A la tête des pays, il y a toujours des dirigeants. Et dans la plupart des cas, au dessus des dirigeants, il y a surtout des entreprises qui sont tellement omniprésentes dans notre quotidien que l’on en vient à oublier qu’elles existent.

JCDecaux, par exemple, a su s’installer en loosdé dans le paysage urbain français sans que personne ne trouve rien à redire. En 2013, JCDecaux parvient toujours à pourrir 55 pays, mais tout le monde est content.

La Suède est une monarchie constitutionnelle. Elle possède un roi, mais comme il semble un peu fou et visiblement ramolli, on a placé au dessus de lui une entreprise pour conserver le contrôle du pays. Cette entreprise, elle s’appelle Chiquita, et elle importe des bananes.

Non pas que les suédois soient des consommateurs excessifs de bananes, ou que le marché de la banane en Suède soit aussi financièrement intéressant que les rencontres annuelles de curling, mais la banane a un avantage qu’on ne néglige pas: elle se déplace dans des cartons.

Afin de comprendre le fonctionnement du phénomène, il faut maintenant s’intéresser au marché de l’immobilier. La Suède autorise la sous-location, ce qui permet à des locataires de quitter leurs appartements pendant 5 ou 6 mois et de le louer à un tiers. Évidemment, le marché devient alors essentiellement de la sous-location pour des courtes durées, ce qui implique des milliards de déménagements.

Pour déménager, on a souvent besoin d’un nombre conséquent de copains, mais on a aussi besoin de beaucoup de cartons. Et donc en Suède, quand on déménage, on utilise des cartons à bananes. Des cartons Chiquita.

On les croise au quotidien, dans les camions, sur les trottoirs. On entend les suédois venir les réclamer dans les supermarchés. La banane a pris la tête du pays, mais personne ne s’en étonne. La Suède est devenu, sans vraiment en prendre conscience, une monarchie constitutionnelle, mais bananière.

Alors évidemment, les pontes de la théorie du complot, les dissidents, les insoumis et les anarchistes s’accordent tous sur le fait que l’état du marché immobilier sur la capitale, qui fait qu’il est impossible de louer un logement pour une longue durée, est évidemment dû… à un lobby de Chiquita, qui fait bien entendu pression sur le gouvernement… pour la survie des cartons à bananes.

Et à bien y réfléchir, ça en deviendrait presque une évidence.