Pourquoi Quitter Paris ?

Page 3 of 40

La ligne 4.

A Stockholm, on peut se déplacer de nombreuses façons différentes: on fait du vélo façon Tour de France avec casques et combinaisons de l’aérospatiale suédois, on roule en Volvo et moins en SAAB car leurs propriétaires  sont un peu stressés en ce moment, beaucoup se déplacent en métro et quelques-uns, un peu plus originaux, vont travailler en patinant sur les lacs de glace avec, par chance pour eux, une saison glacière désormais étendue d’octobre à juin depuis cette année 2012.

Et puis pour tous les autres, il y a la ligne 4.

La ligne 4, c’est un bus qui semble emprunter sans exceptions toutes les rues de la capitale, à toutes heures et pulvérisant visiblement toutes les limitations de vitesse car il ramène toujours les gens sans aucune attente, partout et très vite. A Stockholm, c’est un quotidien “sinon, t’as la 4 qui passe par chez toi” dès lors qu’il faut se rendre d’un point A à point B, que A se trouve à 25km de B ne posant évidemment aucun souci. Il est d’ailleurs étonnant de constater qu’il existe son équivalent en France, avec une ligne 4 du métro parisien qui pourrait théoriquement envoyer ses passagers de Porte d’Orléans à Honfleur en moins de 30 minutes.

La ligne 4, c’est aussi l’occasion de retrouver ses collègues, sa famille, une vieille tante perdue de vue depuis plusieurs années, une ancienne prof de maths, ou des copains parfois. La ligne 4, c’est celle qui sauve un retard, celle qui vous ramène chez vous quand il n’y a plus rien à boire, ce bus dans lequel il est possible de monter, fermer les yeux pour 1 minute ou deux et arriver à la maison.

A voir cette ligne 4 semblant quadriller la ville, on en vient a se demander si la compagnie de bus SL ne devrait pas étendre ses activités à la distribution du courrier ou la livraison de pizzas sur Stockholm et ses alentours.

Le vent.

Stockholm est une ville côtière proche de la Baltique, ce qui par définition signifie que la mer n’est jamais bien loin. La mer, c’est très chouette, et les suédois, en plus de savoir qu’il existe probablement des phoques dans l’archipel, sont très heureux de pouvoir profiter chaque jour des senteurs de crevettes en tous genres qu’offrent les promenades matinales à Stockholm.

Vivre à proximité de la mer implique aussi une contrainte de taille que toutes les villes connaissant une situation similaire appellent singulièrement: le vent.
Il existe de nombreux types de vents: la légère brise parisienne, qui transporte avec elle des odeurs de tabac à rouler et parfois quelques sacs plastiques, le Nordet breton qui en revanche lui est beaucoup moins cool et n’apporte souvent bien que des gros nuages tout noirs, et les bourrasques de Stockholm qui font trépasser les girouettes la ville. Car en Suède, on ne rigole pas avec le vent.

Le vent, à Stockholm, débarque systématiquement sans aucun préavis et c’est d’ailleurs souvent durant la matinée qu’il sort de derrière ses fagots. La matinée, c’est aussi le moment où une partie de la ville se rend au travail en marchant au bord de l’eau.

Le vent peut avoir en soi des conséquences dévastatrices sur l’ordre (trop) établi en Suède. Il est ainsi tout à fait dramatique d’observer ce type trop propre et trop blond qui, après avoir nécessairement passé une trentaine de minutes à faire en sorte que sa coupe ressemble le plus fidèlement possible à celle d’Al Pacino, se retrouve brusquement transformé en plumeau dès la sortie de son appartement.

Une journée comme aujourd’hui, avec –d’après des sources vérifiables– des pointes à 9 mètres par seconde, transforme la ville en un gigantesque cimetière à parapluies qui, après avoir été contraints d’abandonner la partie et de plier sous les rafales, se retrouvent fièrement posant tels des dizaines de petits Batmans dans les poubelles municipales.

Le vent, c’est aussi les mouettes qui malgré leurs efforts font un sur-place absolument remarquable, les cyclistes qui sous leurs casques gigantesques ont tous l’impression d’accomplir une étape en montagne du Tour de France.

Et puis évidemment, il reste la Suède qu’on aime, celle qu’Alain Souchon aurait aussi su apprécier: à Stockholm, durant les belles journées comme aujourd’hui, il est possible de voir sous les jupes des filles.

Les chaussettes.

En Suède, il est possible de négliger sa tenue sans que personne n’y prête attention: il y a des jolies filles aux cheveux bleus, des filles un peu plus moches aux cheveux bleus, des jeunes avec des moustaches, des vieux sans moustaches mais qui n’ont visiblement aucun problème à se promener avec un t-shirt sur lequel on peut apercevoir deux loups et une lune, des filles qui ne portent pas de pantalon mais des pulls très longs à la place.

En revanche, si il y a un élément vestimentaire qui est tout à fait impossible de négliger, il s’agit bien des chaussettes.

La chaussette tient en Suède une place tout à fait particulière: étant donné qu’il est rarement permis de se promener librement en chaussures dans les appartements, les chaussettes deviennent alors une vitrine que l’on a trop vite fait d’oublier.

Montre moi tes chaussettes je te dirais qui tu es” n’a jamais eu autant de sens qu’en Suède.

Il est en effet très délicat de dissimuler une chaussette trouée: c’est un exercice qui requiert des compétences de camouflage olympiques. Évidemment, nous sommes nombreux à avoir connu cette situation embarrassante: dans l’entrée d’un appartement, le trou qui laisse entrevoir un orteil, parfois plusieurs dans les pires situations. De là, plusieurs alternatives:

  1. Divertir les interlocuteurs, de sorte que jamais ils n’aient l’occasion de reluquer la chaussette en question
  2. Pointer du doigt la fautive, en rire, partager l’expérience, rire encore, se faire offrir un verre de rouge
  3. Assumer tant bien que mal mais mourir de honte intérieurement, s’enfermer dans la salle de bain, consommer de l’alcool antiseptique
  4. Trouver très rapidement un invité dans la même situation, le pourrir, faire en sorte que tout le monde soit au courant que malgré sa moustache, il se promène avec des chaussettes trouées

Et bien entendu, si il chaussette devient sociale, il existe nécessairement des frimeurs de la chaussette.
Ils sont de ceux qui possèdent une collection incroyable de chaussettes multicolores, de chaussettes avec des doigts de pieds, parfois osent des chaussettes Pierrafeu, Bart Simpson, Nemo le poisson clown. Ils ne laissent rien au hasard, et souvent à juste titre. Ils sont de ceux qui vous font passer pour une ringard de la chaussette, votre nouvelle paire Hugo Boss perd subitement tout son charme, elle devient l’équivalent d’une salade sans sauce. Une salade à 500kr.

Toujours y porter une attention particulière: en Suède, la chaussette n’est pas simplement confortable, c’est un vêtement pour les pieds. Une chaussette vaut une belle chemise, ou une dizaine de cravates.

Le dimanche à Stockholm.

Les dimanches à Stockholm sont tous très similaires: la plus grande partie de la population se retrouve à l’extérieur. Le dimanche, c’est plus qu’une invitation à sortir, c’est une convocation municipale. C’est donc de fait 1 579 658 suédois tous très contents, tous très dehors. Dans ce million et demi, on distingue plusieurs catégories:

Les plus visibles sont tout d’abord ceux qui promènent des poussettes. Les suédois font beaucoup d’enfants et semblent aussi les faire tous en même temps, d’où un pic de poussettes chaque année dans les rues de Stockholm. Le dimanche, c’est le jour où l’on convient qu’il faut sortir la poussette. D’ailleurs, il n’est pas forcement nécessaire d’avoir un enfant à l’intérieur, l’idée étant plutôt de créer des « gangs de poussettes » entre parents plutôt que de se concentrer sur l’épanouissement des enfants. C’est donc en bancs de quinze poussettes absolument gigantesques que ce joyeux groupe vagabonde dans les rues de la file en discutant de trucs de parents.

Il y a aussi les jeunes, évidemment. Le dimanche, la plupart d’entre eux ont des têtes bizarres. La veille, ils ont dansé, ils ont bu beaucoup de bières, ils ont envoyés des sms souvent regrettables à leurs copains, ils ont encore dansé, une bonne moitié à vomi et les survivants, ceux qui ont fait la fermeture, dorment encore. Le dimanche, dans les rues de la ville, il ne reste donc que la moitié qui a vomi. Ceux-là même qui prennent d’assaut les cafés, les fast food, et qui viennent se mélanger aux poussettes afin de rendre absolument inaccessibles tous les lieux de restauration un peu attractifs de la capitale.

Le dimanche, il y a aussi les vieux. Ils se promènent, ils sont relativement lents, ils discutent au milieu des trottoirs et créent pas mal de soucis aux pousseurs de poussettes qui se retrouvent contrains de manœuvrer leurs bulldozers, ce qui semble les irriter passablement.

Les derniers, ce sont les touristes. Ils sont nombreux, ils sont là tout au long de l’année. Ils  s’adressent aux suédois dans leur langue en comptant bien sur le fait que le suédois parle d’office une quinzaine de langues, et ils se prennent très souvent en photo. En règle générale, dans un groupe de trois ou quatre, il y a celui qui se recule de quelques pas, monopolise intégralement le trottoir, sort son téléphone et essaie durant 3 minutes de prendre une photo chouette. Étant donné qu’en Suède, tout le monde est très respectable, les poussettes attendent et les vieux ne forcent pas le passage non plus. Cela crée donc des bouchons terribles sur les trottoirs de la ville.

Aux alentours de 17h30, la mairie décide de ranger les suédois dans leurs maisons.  On libère les rues, les cafés désormais accessibles ferment, les suédois se félicitent de leur journée et visiblement, tout le monde est toujours très content.

Les araignées.

Il m’a fallu quelques années à Stockholm pour réaliser que ma dernière araignée datait de 2006.
Les araignées ont fait partie de mon quotidien en France, au même titre que les mercredis midis chez Flunch lorsque j’étais plus jeune. Les araignées, elles couraient dans mes appartements parisiens, elles faisaient des teufs sur ma couette.

En Suède, on ne rencontre pas d’araignées. Elles ne passent pas les portes des appartements. Il était donc légitime de se demander pourquoi.

A première vue, il était tout à fait possible que les suédois aient installé des petits pièges à araignées, invisibles à l’oeil nu, dans tous les endroits stratégiques des appartements: les dessous de portes, les conduits de ventilations, les sorties d’eau etc.
Il devint évident qu’une investigation devait être conduite auprès de plusieurs experts en insectes suédois et autres organisations environnementales afin d’en avoir le cœur net. La réponse ne tarda pas: non, les suédois n’ont jamais fait utilisation de petits pièges à araignées afin d’empêcher leur intrusion dans nos appartements.

Une deuxième théorie s’orientait vers le fait qu’il n’existait peut-être pas d’araignées en Suède (une déviation de flux migratoire aux abords de la Suède, ou quelques petits pièges à araignées aux frontières de la Scandinavie auraient définitivement pu faire l’affaire)
Les premiers sondages semblaient confirmer cette hypothèse: aucun suédois ne semblait jamais avoir vu d’araignées. Au moment même où une explication viable semblait se profiler, un témoignage vint soudain changer la donne: une rumeur, par la suite confirmée, a fait état d’un suédois qui aurait semble-t-il croisé une araignée dans le banlieue de Göteborg, en 1994.

Ils ont été par la suite un grand nombre à établir des théories toutes plus loufoques les unes que les autres: des murs en plomb d’un vingtaine de centimètres d’épaisseur obligatoires dans toutes les habitations, des araignées systématiquement anéanties par les enfants pratiquant sans remords l’arrachage méthodique de pattes avant même l’irruption dans les appartements, etc.

La réponse vint d’elle-même, un jour où je me surpris à contempler l’état mon appartement: depuis mon arrivée en Suède, j’étais devenu propre. Je ne consommais plus de sandwichs beurre/Benco dans mon lit, je ne retournais plus mes chaussettes. Je possédais un aspirateur de compétition tout neuf. Mon immeuble connaissait une rénovation du sol au plafond tous les 5 ans.
De là, un manque conséquent d’insectes en tous genres, imposant irrémédiablement une famine cataclysmique au sein de la communauté, lourde de conséquences. Les araignées ont nécessairement dû prendre le large, au cours d’un long périple les conduisant à Paris. Elles ont su établir un nouveau quartier général, au cœur du 18ème arrondissement, là où les propriétaires immobiliers ont, depuis une cinquantaine d’années, décidé d’arrêter la rénovation de leurs appartements.

Note: au moment où il conclut ces lignes, l’auteur s’aperçoit que les araignées préfèrent semble-t-il les maisons saines et non-humides pour s’y installer. Comme c’est à n’y rien comprendre, il décide de publier son récit quand même.

La salade!

La Suède est attachée à ses traditions, à ses écrevisses au mois d’Août, à Zlatan Ibrahimović. Elle est aussi très attachée à sa salade.

La Suède mange de la salade, elle se compte en quintal/habitant. Il s’agit d’un fait relativement méconnu, mais il faut reconnaitre qu’il est bien plus facile de se forger une réputation internationale basée sur une consommation excessive de boulettes de viande que sur une présence  olympique de salade à tous les repas.

Malgré tout, c’est ainsi: les suédois aiment la salade. La salade VERTE. La chicorée sauvage, la mâche d’Italie ou l’internationale laitue chrysanthème auraient pu faire de chaque repas une fête, mais il semblerait que la bonne vieille salade verte des familles suffise à les réjouir. La salade verte, celle que nous poussions discrètement sur le bord de l’assiette quand nous étions petits, celle qu’on essayait de planquer tant bien que mal sous le set de table dans les situations les plus délicates.

Il serait inconcevable de servir par exemple, ici en Suède, une lasagne végétarienne sans sa salade verte. Elle a toujours sa place d’honneur sur la table, c’est la copine du saumon en papillote, de la purée faite maison, du hareng à la moutarde. Les suédois consomment probablement au moins autant de salade verte que les français d’antibiotiques. Elle fait partie du quotidien, très simplement.

Ce qui peut en revanche s’avérer très handicapant, ou irritant selon certains, c’est que si la salade vient à manquer à un diner que l’on pourrait considérer de « remarquable« , c’est l’ensemble de la soirée qui en prend pour sa tronche. Les discussions d’après repas deviennent alors absolument surréalistes, du type “franchement, cette soirée chez l’ambassadeur, un peu décevante. Les aiguillettes de canard aux clémentines en papillote étaient plutôt pas mal, mais t’as réussi à trouver de la salade toi?

Oublier la salade, c’est visiblement devenu un affront à la Nation. Alors amis français en Suède, pour vos prochains diners mondains, oubliez le Bourgogne, amenez plutôt une bonne salade verte.

Les filles au pair.

À la vue du taux d’émigration considérable que connait la Suède dès lors que la jeunesse a obtenu l’équivalent de notre baccalauréat, il est tout à fait normal de s’interroger sur ce que font toutes ces suédoises, une fois passé les frontières de leur pays.

Elles s’en vont par milliers chaque année rejoindre d’autres paysages, avec dans leurs valises des centaines de robes à fleurs et quelques boîtes de hareng afin de survivre à un manque probablement inévitable.

Arrivées à destination, il n’existe semble-t-il qu’un unique destin commun à l’ensemble d’entre elles: elles deviennent filles au pair. Systématiquement.

Une fille au pair suédoise, c’est un certain nombre d’avantages: elles sentent bon, elles sont jolies et de surcroit, portent des robes avec des fleurs. Qu’elles travaillent au sein de familles suédoises, danoises ou norvégiennes, elles sont pour la plupart logées dans des appartements aussi spacieux qu’un petit ascenseur et profitent d’un emploi du temps très flexible. Les familles sont alors très heureuses, les suédoises très polies, les enfants souvent très contents d’avoir une nouvelle copine.

Puis vient le soir (pas nécessairement les jours de pleine lune) où elles se regroupent afin d’arpenter les bars de leurs nouvelles villes d’accueil. Elles troquent alors les robes à fleurs contre des robes nettement plus courtes, certaines plus audacieuses opteront pour un t-shirt légèrement trop long, et un t-shirt seulement.

De là, il ne s’agit plus vraiment des mêmes suédoises. Toujours aussi jolies certes, mais avec nettement plus de Gin Tonic dans le sang. Elles deviennent alors les reines de Paris, Londres ou Barcelone, le temps d’une soirée, le temps d’une nuit.

Lorsque les bars obligent les derniers clients à quitter les lieux, elles rejoignent leurs chambres de bonne en taxi tandis que certains autres commencent à travailler. Parfois, elles récupèrent un français, un anglais, ou en espagnol en chemin. Le jeune homme aura le plaisir de goûter à la Suède pour quelques minutes, quelques heures, retournera nécessairement chez lui avant 8h le matin. Il s’agit du délicieux moment où les suédoises se recoiffent, enfilent une nouvelle robe à fleurs et emmènent vos enfants à l’école.

Elles se plaisent dans ce nouveau quotidien, et durant une année ou deux n’y changeront absolument rien. Un jour, aux alentours du mois de Mai, elles décideront de retourner dans leur pays. En plus des robes à fleurs, quelques bouteilles de Bordeaux, des milliards de photos (là on danse sur les Quais de Seine, là on mange du brie sur les Buttes-Chaumont, là c’est mon copain qui fait de la musique, là c’est son copain qui a dormi chez moi etc.) et un nombre impressionnant de nouveaux numéros de téléphone dans un petit carnet à spirales.

Les familles n’auront pas à s’en faire, car chaque année, c’est une nouvelle livraison de filles au pair que fournit la Suède. Une nouvelle copine pour les enfants. Une copine en robes à fleurs.

Le snus.

Il méritait certainement une brève lui étant intégralement consacré, tant il est présent dans la culture suédoise.

Il n’a pas la notoriété d’IKEA ou de la boulette de viande, et pourtant, il a su s’imposer dans le quotidien des suédois comme la 1664 dans vos après midis jardinage. J’ai nommé: le snus.

Le snus, au nom original qui, même en inversant toutes ses lettres, reste toujours un mot très rigolo: susn, nsus, nuss, snsu etc. Ceci dit, c’est souvent le cas avec les mots de 4 lettres.

Le snus, c’est un riquiqui sachet de thé qui se place sous la lèvre supérieure, de préférence dans un coin (les jeunes du parti moderat suédois le porterait d’ailleurs sur le côté droit selon quelques rumeurs, comme pour se convaincre en permanence qu’ils sont cools mais qu’ils paient définitivement trop de taxes)

A l’intérieur du snus, pleins de trucs pas très bons pour la santé, et une surdose de nicotine afin qu’il puisse s’intégrer sournoisement dans le quotidien des suédois.

Le snus a une force qui lui a certainement valu sa victoire sur la cigarette en Suède: il ne fait pas de fumée, il est discret  et de ce fait, ne nuit pas à l’entourage. C’est très important, en Suède, de ne pas nuire à son entourage. C’est pour cela qu’ils construisent des magasins IKEA de la taille de la Corrèze, afin d’éviter que les gens se marchent dessus en faisant leurs courses par exemple.

Le snus a rendu la Suède très dépendante à la nicotine et de ce fait, les suédois se l’enfile à longueur de journée, en loosdé mais toujours avec le sourire. Le principal inconvénient du dit snus, c’est cette vilaine petite bosse qu’il crée sous la lèvre supérieure et qui le rend, malgré lui, l’accessoire à la cool, indispensable à tout suédois qui se respecte.

Le vrai gros consommateur a d’ailleurs élaboré une technique tout à fait impressionnante afin de se glisser ce petit sachet de tabac sous la lèvre en quelques millisecondes seulement, au moyen d’une dextérité éblouissante et d’un coup de langue remarquable qui lui permet d’accéder au status de « jeune à la cool« , comme ce type sur la publicité Marlboro, sans le chapeau toutefois mais avec une petite bosse bizarre sous la lèvre supérieure.

Le snus a donc su s’imposer comme un accessoire précieux, comme un cousin du slim-fit dont la jeunesse suédoise rafolle, à la seule différence que personne n’est jamais vraiment mort pour avoir porté un jean.

Le mode d’emploi de la Suède.

Votre paquet de pâtes vous explique comment cuire vos pâtes. Votre four est livré avec un guide d’utilisation qui vous explique en 14 langues et sur 230 pages comment effectuer une pyrolyse. Vous avez définitivement besoin du guide pas à pas de chez IKEA pour assembler votre mezzanine, et il est évident que vous allez Poursuivre la lecture…

En Suède, on essaie de ne pas mourir.

C’est un fait: les suédois font leur possible afin de ne pas mourir. On essaie ceci dit tous, au quotidien, d’éviter de mourir, mais la Suède est très franchement engagée dans une lutte sans merci contre son extinction. Si elle parvient à ses fins, nous serons probablement, d’ici quelques centaines d’années, un petit milliard à pratiquer le suédois.

Jamais dans la capitale Scandinave il ne manque une petite remarque avant de prendre la route par exemple. Kör försiktigt (conduis prudemment) est de mise lorsque quelqu’un envisage de prendre sa voiture, systématiquement. On signale les éventuels élans de passage, les virages en épingle, on n’oublie pas mentionner le verglas de la semaine passée et l’on clôture systématiquement avec une anecdote, celle de ce sombre voisin qui aurait perdu une jambe sur cette même nationale en 1974.
Il ne s’agit pas de grand chose, mais on se surprend vite à vouloir souhaiter une bonne conduite à n’importe qui, au détour d’un trottoir. Bien entendu, le “kör försiktigt” va souvent de paire avec le ta hand om dig (prends soin de toi), au cas où il ne serait pas suffisant d’éviter de mourir une fois. Sait-on jamais, autant prendre soin de soi par la même occasion. Un cauchemar mes amis, pour les plus festifs d’entre eux qui auraient eu la bonne idée de profiter d’un ou 2 Gin Tonics la veille d’un départ, et qui seront bien évidemment privés de conduite le jour d’après, par leur chère et tendre suédoise toujours soucieuse du bien être d’autrui.

On ne joue d’ailleurs plus aux fléchettes dans les bars de Stockholm (l’accident est trop vite arrivé, considérez un professionnel de la fléchette un peu nerveux, on est jamais trop prudent) et visiblement, on ne joue pas non plus aux fléchettes au volant, ce qui doit probablement en frustrer quelques uns. De plus, le fait que les suédois profitent de chaque retrouvailles pour se faire des câlins de façon systématique n’est pas sans évoquer leur joie de retrouver un proche, toujours vivant.

Je n’évoque évidemment pas la consommation de l’alcool chez les jeunes et la propagande télévisuelle que le dealer d’alcool national (Systembolaget, monopole d’État) fait rentrer dans la tête des suédois à grands coups de spots publicitaires – ce gentil papa qui, plein de bonne volonté, offre à sa fille de 18 ans une bouteille afin qu’elle puisse accéder à une fête quelconque. Papa n’a définitivement pas compris que son enfant (de 18 ans) aura tendance à mourir beaucoup plus vite si Papa commence à lui offrir un St-Émilion pour ses soirées pyjamas avec ses copines (de 18 ans) D’ailleurs, Systembolaget a aussi publié un livre à destination des parents, afin que les jeunes évitent de mourir trop tôt. Je vous conseille sa lecture, si vous envisagez de vivre aussi longtemps qu’un suédois: http://www.tonarsparloren.se/

A bien y regarder, c’est un peu dommage toute cette affaire. Si l’on en croit les statistiques, on meurt un peu plus vite en Suède qu’en France. C’est tout à fait étonnant, pour un pays dans lequel on roule sans jouer aux fléchettes, un pays dans lequel la jeunesse ne boit pas (si elle fabrique des cocktails dans sa salle de bains, c’est avant tout pour le plaisir de la distillation, bien entendu)

« Anciens récits Nouveaux récits »

Copyright © 2019 Pourquoi Quitter Paris ?

Theme by Anders Noren — Up ↑