne rencontre pas d’araignées. Elles ne passent pas les portes des appartements. Il était donc légitime de se demander pourquoi.

A première vue, il était tout à fait possible que les suédois aient installé des petits pièges à araignées, invisibles à l’oeil nu, dans tous les endroits stratégiques des appartements: les dessous de portes, les conduits de ventilations, les sorties d’eau etc.
Il devint évident qu’une investigation devait être conduite auprès de plusieurs experts en insectes suédois et autres organisations environnementales afin d’en avoir le cœur net. La réponse ne tarda pas: non, les suédois n’ont jamais fait utilisation de petits pièges à araignées afin d’empêcher leur intrusion dans nos appartements.

Une deuxième théorie s’orientait vers le fait qu’il n’existait peut-être pas d’araignées en Suède (une déviation de flux migratoire aux abords de la Suède, ou quelques petits pièges à araignées aux frontières de la Scandinavie auraient définitivement pu faire l’affaire)
Les premiers sondages semblaient confirmer cette hypothèse: aucun suédois ne semblait jamais avoir vu d’araignées. Au moment même où une explication viable semblait se profiler, un témoignage vint soudain changer la donne: une rumeur, par la suite confirmée, a fait état d’un suédois qui aurait semble-t-il croisé une araignée dans le banlieue de Göteborg, en 1994.

Ils ont été par la suite un grand nombre à établir des théories toutes plus loufoques les unes que les autres: des murs en plomb d’un vingtaine de centimètres d’épaisseur obligatoires dans toutes les habitations, des araignées systématiquement anéanties par les enfants pratiquant sans remords l’arrachage méthodique de pattes avant même l’irruption dans les appartements, etc.

La réponse vint d’elle-même, un jour où je me surpris à contempler l’état mon appartement: depuis mon arrivée en Suède, j’étais devenu propre. Je ne consommais plus de sandwichs beurre/Benco dans mon lit, je ne retournais plus mes chaussettes. Je possédais un aspirateur de compétition tout neuf. Mon immeuble connaissait une rénovation du sol au plafond tous les 5 ans.
De là, un manque conséquent d’insectes en tous genres, imposant irrémédiablement une famine cataclysmique au sein de la communauté, lourde de conséquences. Les araignées ont nécessairement dû prendre le large, au cours d’un long périple les conduisant à Paris. Elles ont su établir un nouveau quartier général, au cœur du 18ème arrondissement, là où les propriétaires immobiliers ont, depuis une cinquantaine d’années, décidé d’arrêter la rénovation de leurs appartements.

Note: au moment où il conclut ces lignes, l’auteur s’aperçoit que les araignées préfèrent semble-t-il les maisons saines et non-humides pour s’y installer. Comme c’est à n’y rien comprendre, il décide de publier son récit quand même.

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