En Suède, on essaie de ne pas mourir.

June 29th, 2011

C’est un fait: les suédois font leur possible afin de ne pas mourir. On essaie ceci dit tous, au quotidien, d’éviter de mourir, mais la Suède est très franchement engagée dans une lutte sans merci contre son extinction. Si elle parvient à ses fins, nous serons probablement, d’ici quelques centaines d’années, un petit milliard à pratiquer le suédois.

Jamais dans la capitale Scandinave il ne manque une petite remarque avant de prendre la route par exemple. Kör försiktigt (conduis prudemment) est de mise lorsque quelqu’un envisage de prendre sa voiture, systématiquement. On signale les éventuels élans de passage, les virages en épingle, on n’oublie pas mentionner le verglas de la semaine passée et l’on clôture systématiquement avec une anecdote, celle de ce sombre voisin qui aurait perdu une jambe sur cette même nationale en 1974.
Il ne s’agit pas de grand chose, mais on se surprend vite à vouloir souhaiter une bonne conduite à n’importe qui, au détour d’un trottoir. Bien entendu, le “kör försiktigt” va souvent de paire avec le ta hand om dig (prends soin de toi), au cas où il ne serait pas suffisant d’éviter de mourir une fois. Sait-on jamais, autant prendre soin de soi par la même occasion. Un cauchemar mes amis, pour les plus festifs d’entre eux qui auraient eu la bonne idée de profiter d’un ou 2 Gin Tonics la veille d’un départ, et qui seront bien évidemment privés de conduite le jour d’après, par leur chère et tendre suédoise toujours soucieuse du bien être d’autrui.

On ne joue d’ailleurs plus aux fléchettes dans les bars de Stockholm (l’accident est trop vite arrivé, considérez un professionnel de la fléchette un peu nerveux, on est jamais trop prudent) et visiblement, on ne joue pas non plus aux fléchettes au volant, ce qui doit probablement en frustrer quelques uns. De plus, le fait que les suédois profitent de chaque retrouvailles pour se faire des câlins de façon systématique n’est pas sans évoquer leur joie de retrouver un proche, toujours vivant.

Je n’évoque évidemment pas la consommation de l’alcool chez les jeunes et la propagande télévisuelle que le dealer d’alcool national (Systembolaget, monopole d’État) fait rentrer dans la tête des suédois à grands coups de spots publicitaires – ce gentil papa qui, plein de bonne volonté, offre à sa fille de 18 ans une bouteille afin qu’elle puisse accéder à une fête quelconque. Papa n’a définitivement pas compris que son enfant (de 18 ans) aura tendance à mourir beaucoup plus vite si Papa commence à lui offrir un St-Émilion pour ses soirées pyjamas avec ses copines (de 18 ans) D’ailleurs, Systembolaget a aussi publié un livre à destination des parents, afin que les jeunes évitent de mourir trop tôt. Je vous conseille sa lecture, si vous envisagez de vivre aussi longtemps qu’un suédois: http://www.tonarsparloren.se/

A bien y regarder, c’est un peu dommage toute cette affaire. Si l’on en croit les statistiques, on meurt un peu plus vite en Suède qu’en France. C’est tout à fait étonnant, pour un pays dans lequel on roule sans jouer aux fléchettes, un pays dans lequel la jeunesse ne boit pas (si elle fabrique des cocktails dans sa salle de bains, c’est avant tout pour le plaisir de la distillation, bien entendu)

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Tout le monde est content.

June 5th, 2011

Les suédois sont beaux, sympathiques, curieux, intelligents, blonds, généreux. Ils s’intéressent, questionnent, se cultivent, s’entraident. Ils prêtent, donnent, empruntent, confient, troquent, en tout confiance. On a d’ailleurs rarement vu un suédois radin, et le peu qui subsistent ont tous été placé dans une grande boite que l’on appelle Östermalm (l’équivalent de notre Neuilly national), de sorte qu’ils évoluent dans un milieu qui leur est propre, qu’une bonne partie de la population a néanmoins du mal à comprendre.

En Suède, un gant perdu dans la rue se retrouvera accroché à un arbre dans l’attente de son propriétaire. Vivre à Stockholm, c’est le fabuleux destin d’Amélie Poulain avec Yann Tiersen comme musique dans les ascenseurs. Les journaux discutent de la défaite de Söderling, de ce type qui vient de sortir un requin de 3 tonnes de ses filets, et qui semble très content.  D’ailleurs, tout le monde est content, en Suède. Même si ils ne sont franchement pas nombreux à avoir sorti un requin de 3 tonnes de l’eau.

C’est tout à fait curieux, pour un étranger, de vivre dans un pays où tout le monde est content. On arrive ceci dit à s’y faire, rapidement. Et puis, à quelques reprises durant l’année, on se retrouve sur le vol de 19h25 en direction de CDG, un vol en direction du monde réel. Et ça fait du bien.

La carte orange devenue hors de prix, un leader socialiste qu’on a visiblement perdu et des émissions dédiées intitulées “DSK, Sexe et Politique”. Un périphérique impraticable à toute heure en 2011. Des gens qui gueulent, de la pluie pour la finale de Rolland Garros, des agios de 9€ par jour pour les clients de la Caisse d’Épargne.

C’est un plaisir, que de passer quelques jours en France. Et puis reprendre un vol, retourner chez nos amis suédois, toujours très contents. On tourne la tête, il ne reste plus que la Suède et ses pêches miraculeuses. On y passe quelques mois, puis finalement, se languir de Paris, du Truskel, de la bière renversée sur nos chaussures. Alors on reprend un vol, probablement celui de 19h25.

Paris, Stockholm, je vous aime!

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Une révolution suédoise.

March 8th, 2011

Il semblerait que, chaque jour un peu plus, la Suède tente d’investir la France. Il fut un temps par exemple où la suédoise se faisait aussi rare que la truffe dans les rues de Paris, et en dénicher une au détour d’un bosquet était considéré comme une opportunité comme il n’en existait que trop peu.
Aujourd’hui, elles viennent par centaines envahir les boulevards parisiens, s’organisent en communauté, remplissent les bars les plus rock de Paris avec les jupes les plus courtes de Paris.

Elles sont plus nombreuses, mais aussi nettement plus expérimentées. Elles possèdent un pass Navigo, savent retirer un Vélib’ en 17 secondes et ont une connaissance encyclopédique des lignes et horaires des Noctiliens parisiens.

Avec les années, elles ont appris à se fondre à la population locale et progressent dans la vie parisienne avec autant d’aisance qu’un agent des services secrets qu’on aurait envoyé à l’étranger. Entendez les balancer des “c’est ouf” et des “j’avoue” à tout va. Si elles n’avaient pas les cheveux transparents, les distinguer de nos chères françaises serait probablement délicat. Regardez les acheter des demies-baguettes, traverser le Boulevard Sébastopol quand le petit bonhomme est toujours rouge et oublier les priorités à gauche sur le périph’.

Quoi qu’il en soit, si elles remplissent Paris, c’est visiblement pour le plus grand bonheur des parisiens. Mais attention à toi, jeune que tu es! Partager sa vie avec une suédoise, c’est aussi savoir faire quelques concessions, et avant que tu n’aies le temps de te retourner, tu mangeras du fromage pour ton dernier petit déjeuner parisien juste avant ton déménagement sur Wollmar Yxkullsgatan à Stockholm. Et dans ce pays, tu ne trouveras ni Noctilien,  ni Boulevard Sébastopol et encore moins de demies-baguettes!

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Se fondre à la population locale

February 6th, 2011

Il est quelques situations dans lesquelles savoir se fondre dans la population est judicieux. En effet, ne pas être considéré à longueurs de temps comme le français de service se trouve être tout à fait reposant. C’est d’ailleurs aussi un moyen efficace  afin d’éviter ces récurrents « voulez-vous coucher avec moi ? » qui semble être au programme de tous les cours de français en Suède, avec parfois sa chatoyante variation : « je suis une baguette ! »

La maîtrise du camouflage en milieu urbain vient avec les années, mais son apprentissage ne demande pas nécessairement une pratique courante du suédois:  un usage excessif du « tack » (merci)  suffit généralement.

« En Big Mac tack
- Är det bra så?
- Ja tack
- 120 kr tack
- Ja tack
- Tack och hej
- Hej hej, tack tack”

Il est tout à fait possible de passer une journée ordinaire sans jamais faire sauter sa couverture. Cela requiert en revanche de la patience et pas mal de la maîtrise de soi.

Partir couvert est une étape importante. On repère très vite le type qui marche un matin d’hiver par -10 sans un bonnet sur la tête. Les suédois sont équipés, sinon suréquipés : même à une distance de 2 mètres, reconnaître sa mère s’avère problématique. La consommation de cigarettes est bien entendu prohibée et le pas de marche doit être soutenu, le suédois étant avant tout un athlète surentrainé.

Il n’est jamais d’ailleurs vraiment conseillé de déballer un Canon sur Skeppsbron, car même si la vue est superbe, le suédois emprunte cette route tous les jours et, chauffé sur une lancée de 20km/h en descente, il ne s’accorde rarement le temps de profiter du paysage.

Si vous en venez à devoir patienter (dans un café, pour prendre le bus), la règle d’or est: faire la queue et s’y tenir. Ne jamais tenter un dépassement en loosdé, le suédois est très attentif. Dans le doute, faites la queue même si il n’y en a pas une apparente, il y aura certainement un suédois pour venir se placer derrière , simplement content de patienter avec vous.

Pour le reste, restez suffisamment sage et silencieux, prenez parti dès lors que la discussion s’oriente vers la place de la femme dans la société en 2011 , ne vous offusquez pas si vos amis achètent du vin californien et avant tout, mangez végétarien.

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La Suède (et moi) en 2011.

January 24th, 2011

En 2007, au Volant d’une Renault 19 qui devait contenir l’intégralité d’un 20m² rue St-Maur, nous traversions le pont qui sépare Copenhague de Malmö – il s’agissait par la même occasion d’un aller simple jusqu’à Stockholm.

Il y a 4 ans, enlever mes chaussures à l’entrée d’un appartement me semblait un geste insurmontable. Je m’interrogeais par ailleurs sur ma capacité de survie dans un pays où un kilo de saumon fumé s’avère moins onéreux qu’une bouteille de Bordeaux, dans un pays où la population achète des appartements par SMS.

Intérieurement, je devais probablement appréhender une transformation visiblement inévitable en « suédois. »  Tout comme il est difficile d’échapper à un vampire qui tentera de vampiriser son prochain afin d’élargir sa communauté, une suédification que je craignais m’apparaissait absolument inéluctable.

Un type disait d’ailleurs un jour « les capitales changent les gens qui s’y installent », ce même type qui n’a vraisemblablement jamais passé la frontière belge: car il n’en est absolument rien. Même si il est évident que certaines habitudes ont fait place à de nouvelles, la Suède n’est pas investie dans la transformation frénétique des français en suédois.

Bien entendu, je suis aujourd’hui capable de prononcer « sjukvårdsrådgivningen » sans faillir;  j’ai aussi fait l’acquisition récente de crampons à placer sur mes chaussures pour éviter les chutes embarrassantes, et je suis malgré moi devenu expert dans la cuisson de quenelles de poisson à la sauce au crabe.

D’un autre côté, mon placard n’a jamais connu les pantalons Slim Fit qui transforment les suédois en gigantesques pics à escargots. Je suis toujours fermement opposé à la consommation de hareng quel qu’il soit, et je ne dispose pas d’une quarantaine de paires de skis, juste au cas où. Je suis par ailleurs plus que jamais militant pour la consommation de tabac à rouler à l’intérieur des bars, et régulièrement scandalisé par la facturation excessive du Gin Tonic, considérant surtout que – soyons honnêtes- personne ne boit du Schweppes sans y verser du Gin dedans.

J’en fait la promesse: on va encore bien se marrer en 2011! On pointera du doigt les suédois et on rigolera de ceux qui tiennent toujours à payer l’utilisation des toilettes publiques. On se moquera volontiers de la Suède qui rafle des médailles de Curling aux Jeux-Olympiques, et nous ouvrirons toujours plus de débats sur “l’utilisation du hareng comme traitement homéopathique, avantages et inconvénients

Chers amis, de Saint-Vrain à Bondoufle, de Paris à Stockholm, joyeux 2011!

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