Oeil pour oeil.

Il est rare que l’on en vienne à reprocher des choses à la Suède. Alors certes, on pourrait se plaindre du manque de bornes à vélos en libre service, on pourrait évidemment crier au scandale sur le prix des tomates en décembre, mais en règle générale, tout le monde apprécie la Suède, et la Suède apprécie tout le monde.

Enfin, c’est ce dont j’étais persuadé jusqu’à ce matin. Ce matin, lorsque j’ai mis un pied au folktandvård, à savoir un service de l’hôpital publique dédié aux problèmes de santé dentaire. Il faut savoir qu’on ne rigole jamais beaucoup avec les dents, et que ce soit en France ou ailleurs, je suis le premier partisan de l’anesthésie générale pour le moindre détartrage. Jusqu’ici, tous les dentistes me l’ont refusé, mais je persiste, convaincu de me battre pour une juste cause.

Quoi qu’il en soit, j’ai eu ce matin affaire au “dentiste ” public suédois, à savoir dans mon cas une femme d’une quarantaine d’années, très souriante, trop souriante. Je n’ai, il faut dire, jamais connu de dentiste très souriant, et j’ai donc de ce fait beaucoup de mal à faire confiance à un dentiste visiblement trop content d’exercer.

J’ai de suite compris, à la question “veux tu garder ta dent ou bien?”, que je n’avais pas affaire à la meilleure des praticiennes. J’ai en effet du mal à concevoir le fait de perdre une molaire pour si peu, surtout lorsque l’on vous facture 500€ l’extraction. Je tends à penser qu’à ce prix là, je repartirais avec ma dent sous le bras dans une petite boite en or, pour le souvenir.

Je partais pourtant en totale confiance. Dans un pays où l’on enfile des chaussons en plastique dès la salle d’attente pour des questions d’hygiène, on a du mal à concevoir le fait de se faire ausculter la mâchoire par une mécanicienne de formation. J’en viens alors à penser que si la Suède les autorise à exercer librement, c’est vraisemblablement parce que personne ne les as jamais vraiment consultés; certainement parce qu’on ne rigole pas avec l’hygiène dentaire ici. Les suédois ont certes inventé la fermeture éclair et la dynamite, mais je suis désormais certain que le sourire Colgate, lui aussi vient de Scandinavie. Il est naturel et de naissance, les suédois n’ont semble-t-il pas de problème de dents du fait d’avoir été éduqués petits au brossage de dents impeccable , au même titre que leurs cheveux, parfaitement en place même après l’épreuve du bonnet. La perfection se travaille.

Bien entendu, il est difficile pour moi de dénigrer les dentistes publics, car comme me le rappelle très bien Lina “n’oublie pas qu’on est socialiste…” Mais le socialisme a aussi ses limites, et c’est non sans regrets que j’ai désormais rendez-vous mercredi prochain avec un dentiste, malheureusement tout ce qu’il y a de plus privé.


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Récits depuis Björngårdsgatan, Stockholm - SUÈDE.