La Suède à Noël

December 27th, 2010

Nous sommes le 26 décembre. La France a subit les huîtres, un quintal de foie gras, la France a un peu mal au ventre mais surtout très mal à la tête.

La Suède a avalé plus de boulettes de viande qu’il y a de passeports chinois en circulation, un lot conséquent de jambon de Noël, et évidemment du hareng, l’incontournable hareng servi à toutes les occasions auquel il est vraisemblablement difficile d’échapper.

Le Noël suédois est comme le suédois: chaleureux mais pas franchement surprenant. La Suède pratique, au mois de décembre, la “Julbord” – littéralement “table de Noël” –  à savoir un buffet imposant proposant tout ce que la Suède peut offrir comme plats traditionnels, sans cohérence culinaire évidente.  La julbord comporte par exemple un gratin d’anchois et pommes de terre. Oui.

On sait les suédois très attachés à leurs traditions, et la julbord en est évidement une. Ils se réjouissent chaque année de ce véritable patrimoine culinaire et l’attendent avec impatience, comme on attend une finale de Rolland-Garros.

Ce qui est en revanche moins évident au premier coup d’oeil, c’est l’autre côté de la Suède, celle qui parle peu mais n’en pense pas moins.
C’est la Suède qui a subi la consommation de hareng à de trop nombreuses reprises et qui ne peut plus faire semblant. C’est une Suède qui envie la France pour la qualité de ses repas de Noël, une Suède en colère qui s’est trop longtemps tu. Une Suède silencieuse qui complote dans le noir à l’approche des fêtes.

Ils sont en effet des milliers – tapis dans l’ombre – à parler de julbord comme on évoque un douloureux France Allemagne 82, des milliers qui souhaiteraient pouvoir passer au travers mais qui devront malgré tout se plier au destin: on ne fête pas un Noël en Suède sans boulettes de viande. Qu’elle soit de 2012, 2010 ou 1996, la julbord est et restera la même. On y servira même de la bière légère.

De la bière…. légère…

Je lance alors un  appel à la syndicalisation pour celles et ceux qui sont en reste et espèrent de meilleurs noëls. Groupez vous. Organisez vous. Ouvrez vos meilleures bouteilles et fêtez Noël comme il se doit. Fuyez la Suède un 23 décembre et allez savourer des blinis et du champagne. Permettez vous la grande cuisine!

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Sortir à Stockholm.

November 22nd, 2010

Il est évident que nos jeunes français ne sont pas qu’exclusivement préoccupés par les retraites. Ils s’interrogent aussi sur le futur, leurs finances, la hausse du prix des cigarettes et régulièrement, les plus aventureux d’entre eux se demandent si oui ou non, il leur sera possible de sortir le soir dans les clubs qu’offrent les grandes villes de France. Non, les jeunes n’ont pas les mêmes préoccupations que nous, vieux.

Ils enfilent donc des chemises blanches régulièrement trop grandes, et laissent les baskets au placard pour préférer une jolie paire de godasses en cuir (souvent portées trop petites – ceci dit on comprend -  un type faisant du 48 aura souvent tendance à sacrifier ses pieds plutôt que de subir toute la soirée des blagues douteuses sur ses pieds qui ressemblent à s’y méprendre à une paire de ski Rossignol)

Le principal objectif est bien entendu de s’attirer les faveurs du grand barbu qui se tient debout à l’entrée et par ce biais, passer la porte.

Il s’agit en revanche d’une toute autre affaire pour nos amis suédois. Ils ont certes le style (en Suède tout d’ailleurs est taillé trop petit – chemise, chaussures, jeans) mais il existe une chose qui leur fait souvent défaut: l’âge. Et là, sauf à être expert de la falsification de papiers d’identité, il est difficile d’y remédier.

A Stockholm, les bars et les clubs ont pour habitude de limiter leurs accès à une certaine catégorie d’âge: 20, 23, 25 ans… Parfois plus.  Ce qui ne laisse vraisemblablement que peu de chances à nos suédois les plus jeunes, qui s’en vont constater en chœur : “sortir à Stockholm, franchement, c’est mort”.

Malheureusement pour eux, les alternatives sont peu nombreuses… Si il subsiste encore quelques bars qui les accueillent avec le sourire, la plupart ont préféré sélectionner la clientèle, pour des raisons qui m’échappent toujours.

Rien n’est jamais vraiment acquis dans la capitale suédoise. Si l’âge n’est pas un problème pour certains, il faudra malgré tout passer avec succès deux nouvelles étapes qui viennent s’ajouter aux conditions d’entrée. La première peut être la somme de laquelle il faudra se délester afin de profiter de la musique (généralement une centaine de couronnes), la deuxième étant un test de sobriété, aussi efficace que déroutant: “tu as bu avant de venir ici? Quoi exactement? Combien de verres? Et depuis quelle heure?

25 ans, le portefeuille et une élocution parfaite même après 14 Gin & Tonic, voilà ce que requièrent les soirées à Stockholm. Si demain vient à vos oreilles l’histoire du suédois qui fabrique des alcools en tous genres dans sa salle de bain, évitez un jugement trop hâtif: vous en connaissez maintenant la raison.

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Être français en Suède.

November 8th, 2010

C’est un fait: vivre à l’étranger, c’est se poser malgré soi en ambassadeur de son pays. Être français à l’étranger, c’est aussi l’occasion de faire la peau à quelques clichés:

J’apprécie la baguette mais je ne me promène pas quotidiennement avec une Tradition dans mon sac… Il en va d’ailleurs de même pour le pinard… Et vraisemblablement pour le fromage.
De la même façon, je ne fais pas la grève 365 jours par an et non, je ne demande pas du ”fire” pour allumer ma cigarette.

Il est d’ailleurs de mon devoir de rassurer nos amis suédois quant à la situation en France par exemple. Leur expliquer que Paris n’est pas à feu et à sang, que ce type qu’ils aperçoivent en couverture de leur quotidien national s’apprêtant à jeter un cocktail Molotov sur une Citroën AX n’est pas mon pote, ni mon frère, et que je ne suis pas nécessairement pour l’utilisation du cocktail Molotov – en règle générale.

Malgré tout ça, je n’en reste pas moins français. Il est vrai que voir ce type il y a 2 jours, à qui je tenais la porte de toilettes payantes afin qu’il n’ait pas à se délester de 5 couronnes me dire “tu peux fermer la porte, je vais payer” m’a fait sourire. Un français qui se respecte ferait certainement les poubelles pour récupérer un ticket de caisse avec le code des toilettes du Starbucks plutôt que d’avoir à payer une consommation.

Ceci étant dit, je profite aussi de quelques avantages non négligeables du fait de ma nationalité. Se plaindre constamment sur ceci ou cela ne fera pas de moi une mauvaise personne, mais un bon français. On m’excusera très volontiers si je garde mes chaussures à l’intérieur ou si mon appartement ne ressemble pas à une maison témoin de chez Century 21 mais plutôt à un stade de foot après une rencontre PSG/OM. De même, on me pardonnera ma consommation de cigarettes ou l’ouverture d’une bouteille de Bordeaux un mardi soir.

C’est ainsi. La France est avant tout mon pays, et même si il m’arrive parfois de payer 5 couronnes pour utiliser des toilettes et trouver ça tout à fait normal, je ne manque jamais une occasion d’offrir un bon vieux Houellebecq à mes amis suédois qui fêtent leurs anniversaires.

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La neige de 2010.

October 22nd, 2010

Here we are again. Ce matin, il a neigé sur Stockholm.

Les types qui décident du temps qu’il fait en Suède sont assez marrants, parce qu’ils n’ont absolument aucune notion de la transition. Il fera beau (quoi que frisquet) un jeudi, une tempête de neige s’abat sur la ville un vendredi matin.

Une tempête de neige et de vent comme on fait rarement, une tempête qui a fait la peau à mon parapluie que j’avais naïvement sorti dans le doute.

Ce matin, si tous les Stockholmois avaient fait du cerf-volant, ils seraient probablement arrivés en Estonie à l’heure qu’il est.

Avec ces foutus types là haut qui ont décidé de supprimer l’automne pour 2010, la population est confuse, et moi aussi. Faire par exemple l’acquisition de chaussures en toile la semaine dernière n’était probablement pas très pertinent, de même que l’achat de mitaines qui ne laissent que peu de chances de survie à l’extremité de mes doigts.

Ce matin, la Suède a été prise par surprise. Certains sont probablement en train de maudire leur pays, prenant conscience que ces flocons, ils devront les supporter jusqu’en mars prochain.  De mon côté, je dépoussière les thermos et m’en vais considérer cette première neige comme l’ouverture de la saison du Glögg!

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Les champignons.

September 15th, 2010

Les suédois s’adaptent facilement aux changements de saisons, principalement parce qu’ils ont tout un panel d’activités propre à chacune.

Durant les 15 jours d’été que la Suède leur offre annuellement, ils envahissent les pontons et les saunas, se baignent jusqu’à ce qu’ils considèrent leurs doigts suffisamment fripés. Les 6 mois d’hiver quant à eux sont propices aux patinage sur lacs, les saucisses bon marché sur le barbecue, le ketchup et la Nyponsoppa par dizaines de litres.

En revanche, il y a semble-t-il une période pour laquelle les activités font défaut au quotidien: l’automne. À leur décharge, il est vrai que la Suède est malgré soi plutôt axée sur 2 saisons: “c’est cool” et “c’est tout pourri”. Septembre 2010 rentre sans hésitation dans la case “tout pourri”, mais il faut quoi qu’il en soit trouver à s’occuper.

Alors la Suède ramasse des champignons.

Toute la Suède.

Elle arpente la forêt des heures durant à la recherche de girolles et elle considère bien évidemment ce business comme des plus sérieux.

Le champignon occupe tellement les suédois qu’il a probablement sauvé la Suède d’un exil massif au soleil, lorsque la pluie quotidienne a raison du moral : une Suède en Septembre sans champignons, c’est probablement le suédois comme deuxième langue officielle sur l’île de Malte à la même période.

Lorsque nous français courrons les sentiers avec nos bottes en caoutchouc et un sac Auchan à la main, les suédois s’imposent comme de performants stratèges du ramassage: planifier, toujours planifier, le lieu, l’heure du ramassage. Partir en groupe et savoir se disperser dans la forêt, stratégiquement. Porter des couleurs sombres afin de ne pas être aperçu par d’autres ramasseurs potentiels. Ne jamais dévoiler les meilleurs coins à champignons et toujours communiquer à voix basse. Un bon ramasseur est avant tout un ramasseur discret.

De ce fait, il n’est pas évident pour un étranger de se faire une place dans le cercle très fermé des ramasseurs de girolles: jamais il n’aura écho des coins où elles poussent par centaines. Les suédois gardent ce secret comme un gardien défend son but lors d’une coupe du monde.

Un Français en Suède devra donc trouver son propre coin. Engager une équipe. Guetter, être à l’écoute, et avant tout, oublier d’où il vient: de Paris à Stockholm, on ne ramasse pas les champignons de la même façon.

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