Home made.

J’ai tapé le week-end dernier dans l’erreur irréparable, celle qui sera probablement la cible des critiques les plus dures. J’ai fait un pas de plus sur le long chemin qui petit à petit nous transforme tous en suédois, un pas de trop certainement, le pas qui fait mal.

Ce qui jamais ne devait arriver arriva : dimanche, j’ai fait du glögg.

Le glögg, pour ceux qui ne sont pas familier avec ce mot, c’est le vin chaud national ici, à consommer dès lors que la température extérieure vous permet de conserver sans crainte un pot de glace à la vanille sur le balcon.

Alors oui, faire du glögg à la maison, c’est passer un cap. C’est abandonner toute estime de soi, et c’est surtout cautionner un phénomène excessivement douteux : celui des jeunes boutonneux qui, pour n’avoir pas le droit de mettre un pied chez Systembolaget, préfèrent fabriquer de l’alcool maison dans la salle de bain afin d’éviter de tourner au 7UP le samedi soir avec les copains.

glögg

Bien entendu, loin de moi l’idée d’économiser le prix d’une demie-douzaine de bouteilles de glögg; j’étais avant tout curieux de son procédé de fabrication, qui s’est en fait avéré très simple : mélanger une dizaine de bouteilles de soda scandinave avec 2,5kg de sucre, ajouter quelques patates, de la cannelle et à peu près toutes les autres épices à pâtisserie du monde, et laisser pourrir le bouzin un bon mois et demi dans un seau en plastique.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus que d’une question de patience. La première semaine s’est déroulée sans incident, même si j’appréhende toujours la possible apparition de champignons exotiques fluorescents sur la surface du liquide ou la découverte de petits animaux morts au fond du seau lorsque début décembre, je serai contraint de tester cette potion magique.

On éprouve ceci dit un certain plaisir à fabriquer son alcool à la maison, tout d’abord par respect pour l’artisanat; et par la suite parce qu’il s’agit potentiellement d’un nouveau plan de carrière: je dois reconnaître que désormais, je m’imagine tout à fait en petit producteur local!

Ces suédois qu’on aime.

Il y a chez les suédois ce petit quelque chose qui fait que l’on a du mal à ne pas les aimer.

Ce constat est venu d’une discussion avec une amie russe il y a quelques jours, qui me faisait part d’une analyse difficilement discutable: personne n’aime vraiment les Russes.

En deuxième position, et sans l’appui d’aucunes statistiques, il n’est pas trop s’avancer que de dire que personne n’aime vraiment les allemands non plus. Ce qui faisait d’ailleurs beaucoup de peine à mon amie russe, elle qui a plusieurs années partagé son appartement avec un germanique.
Les Russes n’avançant jamais rien sans de lourds arguments derrière, elle m’a fait part des soirées cinéma qu’elle et son copain allemand avait l’habitude d’avoir, et notamment du fait que dans tous les films, et même les meilleurs d’entre eux, les méchants étaient nécessairement russes, ou allemands. C’était absolument indéniable, l’argument a fait mouche: ce sont toujours eux qui portent les plus grosses mitraillettes.

De là a dévié la discussion sur les suédois, les suédois que tout le monde aime, sans trop savoir pourquoi.

Certainement parce que jamais on a croisé un suédois avec une mitraillette, ou probablement parce que beaucoup n’ont jamais rencontré un suédois en vrai. Les seuls suédois venus en France ne sont pas arrivés sur des tanks ou des gros bateaux militaires mais la bouche en cœur par Ryanair pour devenir fille au pair, avec du pain dur et du poisson frais plein les bagages.

On leur trouve même toutes les excuses du monde, quand une dizaine d’entre eux envahissent les campings municipaux du sud de la France avec de l’Aquavit plein la Volvo… on s’en va dire qu’ils sont hollandais… parce que l’on apprécie beaucoup les suédois… sans jamais savoir pourquoi.

J’essaie de consoler mon amie russe, lui disant qu’avoir un pied en Suède c’est déjà être à moitié suédoise, mais rien n’y fait. Je me remets alors en question, et je me demande qui donc peut bien apprécier les français… personne ne me vient vraiment à l’esprit… hormis évidemment les suédois.

Les bons samaritains.

On s’est beaucoup posé de questions, sur sa planque et ses origines. On a souvent cru le croiser au détour d’une rue, on a toujours considéré un main tendue comme son apparition, mais il n’en était rien: jamais nous n’avons vraiment eu affaire à lui. Et pour cause: le bon samaritain est SUÉDOIS, et se planque à Stockholm!

Je constate de plus en plus de faits qui me rappellent combien “tu aimeras ton prochain comme toi-même” prend tout son sens, ici en Suède. Il ne s’agit certainement pas du seul pays où tendre la main est religion nationale, mais j’ai rarement constaté une honnêteté si démesurée.

Je vous invite d’ailleurs à tester par vous-même. Laissez nonchalamment tomber votre carte bleue de la poche de votre veste en cuir, et patientez une petite heure. Il est tout à fait probable que vous receviez un appel sur votre portable, un aimable suédois qui aura fait l’effort d’une recherche sur internet afin de retrouver vos noms, prénoms et numéro de portable. Les suédois sont comme ça, ils prennent soin de leur prochain.

C’est exactement pour la même raison que parfois, debout sur le trottoir à profiter d’une cigarette, une voiture s’arrêtera devant vous pensant que vous avez pour ambition de traverser la rue… Refusant un conflit inutile, vous vous surprendrez alors à traverser quand même, même si ce n’était nullement inscrit dans vos plans de départ.

Malheurs à ceux qui envisageraient d’ailleurs d’abandonner un vilain chaton sur le bord de la route, le suédois toujours bien pensants vous le ramènerait à coup sûr le lendemain dans une boite en carton avec des trous. Ils sont comme ça les suédois, ils prennent soin de leur prochain.

Vivre aux pays des bien pensants a certes quelque chose de très rassurant… d’un autre côté, on aimerait bien de temps à autres se faire barboter sa carte bleue sans la retrouver 10 minutes après, ramasser son rétroviseur sans un numéro de téléphone sur le pare brise… sans tout ça, que reste-t-il à raconter aux parents?

Excédent de bagage.

De retour en Suédie après 2 jours à Paris.

2 jours, c’est tout juste le temps de passer une bonne soirée en famille, suivie d’une bonne soirée entre amis. De quoi déguster des alcools locaux venus de toute la France et de déballer pour l’occasion quelques paquets cadeaux…

Il a d’ailleurs été très facile, cette année, d’identifier quelques thèmes récurrents dans ce que j’ai eu la chance de recevoir:

  • La littérature. Il faut savoir qu’on ne trouve pas ou peu de livres en français à Stockholm. On est très heureux de se faire offrir de quoi passer les longues soirées d’hiver. Dès lors, je prends conscience que 3 kg sont ajoutés au poids de mon bagage en soute.

img_6762

L’arbre à livres

  • Les bonbons. Pas n’importe lesquels, je vous parle de ceux qui me rendent fier de mon pays, des emblèmes nationaux forts en gélatine, j’ai nommé les Carambars, et les Schtroumpfs. 2,5 kg sont ajoutés au poids de mon baggage en soute.

  • Le pique-nique. C’était absolument innatendu, mais  me voilà aujourd’hui équipé pour absolument tous types de pique-nique (en pleine forêt, en montagne, en ville, en France, en Suède etc.) Nicolas Hulot a les oreilles qui sifflent, j’ai recu pour mon anniversaire le sac de Mary Poppins, avec absolument tout le nécessaire à pique nique dedans: de la planche à découper au tire-bouchons, des assiettes métalliques à la salière miniature,  j’ai de quoi passer plusieurs jours seul en forêt avec toujours la possibilité de faire mijoter de véritables bœufs bourguignons, sans jamais faillir. 8 kg sont ajoutés au poids de mon bagage en soute.
  • Le jus de raisin. C’était évidemment très attendu, mais surtout très apprécié. Je suis heureux d’annoncer l’ouverture de ma première cave à vin, celle qui bientôt vous fera pâlir de jalousie. Bien entendu, cela a un prix: 16 kg sont ajoutés au poids de mon bagage en soute.

C’était sans compter un ami qui la veille du départ, avec deux valises déjà plus lourdes qu’un kit complet de casseroles en fonte, vous offre le livre de Rolling Stones magazine: les 500 meilleurs albums de tous les temps. Je vous laisse imaginer combien de pages il faut pour lister les 500 meilleurs albums de tous les temps, avec de belles et grandes images en couleur. Le bagage en soute étant devenu trop capricieux, je fais le voyage avec le livre sur les genoux.

2 jours en France, c’est surtout le temps qu’il faut pour se dire qu’on y passerait bien une semaine, ou 1 mois. Que malgré une nouvelle maison, Saint-Vrain restera toujours Saint-Vrain. On aura beau partir avec des boites de Tarama au fond du sac, il n’a jamais vraiment le même goût ici à Stockholm, même accompagné d’un excellent Saint-Emilion.

Restez où vous êtes les gars, Noël cette année se fera dans l’Hexagone!

24 mois.

Le 27 août, je clôturais ma deuxième année en Suède. Le même jour, j’entamais la troisième. Time flies.

Un labs de temps définitivement bien investi. De l’apprentissage d’une langue nouvelle jusqu’à trouver la meilleure bière de Stockholm, ces 2 années se sont envolées sous le thème de l’intégration.

L’intégration, c’est le sujet favori de tous les expatriés du monde. Il ne suffit malheureusement pas de porter une casquette des Yankees pour être américain, et ce n’est absolument pas en mangeant du fromage au petit déjeuner que vous deviendrez l’ami de tous les suédois.

img_6380

L’intégration, c’est un projet sur le long terme, qui prend évidemment forme via… la communication. Il était temps d’écrire 3 mots dessus, tant on m’a posé de questions concernant l’apprentissage du suédois.

Parlons les amis, apprenons le suédois. Il n’y a pas meilleure école que la Suède pour ça. J’ai d’ailleurs observé qu’il existait (au moins au niveau des français en Suède) plusieurs groupes bien distincts dès lors que l’on touche à l’apprentissage du suédois.

Il y a tout d’abord ceux pour qui apprendre est nécessaire. Ils sont bons, lents, moins bons ou excessivement lents, mais ils poursuivent le même objectif: être apte à communiquer.

Il y a ceux qui n’ont jamais vraiment appris, ou très peu, mais qui clament tout comprendre, des conversations, des articles des plus grands quotidiens suédois. Ceux là disent qu’ils n’auraient besoin que d’un tout petit peu de grammaire pour accéder au tant convoité statut de “bilingue“. On les repère ceci dit facilement: ils sont en Suède depuis 8 ans, “parlent” 14 langues et commandent toujours leur café en anglais.

Il y a bien entendu ceux qui ont essayé, puis ont abandonné. On a très vite tendance à les comprendre -et à les pardonner- le jour où l’on apprend qu’infirmière, en suédois, c’est “sjuksköterska”’

J’ai en revanche beaucoup plus de mal à comprendre le dernier groupe. Ils sont une minorité et se cantonnent à une règle de base: “on vit tout aussi bien sans le suédois” Alors certes, on peut aussi vivre sans Sopalin et ne plus jamais mettre de chaussettes, mais de là à considérer qu’on vit aussi bien sans… J’ai du mal à concevoir qu’il soit possible de vivre sur le long terme dans un pays sans jamais essayer de pratiquer sa langue.

24 mois à Stockholm… il est déjà temps de traverser un nouvel hiver, le troisième. Le suédois se perfectionne mais je n’ai aucune étiquette “bilingue” collé sur le front. Ceci dit, 3 hivers, c’est surtout le temps nécessaire pour maîtriser le feu de bois dans la neige et faire griller des saucisses. Et croyez le ou non, pour ça au moins, je suis devenu expert.

Ceux qui décident du temps qu’il fera

Il est une loi que l’on ne retient que trop peu souvent, malgré le fait qu’elle soit applicable à une bonne moitié du monde. Cette loi, c’est celle dite “des parents“.

Le scénario est fonctionnel au possible: un jeudi, vous rencontrez une suédoise. A peine le temps de se retourner que vous êtes déjà dans une Renault 19 à traverser le Danemark à fond la caisse avec toute votre bibliothèque dans le coffre, et quelques paires de chaussettes. Côté passager, une fille aux cheveux tout jaunes.

Après 2000km, vous constatez le résultat: vous habitez en Suède, vous payez un loyer en couronnes et vous commencez à boire votre thé sans sucre, même si vous vous étiez juré de ne jamais lâcher, sur les 5 morceaux de sucre avec le thé.

Viennent ensuite comme il se doit une partie des amis pour rendre visite, avec un grand sourire et des Carambars dans la valise. Et puis évidemment, deux fois par an, ce sont vos parents qui passent pour faire coucou (toujours avec le sourire mais avec vachement plus de Carambars)

Et que se passe-t-il, lorsque les parents se déplacent jusqu’en Suède?

Il pleut.

Il pleut à n’en plus finir, plus de litres d’eau que le Pacifique n’en compte, plus de pluie que lors d’une finale de Roland-Garros… et il pleut évidemment de façon excessivement localisée: Stockholm, sa banlieue, et partout où vos parents décident d’aller se promener. Considérez ça comme un micro-climat.

p7310132

Même si la séparation à la fin du séjour à bien entendu des airs d’adieu, le sourire revient très vite lorsque le lendemain les gros nuages laissent place à un soleil rayonnant. On oublie vite une quinzaine de jours de pluie dès lors qu’on fait griller du saumon au barbecue, en short au bord d’un lac.

On aurait presque tendance à oublier que quelques jours plus tard, ce sont aussi les parents de vos copains qui viennent faire un tour en ville, comme ça, juste faire coucou. La temps en est témoin, et pour la première fois, vous pouvez enfin considérer la météo comme fiable, au moins pour la durée de séjour des parents en question; c’est visiblement le k-way du placard qu’il vous faudra ressortir.

Ne cherchez plus: il n’existe pas de meilleur indicateur météo.

Zone de stationnement interdit

Il y a de ces villes dans lesquelles posséder une voiture peut être encore plus contraignant que partager son 21m² avec un berger allemand.
Paris en est l’illustration même, Paris dans laquelle la circulation chaotique et l’omniprésence du métro rend la voiture aussi indispensable qu’une paire de tongs en décembre.

L’utilité d’une voiture à Stockholm est en revanche tout à fait justifiable, du fait des multiples activités possibles en dehors de la ville, pour la plupart facilitées dès lors que l’on possède un permis de conduire.

En revanche, la où la capitale suédoise ne facilite pas la vie des automobilistes, c’est lorsque qu’il s’agit de garer la machine. Tout d’abord par le prix des places de parkings, et de façon excessivement bien proportionnée le prix de l’amende pour les mauvais élèves.
Me reviennent à la mémoire ces folles années de ma jeunesse où, la Citroën AX fièrement garée sur les Grands Boulevards, je m’en allais arpenter Paris pour plusieurs heures sans même insérer une pièce dans l’automate.
J’ai très vite saisi, à mes dépends, qu’on rigole beaucoup moins en Scandinavie. Garer sa voiture en ville, quitter les lieux  en souriant et ne pas se délester de quelques couronnes pour le parking peut-être dangereux, parce que la police du stationnement rode… et ne pardonne pas.

2457212977

A ceci, je n’ai pas encore évoqué la difficulté qu’il y a de trouver sa place de parking. Les règles sont plutôt explicites:

  • la moitié de la ville se trouve dans une zone de stationnement interdit.
  • l’autre moitié est répartie de la façon suivante:
    1. interdiction de se garer à moins de 10 mètres d’une intersection
    2. interdiction de se garer à moins de 10 mètres d’un passage pieton
    3. toutes les rues disposent d’un créneau horaire dans la semaine pendant lequel se garer est interdit

Transgresser le cas n.3 vous expose à 550kr de contravention. Pour rappel, envisager la possibilité de se garer malgré l’interdiction relève visiblement de l’inconscience. C’est en effet à 2h25 cette nuit qu’un monsieur à moustache avec une jolie casquette bleue a glissé un papier plastifié entre l’essui-glace et le pare-brise de ma voiture de location.

Je me souviens pourtant du Paris que j’aimais, où les seuls types respectables qui rôdaient autour des voitures à 3h du matin n’étaient que là pour les voler… Parfois cette ville me manque!

Ma tahaksin eesti keelt õppida.

4 jours en Estonie ont fait remonter quelques souvenirs à ma mémoire, mes premiers pas en Suède, lorsqu’en août 2007 je débarquais sur Björngårdsgatan avec une Renault 19 qui finissait sa vie après plus de 2000km à 120km/h. 4 jours qui m’ont mis face à cette difficulté que j’avais visiblement oublié: la langue.

Le suédois que je découvrais il y a 2 ans, reçu en pleine face comme on reçoit un douloureux penalty. A cette époque, je pouvais facilement commander un chausson aux pommes et finir avec un chausson au porc entre les mains. A cette époque, je regardais le menu et j’opérais par élimination: dans 90% des cas, mon choix se portait sur les spaghettis bolognaise, parce que “bolognese” est international.

Tallinn m’a rappelé combien il était difficile d’échanger dans une langue étrangère à la sienne, et par étrangère j’entends vraiment étrangère. Un rapide bilan de ces 4 jours en Estonie: j’ai appris à dire “bonjour” et “merci” en estonien, je suis en revanche toujours incapable de dire “au revoir“. J’ai eu l’occasion de me rendre dans 4 restaurants, j’ai tour à tour choisi des pâtes bolognaise, des pâtes carbonara, une pizza Capricciosa et des lasagnes. L’Estonie m’a étrangement laissé un vague goût d’Italie . Mais comprenez-moi, malgré l’attrait du risque, étais-je prêt à commander le plat au nom le plus rigolo, avec la possibilité de me retrouver avec de l’émincé de lézard?

tallinn-estonia

Et moi de me retrouver au milieu de ces centaines de touristes qui descendent des ferrys pour 6 heures dans le centre historique, à acheter des casquettes “I love Tallinn” par dizaines. Essayer désespérément de me fondre à la population locale avec “bonjour” et “merci” comme seul bagage. J’étais parvenu à ne plus passer pour un touriste à Stockholm, il s’agissait d’une première victoire personnelle. Mais dur est de constater que passé la frontière suédoise, avec mon sac à dos et mon Canon en bandoulière, je suis autant touriste que toi, qui vient passer quelques jours à Stockholm pour les vacances.

La prise de décision finale fut évidemment d’accepter ma condition, et c’est en repartant avec plusieurs bouteilles de vodka locales au fond du sac que l’on prend conscience que le tourisme, ça peut être aussi une partie de plaisir.

Se comporter à l’étranger.

Il existe 1000 façons de dissocier un français parmi un groupe de suédois dans les rues de Stockholm. Par français, j’entends français de passage, le touriste qui a découvert où se trouvait Stockholm avant hier, au moment où Ryanair lançait sa dernière campagne Paris/Stockholm pour pas plus cher que l’Âge de Glace en 3D au Grand Rex.

Ce qu’il y a de tout à fait étonnant, c’est la façon que nous, français, avons de nous comporter absolument partout pareil dans le monde, comme si tous les continents s’appelaient Paris. Jamais il ne vient à l’esprit du français que passer quelques jours dans un pays, c’est aussi l’occasion de s’y intégrer un peu, ne serait-ce que pour une semaine de vacances.

La première barrière est bien entendu la langue. Il semblerait que malgré des cours d’anglais que nous avons reçu depuis l’âge de 12 ans, même dire “merci” en anglais relève de l’effort difficilement surmontable. C’est donc en toute bonne conscience que le français dira “merci” lorsqu’il achètera ses cartes postales dans la vieille ville, en étant convaincu que sa langue est internationale. Si un problème de compréhension avec son interlocuteur intervient, il ira très vite râler sur ces pays où il est impossible de se faire comprendre. Peu de temps après, il apprendra que “merci” se dit “tack!” en suédois, ce qui aura immédiatement pour effet de le remettre de bonne humeur.  Et on comprend.

Cliché de taille que celui du français qui râle… à sa (notre) décharge, il est vrai que les occasions de râler ne manquent pas. Surtout quand le prix du bagage en soute chez Ryanair l’a contraint à ne pas prendre de valise, et que c’est avec ses deux uniques shorts et sa paire de tongs qu’il ira découvrir la ville… souvent sous la pluie. Visiblement, l’été ne dépasse pas la frontière danoise en 2009.

Il est évident qu’un français ne s’adapte pas au pays qu’il découvre. C’est le pays qui doit s’adapter au français. Le phénomène s’applique d’ailleurs au quotidien, que ce soit avec la troupe de parisiens qui crée l’anarchie dans la file d’attente du bus à Stockholm, pourtant d’habitude si paisible, ou le père de famille qui, à la descente de l’avion se rend immédiatement au Systembolaget, avant d’aller faire constater à femme que le prix du pinard dans ce pays de cons coûte à l’aise un aller retour Paris-Béziers.

Effectivement, il ne fallait pas se priver, il fait tellement plus beau dans le sud de la France.

a27c11c10dbe83b279d944df1c347bf1full

Le droit de tout le monde

Si il y a bien une chose que d’autres pays devraient envier à la Suède, c’est bien celle là.

Le “droit de tout le monde”, qui trouve fièrement sa place dans chaque guide de voyage, qui est nécessairement cité par tous les suédois dès lors qu’on en vient à évoquer la propriété publique.

En suédois, “allemansrätten”, un droit commun qui permet à chacun de poser sa tente, son duvet, n’importe où en Suède dès lors que l’endroit n’est pas privé, ni proche d’un camping. Un droit absolument incroyable qui redonne tout son sens à l’expression “road trip” que l’on entend bien (trop) souvent en France.

Il y a toujours , et c’est statistique, un type qui débarque en septembre en annonçant fièrement : “j’ai fait un road trip avec 3 copines en juillet, on a sillonné toute la France en 15 jours, c’était formidable”.

Ce qui est subtilement sous entendu, c’est que le type en question a passé 10 nuits dans sa Renault 5 et 4 au Formule 1 de Millau. Un road trip à la française, certainement.

C’est donc avec joie que chaque étranger en Suède découvre qu’il est en droit de planter sa tente au bord du lac si il le souhaite et même ramasser quelques branches pour faire réchauffer sa ratatouille.

Imaginez donc la suite du scénario, pour un français qui n’avait jusqu’alors posé sa tente que dans des campings municipaux: il profite de ce droit à l’excès, surtout ne pas en perdre une miette, exactement comme on ne peut s’empêcher de lécher le plat qui a servi à faire le gâteau au chocolat…

dsc03005

Et il s’en va même organiser des anniversaires sur des petites îles désertes en kayak, lui et des copains. Il y passe la nuit, et regarde le feu brûler encore à 3h du matin. Souvent en réalisant combien il est chanceux d’habiter un si beau pays!

Récits depuis Björngårdsgatan, Stockholm - SUÈDE.