Être français en Suède.

November 8th, 2010

C’est un fait: vivre à l’étranger, c’est se poser malgré soi en ambassadeur de son pays. Être français à l’étranger, c’est aussi l’occasion de faire la peau à quelques clichés:

J’apprécie la baguette mais je ne me promène pas quotidiennement avec une Tradition dans mon sac… Il en va d’ailleurs de même pour le pinard… Et vraisemblablement pour le fromage.
De la même façon, je ne fais pas la grève 365 jours par an et non, je ne demande pas du ”fire” pour allumer ma cigarette.

Il est d’ailleurs de mon devoir de rassurer nos amis suédois quant à la situation en France par exemple. Leur expliquer que Paris n’est pas à feu et à sang, que ce type qu’ils aperçoivent en couverture de leur quotidien national s’apprêtant à jeter un cocktail Molotov sur une Citroën AX n’est pas mon pote, ni mon frère, et que je ne suis pas nécessairement pour l’utilisation du cocktail Molotov – en règle générale.

Malgré tout ça, je n’en reste pas moins français. Il est vrai que voir ce type il y a 2 jours, à qui je tenais la porte de toilettes payantes afin qu’il n’ait pas à se délester de 5 couronnes me dire “tu peux fermer la porte, je vais payer” m’a fait sourire. Un français qui se respecte ferait certainement les poubelles pour récupérer un ticket de caisse avec le code des toilettes du Starbucks plutôt que d’avoir à payer une consommation.

Ceci étant dit, je profite aussi de quelques avantages non négligeables du fait de ma nationalité. Se plaindre constamment sur ceci ou cela ne fera pas de moi une mauvaise personne, mais un bon français. On m’excusera très volontiers si je garde mes chaussures à l’intérieur ou si mon appartement ne ressemble pas à une maison témoin de chez Century 21 mais plutôt à un stade de foot après une rencontre PSG/OM. De même, on me pardonnera ma consommation de cigarettes ou l’ouverture d’une bouteille de Bordeaux un mardi soir.

C’est ainsi. La France est avant tout mon pays, et même si il m’arrive parfois de payer 5 couronnes pour utiliser des toilettes et trouver ça tout à fait normal, je ne manque jamais une occasion d’offrir un bon vieux Houellebecq à mes amis suédois qui fêtent leurs anniversaires.

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La neige de 2010.

October 22nd, 2010

Here we are again. Ce matin, il a neigé sur Stockholm.

Les types qui décident du temps qu’il fait en Suède sont assez marrants, parce qu’ils n’ont absolument aucune notion de la transition. Il fera beau (quoi que frisquet) un jeudi, une tempête de neige s’abat sur la ville un vendredi matin.

Une tempête de neige et de vent comme on fait rarement, une tempête qui a fait la peau à mon parapluie que j’avais naïvement sorti dans le doute.

Ce matin, si tous les Stockholmois avaient fait du cerf-volant, ils seraient probablement arrivés en Estonie à l’heure qu’il est.

Avec ces foutus types là haut qui ont décidé de supprimer l’automne pour 2010, la population est confuse, et moi aussi. Faire par exemple l’acquisition de chaussures en toile la semaine dernière n’était probablement pas très pertinent, de même que l’achat de mitaines qui ne laissent que peu de chances de survie à l’extremité de mes doigts.

Ce matin, la Suède a été prise par surprise. Certains sont probablement en train de maudire leur pays, prenant conscience que ces flocons, ils devront les supporter jusqu’en mars prochain.  De mon côté, je dépoussière les thermos et m’en vais considérer cette première neige comme l’ouverture de la saison du Glögg!

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Les champignons.

September 15th, 2010

Les suédois s’adaptent facilement aux changements de saisons, principalement parce qu’ils ont tout un panel d’activités propre à chacune.

Durant les 15 jours d’été que la Suède leur offre annuellement, ils envahissent les pontons et les saunas, se baignent jusqu’à ce qu’ils considèrent leurs doigts suffisamment fripés. Les 6 mois d’hiver quant à eux sont propices aux patinage sur lacs, les saucisses bon marché sur le barbecue, le ketchup et la Nyponsoppa par dizaines de litres.

En revanche, il y a semble-t-il une période pour laquelle les activités font défaut au quotidien: l’automne. À leur décharge, il est vrai que la Suède est malgré soi plutôt axée sur 2 saisons: “c’est cool” et “c’est tout pourri”. Septembre 2010 rentre sans hésitation dans la case “tout pourri”, mais il faut quoi qu’il en soit trouver à s’occuper.

Alors la Suède ramasse des champignons.

Toute la Suède.

Elle arpente la forêt des heures durant à la recherche de girolles et elle considère bien évidemment ce business comme des plus sérieux.

Le champignon occupe tellement les suédois qu’il a probablement sauvé la Suède d’un exil massif au soleil, lorsque la pluie quotidienne a raison du moral : une Suède en Septembre sans champignons, c’est probablement le suédois comme deuxième langue officielle sur l’île de Malte à la même période.

Lorsque nous français courrons les sentiers avec nos bottes en caoutchouc et un sac Auchan à la main, les suédois s’imposent comme de performants stratèges du ramassage: planifier, toujours planifier, le lieu, l’heure du ramassage. Partir en groupe et savoir se disperser dans la forêt, stratégiquement. Porter des couleurs sombres afin de ne pas être aperçu par d’autres ramasseurs potentiels. Ne jamais dévoiler les meilleurs coins à champignons et toujours communiquer à voix basse. Un bon ramasseur est avant tout un ramasseur discret.

De ce fait, il n’est pas évident pour un étranger de se faire une place dans le cercle très fermé des ramasseurs de girolles: jamais il n’aura écho des coins où elles poussent par centaines. Les suédois gardent ce secret comme un gardien défend son but lors d’une coupe du monde.

Un Français en Suède devra donc trouver son propre coin. Engager une équipe. Guetter, être à l’écoute, et avant tout, oublier d’où il vient: de Paris à Stockholm, on ne ramasse pas les champignons de la même façon.

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Un pour tous…

August 12th, 2010

C’est un fait: malgré des traits de caractères que nombreux pourraient qualifier de singuliers, les suédois ne restent pas moins des gens normaux (pour la plupart) qui travaillent, mangent, dorment et boivent des coups avec les copains.

Boire des coups… Une activité que les suédois affectionnent particulièrement, avec à chaque fois autant de réjouissance qu’un enfant à qui l’on propose un après midi tir à l’arc en colonie de vacances.

Lorsque certains papillonnent de bars en bars comme un samedi shopping rue de Rivoli, d’autres préfèrent rester à la maison et convoquer leurs amis à domicile pour partager quelques verres.

Partager quelques verres”… Curieusement, il n’est pas vraiment question de “partage” en Suède. Le système que l’on connaît (basé sur la principe de “la communauté”, les bouteilles que chacun ramène se retrouve sur le bar, auquel tout le monde à accès) est inexistant une fois un pied dans le pays. Il est en effet inscrit dans la Constitution Suédoise: “Ton alcool tu ramèneras et ce dernier tu ne partageras“. Ce que chacun s’applique à respecter à la lettre.

Bien entendu, cela donne lieu à des scènes très curieuses, lorsque celui qui aura pensé trop petit se retrouvera à court de liquide en milieu de soirée. Il s’agira alors pour lui d’envisager plusieurs options:

  • Un retour à la maison par constat d’échec
  • Barboter une bière ou 2 dans le frigo en espérant passer inaperçu
  • Proposer 20 couronnes à son voisin pour l’achat d’un verre de JP Chenet (??)
  • Se poser ouvertement contre l’alcoolisme mondain et préférer l’eau minérale à la bière, tout en prétendant que ça, vraiment, ça ne pose aucun problème (toujours avec le sourire)

Dans un pays où le Partage est aussi important que la consommation de hareng à Midsommar, je m’interroge sur cette pratique qui chaque fois m’étonne un peu plus.

Peut-être s’agit-il d’une répartition étrange des responsabilités, lorsque celui qui aura prévu un peu trop large finira en boule sous la table sur les coups de 3h du matin, en tentant désespérément de réciter l’alphabet à l’envers, sans que personne ne se sente vraiment concerné…

ouais en même temps, avec tout ce qu’il a ramené, il l’a pas volé!” entendra-t-on un peu plus tard sur le pas de la porte.

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Hydrocution.

August 9th, 2010

De part sa géographie, la Suède est propice aux baignades en tous genres: la mer, la mer dans l’archipel, un petit lac, un lac gigantesque, après un sauna, sur un ponton… Une légende dit qu’il existe en Suède plus de points d’eau que de suédois, ce qui revient à dire que même un samedi férié de mois de Juillet, si chaque suédois se retrouvait planté au milieu d’un lac différent, il resterait toujours au moins un lac pour un copain de passage.

En France, même si nous manquons cruellement de lacs, il est suffisamment simple de profiter de nos différentes côtes durant l’été.

A nos baignades quelques règles sont venues naturellement s’imposer:

  • La baignade est déconseillée après un repas
  • La baignade est déconseillée après la consommation de glace
  • La baignade sans acclimatation préalable est déconseillée si il existe une différence trop importante entre la température de l’eau et la température extérieure

En revanche, ces règles ne sont visiblement pas parvenues aux oreilles des suédois.

La pratique du sauna en Suède est aussi répandue que le diabolo grenadine dans les bars de France. Ils sont des milliers à, chaque jour, profiter de la chaleur d’un poêle chauffé à +80 degrés dans une pièce en bois pas plus grande qu’une cabane de chasse. Lorsque la chaleur devient peu supportable, ils trouvent réconfort dans l’eau du lac le plus proche (ou se roulent dans la neige si la période s’y prête).

Et les enfants en premier.

Lorsque nous Français crions ”HYDROCUTION!” les suédois rétorquent “Hein?!”. C’est un fait: il n’est jamais question d’hydrocution en Suède. De là plusieurs hypothèses sont envisageables:

  • Les suédois sont absolument tous irresponsables
  • Les suédois ne sont pas “hydrocutables”
  • L’hydrocution est une histoire pas forcement plus vérifiable que cette américaine qui aurait mis son chat au micro-onde avant d’attaquer le fabricant pour la mort subite et explosive de ce dernier
  • Je ne suis vraisemblablement pas bien renseigné sur l’hydrocution, qui, pour une raison qui m’échappe, ne s’applique pas aux saunas de fabrication suédoise.

Face à cette torture Scandinave les français qui s’en approchent sont soucieux d’y laisser leurs peaux. Certains préféreront même ne pas se jeter à l’eau de peur de finir tétanisés.

Ils ont évidemment tous un cousin qui a trépassé un dimanche après midi à Valras Plage. De là haut, les suédois nous regardent et rigolent.

Ils n’ont je pense jamais entendu parler de Valras Plage.

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