Les suédois résidents de Suède se comportent avant tout comme des suédois. Rien de franchement surprenant.

A l’école, ils ont appris à être beaux, à faire la queue avant de monter dans le bus, à voter pour le parti féministe, à apprécier le café fadasse et ce à raison de six fois par jour, à souvent dire oui et rarement dire non, mais toujours très poliment.

En revanche, les jeunes suédois qui ont un jour décidé de franchir les frontières du royaume pour traverser la Terre du Milieu sur un vol SAS deviennent subitement de toutes autres personnes.

Le suédois, quand 2000km le sépare de son village natal, devient complètement fou. C’est un Nord-Coréen qui s’est fait refiler le DVD du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain sous le manteau, c’est un italien d’une quarantaine d’années qui se décide enfin à quitter la maison familiale pour un studio à Bergamo. C’est un nouveau monde qui s’ouvre aux suédois les plus aventureux.

Qu’ils habitent désormais à Paris, à Budapest ou à Melbourne, c’est le même schéma qui se reproduit pour tous. C’est une natation synchronisée scandinave, c’est un véritable phénomène auquel aucun n’échappe.

Brusquement, on les aperçois au volant d’une vieille Ford après quatre verres de vin, parce que c’est plus rapide pour rentrer à la maison. D’autres décident de perdre toute notion de tri sélectif et mélangent les bouteilles en verre et les emballages plastiques, tout en se marrant. Soudainement, ils prennent conscience que c’est plutôt chouette de garder ses chaussures à l’intérieur, et se demandent pourquoi aller se cailler dehors pour fumer une cigarette lorsqu’il suffit simplement d’entrouvrir la fenêtre.

Ce sont évidemment les mêmes qui décrètent que le métro est trop cher alors à quoi bon payer, hein, et ceux aussi qui se mettent à évoquer les “autres”, les suédois de Suède, comme si ils ne faisaient désormais plus partie de la même bande.

On les surprend à dire “ouais, les suédois, ils sont vraiment à mourir d’ennui avec leurs règles à la con!” et évidemment, vu de l’extérieur, on sourit.

Ils s’appellent Magnus, Björn, Emma, mais on aurait presque envie de vérifier leurs passeports, juste au cas où.